lauragais agricole d'autrefois

Publié le 27 Novembre 2021

Photo coll. Nardèse

Photo coll. Nardèse

Changer de métairie, de ferme, de borde, changer de propriétaire : voilà un moment fort de la vie d'un métayer, d'un fermier, d'un exploitant... Dans la première moitié du XXe siècle, c'était tout une aventure... Le déménagement était réalisé durant les premiers jours de novembre en général mais la transition avait été très largement anticipée... Aimé Boyer nous fait part de ses souvenirs.

Préparer la transition

"Le changement était un acte préparé à l'avance, se souvient Aimé. Il y avait d'abord la décision qui faisait l'objet d'une longue réflexion et de discussions au sein de la famille. Les raisons pouvaient être nombreuses et variées : la ferme trop petite, les conditions de faire valoir, le caractère des deux parties (ententes et relations), la qualité de la terre, la pénibilité.... Bien souvent, cette décision était prise plus d'un an à l'avance. On espérait trouver mieux en changeant, évidemment. "

Après avoir conclu la rupture de l'accord d'une part et un nouveau contrat d'autre part,  les deux phases complexes mais essentielles de la décision allant de de pair, le déménagement était alors envisagé. Il était aussi nécessaire de trouver un accord avec l'exploitant, en place, le sortant. Des actes préparatoires à la prochaine arrivée étaient plus ou moins bien acceptés selon les us et coutumes.                                                "Par exemple, explique Aimé, l'agriculteur entrant, devait parfois s'occuper de remiser la paille lors des battaisons précédant son arrivée. Ce pouvait être l'occasion de quelques blagues comme desserrer la presse, accélérer la cadence des gerbes sur le batteur en accord avec le mécano. Ce qui ne manquait pas de provoquer une belle pagaille au pailler. Cela pouvait arriver une ou deux fois suivant la façon dont le nouveau venu le prenait. S'il montrait trop sa colère, cela repartait de plus belle. Généralement cette pagaille prenait fin au passage de la buvette.même si souvent il pouvait rester quelques rancœurs. Parfois, il fallait qu'il y ait accord, aussi pour les labours d'été avec le futur occupant des lieux."

Changer de ferme

Il était nécessaire de trouver encore un autre point d'accord avec le sortant : le jour du déménagement devait être le même car le soir il fallait être en place pour apporter le soin nécessaire aux animaux tout juste installés dans la nouvelle ferme et prendre ses repères. "Selon la distance à parcourir pour le sortant et l'entrant, la ferme pouvait rester vide quelques heures et ça faisait tout drôle de trouver tout vide.", explique encore Aimé

"Ne parlons pas de tracteurs, camions, bétaillères trop modernes mais uniquement charrettes.Plusieurs voisins était invités pour donner un coup de main. La traction animale était utilisée et bienvenue : bœufs, vaches, cheval.  Ce dernier était intéressant et souhaité, il pouvait faire deux voyages dans la journée sans problème. Et cet attelage était souvent équipé de petites bétaillères qui servaient habituellement pour aller au marché et qu'on utilisait là pour transporter les petites volailles, lapins etc…

Je me souviens que les petits cochons étaient installés dans le centre de la charrette, fermés de chaque côté avec un buffet, un sommier de lit ou un autre élément de mobilier...

Je me souviens encore du bruit des roues ferrées sur la route lorsque ce convoi de déménagement se déplaçait mais aussi de celui des sabots cloutés des hommes et ceux, ferrés, des vaches. Quant aux enfants en âge de marcher, ils gambadaient autour du convoi, les plus petits étaient sur la charrette avec les femmes plus âgées. Les femmes conduisaient aussi l’attelage."

Effervescence à la borde

 

Ce déménagement provoquait une certaine effervescence quelques jours avant. Il fallait préparer les ballots de linge, les vêtements, prévoir le repas avant de partir et ne pas emballer trop tôt la louche...

Aimé reprend : "Le matin du fameux jour,  au réveil, très tôt, on s'attelait à enlever les draps, démonter les lit, les armoires... Avant de partir on balayait scrupuleusement pour ne pas laisser  de poussière ou des toiles d’araignées, c'était important pour soigner sa réputation."

 

En arrivant dans les nouveaux lieux, il fallait rapidement installer les animaux, leur préparer les litières parfois provisoirement en attendant le lendemain et bien-sûr, il fallait aussi préparer l’habitation pour la nuit ainsi que le repas du soir.

 

Prendre ses marques

 

"Les cours de ferme d'alors étaient constituées de passages avec des pierres posées. On prenait nos marques rapidement le puits, le tas de fumier, le hangar où l'on était venu  durant l’été pour rentrer le fourrage.

La famille et les voisins de celui qui arrivaient croisaient ceux qui sortaient : un vrai brassage humain qui remuait aussi beaucoup d'émotion.  C'était une aventure, un moment qui laissait des traces dans les mémoires. On disait d'ailleurs que trois déménagements, émotionnellement parlant, valaient un incendie."

 

Se projeter dans l'avenir immédiat et le travail

 

"La première des choses à faire les jours suivant était de préparer les semis. Et puis s'installer : le vin nouveau, le stock de maïs, toutes les céréales, qu'on réensachait  y compris pour le semis dernièrement passé au trieur, mettre dans la grange le bois de chauffage, les fagots pour allumer le feu..." Un énorme travail d'installation doublé d'une activité intense dans les champs allait alors mobiliser la famille pour de longues semaines dans son nouveau cadre de vie et d'exercice... Une réelle aventure...

 

Merci à Aimé, une nouvelle fois, pour son éclairage précieux et à Berthe Tissinier pour la photo.

 

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Publié le 20 Novembre 2021

Lauragais d'Autrefois (149) : proverbes et dictons occitans sur la lune (la luna)

La lune gobeuse de cette fin de novembre a inspiré le port du jour. Dans la vie lauragaise, l'observation de la lune (la luna) pour prévoir le temps à venir était presque un réflexe dans le monde paysan. Ceux qui en tenaient le plus grand compte étaient nommés en occitans les lunatièrs. Quelques proverbes, expressions et dictons occitans sont réunis ici pour vous :

 

Luna roja, vent ou ploja

Lune rouge, vent ou pluie

 

Luna quilhada, terra banhada, Luna pendenta, terra fendenta

Lune dressée (ou pointue), terre mouillée, lune pendante, terre fendue (selon la position du croissant la sécheresse se poursuivra ou pas)

 

Luna blanca jornada franca

Lune blanche, journée franche

 

Luna mercruda, femna barbuda, òme sens barba, de totis tres prenetz garda.

Lunde du mercredi, femme barbue, homme sans barbe, de tous les trois prenez garde.

 

Far de castèls sus la luna

Faire des châteaux sur la lune ( = Faure des châteaux en Espagne)

 

Colhon de la lune

Couillon de la lune

 

Trapar un còp de luna

Attraper un coup de lune (= de soleil)

 

Cap de lunatièr a pas jamais remplit le granièr.

Aucun "lunatier" n'a jamais rempli le grenier

 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur la lune, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

 

Photos B.Alasset

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Publié le 13 Novembre 2021

Reconstitution d'un semenador par Aimé Boyer

Reconstitution d'un semenador par Aimé Boyer

Emile évoque les semailles dans ses carnets, une période de l'année cruciale surtout à l'heure où les assolements comportaient beaucoup de blé. La météo de novembre et décembre était alors - et encore aujourd'hui - une inquiétude vive. Ne pas semer trop en retard... Cette évocation a fait resurgir quelques souvenirs. Voici ceux d'Aimé du temps où l'on semait à la main et qu'il a eu l'amabilité de m'adresser. Nous les avions déjà publiés ici mais ils sont tellement précis et évocateurs qu'ils méritent d'être proposés à nouveau à votre lecture.

 

Les semences :

Dans les années 40 et 50, les agriculteurs  produisaient leurs propres semences. "Nous faisions des échanges entre nous. Il y avait aussi quelques négociants qui passaient dans les fermes et proposaient des semences de blé de la Beauce. Ils nous disaient que c'étaient des blés à grand rendement, sourit-il. Ce qu'il ne nous disaient pas bien-sûr, c'est nous n’avions pas le potentiel pour produire ! Nous n'avions ni l'engrais, ni les semoirs adaptés, ne les produits nécessaires mais c’était un espoir auquel nous nous raccrochions. Nous le voyons tous les jours avec  les carnets d'Émile, le tournant était bel et bien négocié. Avant les années 50 nous ne parlions pas surface, c'étaient des arpents, le journal."

 

Les rendements  : 

"Si, aujourd’hui, on parle de quintaux/hectare, à l'époque on connaissait presque le nombre de grains de blés à l’hectare.  On parlait de semences : un sac de blé 80 kilos, c’était le poids spécifique recherché pour commercialiser le blé. Par exemple 80 kilos produisaient  plus ou moins 8 sacs de semence à 80 kilos, 640 kilos donc.  Plus ou moins. Je ne saurais dire ce que ça représentait en termes de surface."

 

Le journal :

C'était une évaluation du temps qu'il fallait pour ensemencer un champ ou une surface donnée à la main.  Un grand champ pouvait contenir un certain nombre de journées d'homme à semer. C'était une vieille notion qui a parfois perduré tant que les mesures de semences ne pouvaient servir.

"Notre journal en Lauragais variait. Semé à la main, tributaire du vent, du terrain sec ou mou et de tant d'autres facteurs. reprend Aimé. Les chaussures étaient des sabots (les esclòps  en occitan) qui ramassaient facilement la boue, ralentissaient la marche surtout dans les champs en pente du Nord Lauragais. Cela ne facilitait pas l'avance du semeur"

 

Les jalons : 

Ils étaient faits avec les jambes de maïs (las cambòrlas) que les animaux avaient nettoyées de leurs feuilles. Ils étaient plantés à chaque bout du champs, parallèlement au fossé. "Quand les champs étaient rectangulaires ou carrés, pas de problème. Pour les autres formes trapézoïdales, triangulaires ou biscornues, c'était parfois plus compliqué." 

 

Le semis : 

"Nos jalons en place, il fallait s’occuper du blé ou de l'orge ou de l'avoine. Ils constituaient l'essentiel de notre assolement d'alors. D'abord on montait au grenier pour en descendre la quantité de grain programmée pour la journée de semis.  Ce blé qui avait été passé au trieur à grain ambulant était étalé. On faisait un mélange de vitriol et d'eau - à vertu fongicide - que l’on vidait sur le tas et il était mélangé comme du mortier. Nous étions alors prêts pour semer."

Le sac de blé posé sur la canadienne, une bouteille dans la musette pour la soif, le semeur était prêt. "On n’allait pas chez le docteur, mais on savait qu’il fallait boire. Je préparais ensuite le semenador (prononcer semenadou) : une sache en jute, une petite corde attachée à l’angle bas du sac, et l’autre bout à l’angle de la gueule du sac qui contenait une quantité de blé suffisante pour faire l’aller retour. Ce semenador  (voir reconstitution photo) était posé de façon à être divisé en deux sur le bras.

 

Le rythme et le geste du semeur :

"Nous y allons. On prend position devant le premier jalon en imaginant une ligne virtuelle avec le jalon. On commence par jeter un peu de blé autour de soi pour combler la marge. Et en avant, d'un pas régulier, ni trop grand, ni trop petit. Une fois le rythme pris, ça devenait presque mécanique. D'ailleurs ce n’était pas si désagréable. Quand le pied gauche touchait le sol, le bras droit partait en un geste large comme une demi-lune. Autant vous dire que lorsque cela durait une journée entière, le soir, on n’avait pas besoin de compter les moutons pour s’endormir.

Personnellement, je n’étais pas un champion. Je ne lâchais pas le blé régulièrement. Et au printemps, ça faisait des tas ou des ondulations. Et bien-sûr les voisins ne manquaient pas de me le signaler en riant, surtout les anciens, mais c'était bon enfant.

Ensuite, pour couvrir  il y avait aussi la herse  et quand le temps le permettait, on terminait en passant le rouleau en bois."

 

 

Merci à Aimé B. pour sa précieuse collaboration et ses souvenirs savoureux et tellement précis.

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Publié le 6 Novembre 2021

Photos coll. Nardèse

Photos coll. Nardèse

L'automne était une saison aux tâches multiples à la métairie. Il fallait compter avec un temps plus capricieux et des journées raccourcies. Parfois c'était aussi la saison du changement pour les métayers, d'une borde à l'autre. Aimé Boyer recense pour nous la multiplicités de ces activités essentielles au fonctionnement de l'exploitation familiale.

"L’automne n’était pas une période propice à la rêverie dans les métairies. Il pleuvait souvent et les jours raccourcissaient.

Il fallait rentrer les récoltes, ramasser, transporter, stoker, faire les vendanges, récolter le maïs, les courges.

Tout cela ne laissait aucun répit à l’agriculteur et sa famille. Car il fallait en même temps préparer les semis en respectant la rotation culturale : les pailles sur le maïs et inversement le maïs après le blé avec un labour profond et une fumure animale. Les légumineuses fourragères étaient remplacées suivant la qualité du terrain généralement par du maïs et quelques fois du blé. 

Après avoir récolté le maïs, il fallait débarrasser les champs des jambes (las camborlas). Avec la canadienne arracher las tancàs (le départ de la jambe et le racinaire) puis niveler un peu le champ. En effet, en sarclant le maïs on tirait la terre vers le pied, ce qui provoquait une petite bute de terre à chaque rangée. Ensuite on labourait avec la charrue, un labour en planche, léger. Les semis de blé on déjà été évoqués dans les Carnets d’Emile. Il y avait aussi l’orge et l’avoine sans oublier le seigle et autre farouch qu’on semait dans un champ près de la maison pour le distribuer en fin d’hiver au bétail et apporter ainsi un peu de verdures après trois mois de rations sèches.

Dans le même temps, il fallait prendre soin du vin dans la cave.

Il fallait aussi semer les fèves et ce n’était pas une rangée, ou deux mais minimum un hectare ou davantage.

La fève faisait partie de la ration alimentaire des animaux de la ferme mais aussi de l’homme.

C’était la période où on plantait l’ail, l’échalote et l’oignon de Mulhouse.

Venait aussi le moment de faire les labours profonds pour le maïs avec le brabant, tiré par deux paires de bœufs ou vaches et deux personnes employées à temps plein.

Les terres argilo-calcaires du Lauragais ne supportent pas les labours de printemps.

Tout simplement l’argile qui passe l’hiver avec quelques gelées permet d’obtenir des terres meubles. Dans le Bassin Parisien ou les vallées de la Loire, ils n’ont pas ce même problème : ils labourent au printemps et ils sèment dans la foulée.

Mon gendre de Haute Savoie, quand il venait l’été, était étonné de voir ces labours dès le mois d’août.

On pourrait parler aussi du potager à pelleverser  et tant d’autres tâches encore.

La Toussaint venant, il fallait aussi travailler les tombes avec la bêche et le fossor. Chaque année, les tombes s’affaissaient  un peu. On remettait en forme de trapèze et quelques fleurs que l’on avait cultivées avec difficultés en raison du manque d’eau. Le cimetière n’était pas toujours au village,  avec les nombreux déménagements d’une métairie à l’autre, aussi il fallait y aller à pied, au mieux à vélo.

Durant cette période on se rendait aussi sur les foires et marchés de la région car l’année culturale prenait fin le premier ou onze novembre. Il fallait connaître le prix moyen de toutes les denrées alimentaires qui allaient rentrer dans le calcul avec le propriétaire bailleur que l’on reste ou que l’on déménage. "

Un grand merci à Aimé Boyer pour la transmission de ses souvenirs si précieux.

Merci à Berthe Tissinier pour la photo transmise.

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Publié le 30 Octobre 2021

Lauragais d'Autrefois (146) : dictons et proverbes occitans des fruits et légumes d'automne

Les dictons occitans sur l'automne ne sont pas légion mais ceux qui concernant les fruits et légumes de cette saison, par contre, foisonnent. Qu'on les plante, les conserve ou qu'on les récolte...

En voici un petit échantillon à mettre au fond du panier.

Es bavard coma un gran d'alh

Il est fier comme un grain d'ail.

Demandar de peras al pibol

Demander des poires au peuplier (demander l'impossible)

Esser coma un rat entrans dos noses 

Être comme un rat entre deux noix 

Les rasins venan pas pels bartasses.

Les raisons ne poussent pas dans les buissons.

Se la cèba a très vèstas, l'ivèrn serà pas en rèsta.

Si l'oignon a trois peaux, l'hiver ne sera pas en reste.

Concernant les expressions, on notera que la citrouille la coja est convoquée pour signifier la calvitie : una coja plumada (une courge plumée) et quand les châtaignes , las castanhas sont aussi la métaphore des coups comme dans la chanson de Nougaro. 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur l'automne, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 23 Octobre 2021

Lauragais en 39-45 (6) : les restrictions, le sucre, l'orge et le café

Nous poursuivons la découverte des témoignages des campagnes lauragaises en 39-45. Aujourd’hui, voici un témoignage d'Yvonne Péchalrieu-Pujol de Baziège, extrait du livre d’or des Anciens Combattants de la commune. Serge Arnaud, qui l’a recueilli, l’a partagé avec nous et je l’en remercie.

«  J’ai quitté l’école Primaire de Baziège aux vacances d’été, fin juin 1939.  J’avais 14 ans. Et puis, peu de temps après, la guerre s’est déclarée et mon père à été mobilisé ; il avait 38 ans. Il était cantonné à la caserne Niel de Toulouse. J’habitais à la ferme d’en Bila : il y avait ma grand-mère, ma mère qui était enceinte de ma sœur, un jeune garçon de ferme et moi. Papa venait toutes les semaines pour une courte permission. Puis ma sœur est née en février 1940 et à ce moment là, papa a été démobilisé. Nous subissions des restrictions, (café- sucre- savon-huile pain et autres). Nous avions des tickets de rationnement pour un mois. Pour remplacer le café qui manquait à la fin du mois on faisait griller de l’orge, ça n’était pas très bon.  Le sucre était remplacé par la saccharine qui avait une certaine amertume. Faute de savon, on achetait du Novac, c’était une pâte qui moussait beaucoup et laissait le linge rêche. On l’achetait à une usine qui se trouvait au garage face au supermarché de Montgiscard.  C’était l’usine de goudron. Pour le pain aussi, nous étions rationnés.

Un jour, un soldat allemand est rentré dans l’étable où se trouvaient cinq vaches.

 Il essayait d’en traire une. Ma belle-mère lui a fait comprendre que ce n’était pas l’heure et qu’elle lui donnerait du lait le soir…Je me souviens d’un dimanche matin où nous étions allés chercher du fourrage aux Pradettes. Nous avons alors vu un convoi de camions allemands qui passait sur la départementale 16. Ils étaient camouflés de branchages, certains soldats étaient assis sur les camions prêts à tirer. Nous sommes alors rentrés plus tôt que prévu en passant par le chemin de Montraudan pour les éviter. C’est en arrivant que nous avons appris que monsieur le maire avait fait sortir les gens de l’église avant la fin de la messe car il y avait trois avions anglais dans le ciel qui survolait le convoi puis qui l’ont mitraillé sur la Nationale 113 à l’entrée de Villenouvelle.

Voila ce que j’ai gardé comme souvenirs de cette période. Je peux rajouter que j’ai été  privilégiée par rapport à tant d’autres qui avaient leurs pères prisonniers en Allemagne. »

 

Mes remerciements Serge Arnaud pour le partage de ce témoignage.

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Publié le 16 Octobre 2021

Lauragais en 39-45 (5) : les réquisitions et le poste de radio

Voici les souvenirs d'Aimé Boyer, témoin fidèle des Carnets d'Emile. Ce témoignage concernant les années de guerre en Lauragais vous avait déjà été proposé en 2020. Il m'a paru intéressant de vous en offrir à nouveau la lecture dans le cadre d cette série consacrée à la 2nde Guerre mondiale.

" Il y avait un chef de district par canton qui organisait le ramassage - les réquisitions - entre autres, des animaux, du grain etc…dans chaque ferme et selon leur superficie, pour nourrir l’occupant. 

Les Allemands passaient souvent dans les fermes, par deux, ouvraient les armoires, les placards. Il fallait leur donner à manger, leur faire cuire des œufs à la poêle. Si ma mère n’avait pas le temps, ils se les faisaient cuire eux-mêmes. Pendant que l’un faisait cuire, l’autre allait chercher du vin à la cave, j’ai souvent vu les mâchoires de mon père se crisper. En d’autres endroits c’était le jambon ou des légumes dans le jardin qu'ils choisissaient.

Ils faisaient des manœuvres régulièrement et ils passaient quand bon leur semblait sur la rangée de melons, en colonne, et dans le champ de blé, en tirailleurs, se couchant à tout moment. Il fallait voir la tête des melons et du champ de blé après leur passage, sans oublier celle de mon père !

On m'a aussi raconté cette anecdote : lors d'une soirée de beuverie - ils avaient dû abuser de l'eau de vie - ils auraient fait monter un cheval dans la chambre grand dam des habitants de la ferme.

Bien entendu il n’y avait pas d’armes car elles étaient réquisitionnées. Pour améliorer le quotidien, on attrapait donc des lapins avec des bourses - j’y étais très adroit - et aussi le furet. Mes parents avaient aussi acheté un petit moulin manuel pour faire de la farine en cachette afin de fabriquer du pain. 

A partir de 1940, nous avons vu arriver des personnes nouvelles qui cherchaient des denrées alimentaires. C’étaient des Toulousains qui venaient avec le train, et s’aventuraient à travers la campagne, sans aucun repère au début.

Les premières fois il y eut des contacts modestes, et comme ils revenaient toutes les semaines, des rapports d’amitié se sont crées et sont allés bien au delà de la fin de la guerre. Ils ont participé à notre vie, nos fêtes, nos deuils. Ils ont assisté au mariage des enfants qu’ils avaient connus petits. Il y a eu aussi des échanges, de type troc, et qu’on appelait communément marché noir. Ces Toulousains avaient accès , par des connaissances, des amis, à l’industrie. Ils pouvaient trouver des pneus de vélo, des sandales, des vêtements, du soufre, du vitriol, et toutes sortes de produits utiles à la vie courante.      

Le poste radio n'était pas autorisé. Le nôtre était caché sous le lit. Mon père et ma mère écoutaient les messages Les Français parlent aux Français, mais ne comprenaient pas ce qu’ils signifiaient.

Puis vint le débarquement en Normandie. Il nous tenait motivés ! Nous suivions, à l’aide de punaises, la progression des Alliés sur une carte pendue derrière la porte. Ma mère avait trouvé une carte de l’Europe. De même, nous suivions l’avancée de l’Armée Rouge. C’est moi qui, tous les soirs, m’acquittait de cette tâche.

J'ai  aussi des souvenirs de bombardements et particulièrement ceux de l’aéroport de Montaudran par l'aviation anglo-américaine le 6 avril 1944. Même si nous étions loin, en pleine nuit, nous entendions le vrombissement des nombreux avions, des bombes qui tombaient en sifflant avant d’exploser en illuminant le ciel puis le retour des avions qui passaient entre Caraman et Villefranche ; ils laissaient tomber les enveloppes des bombes que nous ramassions comme des souvenirs."

Je remercie très sincèrement Aimé Boyer de m’avoir une nouvelle fois confié cette tranche de vie exceptionnelle.

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Publié le 9 Octobre 2021

Lauragais en 39-45 (4) : la radio de la ferme

Nous poursuivons la découverte des témoignages des campagnes lauragaises en 39-45. Aujourd’hui, voici un extrait des souvenirs de Laurence Raymond de Baziège, extrait du livre d’or des Anciens Combattants de la commune. Serge Arnaud, qui l’a recueilli, l’a partagé avec nous et je l’en remercie.

 Je me rappelle toujours les paroles que nous disait un cousin de Maman qui était questeur au Sénat: «  Pauvres enfants, je vois beaucoup de nuages sur vos têtes et un avenir bien sombre!!! ». Cela se passait pendant les vacances d'août 1938...

 Hélas, l'été 39 devait lui donner raison… Ce fut une année noire pour les Français... et très triste dans ma famille car mon grand-père et ma grand-­mère nous quittaient le jour des    Rameaux et le jour de Pâques. Pour moi qui étais à peine adolescente, cela fut un grand choc. A la fin août, mon père était mobilisé en tant que réserviste, ayant déjà fait la guerre de 14-18 et été gazé. Voilà comment je me suis retrouvée seule avec Maman.

  Je devais rentrer le 1er octobre, dans une école tenue par des Religieuses pour y apprendre la couture et la broderie comme toute fille de bonne famille, mais vu la situation il n'en était plus question... Autre orientation... je devais aider Maman à travailler dans les champs et soigner les bêtes... il fallait dépiquer le blé qui était en gerbière : je me rappelle que les jeunes gens qui n'étaient pas partis pour le front, sont venus nous aider ainsi que d'autres voisins. Finalement, j'en garde un très bon souvenir...

Puis, il a fallu faucher, sécher et rentrer le regain; octobre est arrivé, nous avons vendangé, aidées par des cousins et des voisins, puis effectué la cueillette des pommes. Papa a eu une première permission pour les semailles. Nous avons rentré du bois pour l'hiver car, en ce temps-là, la cheminée avait un grand succès. La récolte du maïs dont l'effeuillage se faisait à la maison, donnait lieu à des réunions entre voisins et jeunes: nous mangions des châtaignes et gouttions le vin nouveau quand le travail était terminé…

Et la TSF diffusait toujours le même communiqué: « Rien à signaler sur le front: tout est calme.»  Les mois ont passé et Papa a été démobilisé. Puis, les événements se sont précipités sur le front: nous avons eu un afflux de réfugiés belges et alsaciens. Pendant quelques mois, nous avons hébergé deux jeunes filles dont les parents étaient accueillis dans une autre     famille en attendant de les réunir dans une maison.

 Parmi ces réfugiés, il y avait un couple d'une grande discrétion: tous les jours, il venait chercher du lait à la ferme. Le mari demandait à mon père s'il n'avait pas du travail pour lui et son épouse. Nous avons très vite compris qu'ils ne manquaient pas d'argent mais qu'ils avaient faim. Nous les avons aidés dans la mesure de nos possibilités en les invitant à. partager nos repas assez souvent. Lui s'intéressait beaucoup à la politique. Un jour, il a demandé à mon père s'il pouvait venir écouter les informations à la TSF, pas Radio Paris, mais Radio Londres. Cette dernière commençait ses émissions par une chanson qui disait:

« N'écoutez pas Radio Paris, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand » Le monsieur venait tous les jours mais, à la belle saison, nous étions encore dans les champs à 1'heure des informations; alors mes parents ont décidé de faire confiance à cet homme et lui ont enseigné l'endroit ou était cachée la clef de la porte. Il rentrait, écoutait le poste, refermait et s'en allait. Cela a duré jusqu'à la fin de la guerre.

Avant de partir, ils sont venus tous les deux nous remercier et nous ont montré leurs vrais papiers d'identité: ils étaient Juifs Allemands et avaient fui le nazisme. Ils sont partis et jamais plus nous n'avons eu de leurs nouvelles. Nous avons gardé d'eux un bon souvenir.    

 

Mes remerciements Serge Arnaud pour le partage de ce témoignage.

Merci à Laure Pagès pour la photo d'illustration.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

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Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Métairies en 39-45

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Publié le 2 Octobre 2021

Lauragais en 39-45 (3) : faire farine, la nuit

Louis Bruno était agriculteur en Lauragais, fermier plus exactement. Retraité, il a consigné ses souvenirs dans des cahiers que sa famille partage avec nous aujourd'hui. Dans de précédents posts (ici et ), sa description des travaux de printemps puis les activités de début d'été (). 

Depuis deux semaines, nous découvrons son récit de la vie dans les métairies lauragaises pendant la guerre (voir ici  et les épisodes précédents). Il avait écrit ces mots pour une conférence donnée il y a plusieurs années maintenant. Après les éléments de contexte, voici aujourd'hui la farine faite la nuit.

"C'est donc la nuit jusqu'à une heure avancée que les couvées de farine avaient lieu et la solidarité n'étant pas un vain mot surtout en ces temps-là. Les gens du voisinage étaient conviés d'apporter leur mesurette de grains et venir suer une chemise à l'unisson car trois ou quatre personnes se relayant à la manivelle n'étaient pas de trop afin de produire une farine d'une finesse moyenne ; je préciserai que chez nous cela se passait dans un local polyvalent servant aussi de chai, ce qui permettait de faire quelques haltes pour prendre une rasade au robinet pour se remonter bien-sûr.

Les moutures ainsi obtenues après ce parcours plutôt chaotique rendaient grand service. Si on n'allait pas jusqu'au point de rallumer le vieux four pour la fournée de pain, les ménagères initiées pétrissaient pour pâtes fraîches galettes diverses fougasses ou bien encore avec le maïs le millas remplaçant le pain et c'est ainsi qu'on pouvait se caler l'estomac tous les jours un peu en attendant des jours meilleurs qui, au prix du sacrifice de bien trop d'être humains, se profilaient à l'horizon.

(...)

Cet Indispensable je l'ai toujours et je le garderai, je lui dois trop de respect. pour moi, il a une âme et un passé si glorieux.

Je le fais aussi tourner de temps en temps pour le plaisir de faire un peu de farine de maïs pour cuire quelques polentas, les soirs d'hiver."

Aimé Boyer se souvient lui-aussi de ces moments 

"Mes parents avaient acheté aussi un petit moulin, que mon père avait fixé à une mangeoire d'une petite travée libre dans l'écurie; ils avait posé des balles de paille devant pour le dissimuler.
La nuit venue, mon père posait une baladeuse avec un abat-jour au dessus du moulin de façon à cacher toute lumière à la ronde.Même les voisins venaient avec quelques litres de blé ou maïs!. La soirée étaient conviviales, les femmes de la maison faisaient souvent quelques crêpes pour clôturer la veillée. Il ne fallait pas oublier d'éteindre la lumière avant de sortir, quand ils repartaient.

Dans la lancée, mes parents avaient acheté une machine à vermicelle de la marque AYXA. Tous ces appareils étaient bien-sûr vendus en cachette par le forgeron ou ferblantier. Cependant il n'y avait pas de blé dur mais ces pâtes rendaient bien service pour nourrir les familles. "

Un immense merci à Daniel Bruno - ainsi qu'à Christiane et Jean-François Bruno - pour avoir partagé les écrits passionnants de Louis.

Mes remerciements également à Aimé Boyer pour le partage de ses souvenirs et la photo ci-après..

Merci à Bruno Alasset pour la photo d'illustration.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Machine à pâtes YAXA avec ses grilles à macaronis et nouilles (photo Aimé Boyer)

Machine à pâtes YAXA avec ses grilles à macaronis et nouilles (photo Aimé Boyer)

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Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Métairies en 39-45

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Publié le 25 Septembre 2021

Lauragais en 39-45 (2) : les concasseurs, de la farine malgré tout

Louis Bruno était agriculteur en Lauragais, fermier plus exactement. Retraité, il a consigné ses souvenirs dans des cahiers que sa famille partage avec nous aujourd'hui. Dans de précédents posts (ici et ), sa description des travaux de printemps puis les activités de début d'été (). 

Depuis la semaine dernière, nous découvrons son récit de la vie dans les métairies lauragaises pendant la guerre (voir ici épisode précédent). Il avait écrit ces mots pour une conférence donnée il y a plusieurs années maintenant. Après les éléments de contexte, voici aujourd'hui le système D utilisé pour avoir de la farine malgré les limitations imposées durant cette période complexe.

Fort heureusement quelques rares fermes possédaient un de ces outils qu'on appelait les concasseurs et ils furent d'un secours providentiel. Entre autres, je citerai deux marques, les principales : le Kriquet et l'Indispensable. Leur vocation principale était de briser sommairement les céréales diverses pour nourrir les animaux, munis de meules métalliques réglables, pouvant si besoin donner une mouture très acceptable, actionnés manuellement les différents moteurs faisant encore défaut.

Bien entendu, ils furent aussi interdits d'usage puis confisqués par certaines mairies, d'autres plus complaisantes firent apporter une pièce capitale le rendant inutilisables.

Après avoir cogité longuement, mon père apporta une manivelle plus un engrenage, cela leur suffit. Dois-je vous dire qu'elle fut bien vite remplacée ?

Cet Indispensable que nous avions la chance de posséder fut acheté par mes parents dès qu'ils eurent trois sous en main après avoir atterri à Montesquieu en 1924 accueillis par la France avec six gamins accrochés aux "basques".

(...)

Malgré les menaces, les obligations de tout déclarer et la surveillance par quelques mouchards par bonheur souvent incompétentes donc faciles à "rouler", il fallait bien que l'on nous laisse mettre de côté les semences de blé et on comptait le plus large possible, ce qui permettait une fois les semis terminés de mettre le surplus en caisses ou en barriques bien camouflées dans la paille ou le fourrage et bien-sûr les concasseurs non plus n'étaient pas laissés en vue car une perquisition pouvait se produire d'un moment à l'autre.

Récit à suivre dans un prochain post pour découvrir la façon dont la farine se faisait la nuit durant ces années de guerre

Un immense merci à Daniel Bruno - ainsi qu'à Christiane et Jean-François Bruno - pour avoir partagé les écrits passionnants de Louis.

Merci à Bruno Alasset pour la photo d'illustration.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

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Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Métairies en 39-45

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Publié le 18 Septembre 2021

Lauragais en 39-45 (1) : la métairie à l'heure du rationnement

Louis Bruno était agriculteur en Lauragais, fermier plus exactement. Retraité, il a consigné ses souvenirs dans des cahiers que sa famille partage avec nous aujourd'hui. Dans de précédents posts (ici et ), nous avions découvert sa description des travaux de printemps puis les activités de début d'été ().

Nous allons découvrir au cours de nouveaux posts son récit de la vie dans les métairies lauragaises pendant la guerre. Il avait écrit ces mots pour une conférence donnée il y a plusieurs années maintenant.

Les produits alimentaires furent dès 1940 rationnés à un niveau créant une situation voisine de la famine surtout dans les villes. La ration journalière de pain fluctuait suivant les départements en fonction des catégories de population et des caprices des autorités en charge de décisions souvent absurdes, par exemple 250 grammes dans l'Aude, 350 en Haute-Garonne, temporairement 500 grammes pour les producteurs de blé puis réduit de moitié lorsque la soudure s'avérait difficile.

Il était formellement interdit de détenir 10 kilos de blé à la ferme avec tous les mois la liste des différentes denrées d'origine végétale et animale à livrer à la réquisition, ce qui créait chez les paysans les plus craintifs un état de dénuement total, s'imposant des privations voisines de celles que subissaient les gens des villes.

Dans de telles situations, il était évident que seule la pratique du système D pouvait en partie soustraire les gens à ces misères et encore pour que ce fût possible fallait-il être situé de préférence dans la campagne profonde, loin des agglomérations et des mouchards mal intentionnés, posséder un peu de culot et cacher sous le chapeau un esprit de rébellion passive ravivé par l'instinct de survie.

Comment donc se procurer ces farines si précieuses sachant que les moulins furent interdits, seuls quelques rares encore non plombés se hasardaient un peu la nuit risquant des représailles terribles et le grain presque inexistant.

Certains foyers allaient jusqu'à se servir du moulin à café, imaginons quelle peine pour un rendement désuet...

 

Récit à suivre dans un prochain post pour découvrir la façon dont la farine se faisait durant ces années de guerre

 

Un immense merci à Daniel Bruno - ainsi qu'à Christiane et Jean-François Bruno - pour avoir partagé les écrits passionnants de Louis.

Merci à Bruno Alasset pour la photo d'illustration.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

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Publié dans #Métairies en 39-45, #Lauragais agricole d'autrefois

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Publié le 14 Septembre 2021

Evénement : les métairies lauragaises pendant la 2nde Guerre Mondiale

Ce samedi 18 septembre, débutera dans les Carnets d'Emile une série consacrée aux années de guerre dans les métairies et fermes du Lauragais. 

Situations familiales, réquisitions, occupation, sytème D, approvisionnement en farines et autres denrées, craintes seront évoqués grâce à des témoignages exclusifs que vous retrouverez ici au cours d'une série de posts qui s'étendra sur quelques semaines.

Vous y découvrirez les souvenirs de ceux qui ont vécu cette époque difficile au coeur des bordes lauragaises.

Si vous aussi vous souhaitez apporter votre éclairage (témoignage, souvenir, document...) concernant ces années difficiles, vous pouvez me contacter à cette adresse : lauragais@lescarnetsdemile.fr

A suivre ici, prochainement...

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Publié le 11 Septembre 2021

photo coll. S.Arnaud

photo coll. S.Arnaud

Dans les années 50, lorsque Emile rédige les pages publiées ici, il n'y a guère plus de métayers dans le Lauragais. Les grandes heures des moulins sont déjà, elles-aussi, au rang des souvenirs.

S'il évoque pourtant fréquemment dans ses lignes le Moulin du poivre, ce n'est que pour évoquer les terres qui entourent les ruines de ce moulin qu'Emile travaille.

S'il était nommé ainsi, ce moulin, ce n'est pas parce que le meunier (le molinier en occitan)  moulait cette épice. C'est parce qu'il "se faisait du poivre", c'est à dire beaucoup de souci car son moulin n’était pas l'un des mieux exposés aux vent dominants, Cers et Autan.

Les collines du Lauragais était hérissées quelques décennies plus tôt de nombreux moulins qui connaissaient une activité considérable jusqu'au début du XXe siècle. Le meunier était d'ailleurs un personnage prestigieux de la vie locale. En effet, les moulins jouaient un rôle essentiel dans la vie sociale et économique du Lauragais. Les farines de blé et, dans une moindre mesure, de maïs étaient prépondérantes dans la nourriture quotidienne. Le pain, le millas pour ne citer qu'eux en étaient des éléments centraux.

D'un moulin à l'autre, les meuniers, parfois à l'aide de longues vues, observaient les actions de leurs homologues sur les toiles tendues ou repliées sur les ailes, ce qui constituait de précieuses indications sur l'évolution des vents parfois si capricieux qui, d'alliés et de force motrice, pouvaient devenir ennemis et source de dégradations sur l'outil de travail. La vigilance du meunier était constante, l'inquiétude de tous les instants...

Le déclin des moulins lauragais s'est enclenché au moment de la 1ère guerre mondiale et s'est encore renforcé avec l'apparition des concasseurs électriques dans les décennies suivantes.

Un regain de l'activité des meules de pierre a pourtant eu lieu lors de le 2nde guerre mondiale. Les meuniers sont ainsi remontés aux ailes. Les concasseurs électriques, mis sous scellés, les moulins sont devenus des outils de travail contrôlés par des perquisitions de gendarmerie et des autorisations de moulage strictes. Cela n'a pas empêché le développement de fraudes, pour contourner la rigueur des tickets de rationnement. De nuit, lorsqu'on le pouvait on apportait un peu de blé pour pouvoir échanger de la farine auprès du boulanger contre un peu de pain. On s'y rendait par des chemins détournés, jamais le même, la peur au ventre de tomber sur un éventuel contrôle.

Après la guerre, le déclin des moulins s'est accéléré. Pour ne plus payer la patente d'une activité qui ne suffisait plus à faire vivre les familles de meuniers, certains ont démonté aux-mêmes les ailes et les toits de leurs moulins, se tournant vers l'agriculture et quittant à regrets leurs outils de travail qui, peu à peu, ont continué  se délabrer. Certains ont été rasés, d'autres restent encore fièrement dressés, privés de leurs ailes, se fissurant lentement comme pour rappeler le labeur d'antan des moliniers si directement lié à l'activité agricole.

Regardez bien en traversant le Lauragais, ils sont encore là, saluant notre passage et nous susurrant de nous souvenir encore un peu de leurs ailes absentes qui battaient l'air pour "faire farine" comme on disait alors.

Lexique occitan :

le moulin : le molin

le meunier : le molinier

les ailes : las alas, las telas

la meule : la mòla

le blé : le blat

le maïs : le mil

L'avoine : la civada

Sur ce sujet, on pourra lire le passionnant ouvrage de Jean et Huguette Bézian, Les grandes heures de moulins occitans, Plon, Terre Humaine, 1994, recueil de témoignages de meuniers très éclairants sur l'évolution ce métier disparu et fourmillant d'anecdotes.

Je remercie encore Serge pour les clichés des moulins de Baziège qu'il m'a transmis pour les partager avec vous.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Lauragais d'Autrefois (145) : Le Lauragais des moulins/Le Lauraguès des molins

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Publié le 28 Août 2021

Photo coll.Nardèse

Photo coll.Nardèse

Je vous propose de redécouvrir aujourd'hui un témoignage concernant les battages que j'avais publié il y a deux ans environ.

« Le fauchage réalisé, nous faisions des gerbes puis des tabels dans les champs, ces petits tas de gerbes inclinés qui attendaient le passage de la charrette pour les rapporter dans la cour de la ferme. Là, nous faisions de gigantesques gerbiers. Le blé, l’orge et l’avoine stockés ainsi attendaient le passage de la machine à dépiquer qui appartenait au forgeron du village. Les gerbiers étaient surmontés de gerbes inclinées pour faciliter l’écoulement éventuel de l’eau et nous louions aussi des bâches pour les protéger en attendant de dépiquer.

On s’entraidait ces jours-là, entre voisins, cousins, famille et on se rendait les journées de travail. C’était d’ailleurs un travail pénible sous la chaleur. Il fallait transporter les gerbes, les sacs de grain. Mais c’était joyeux, on riait beaucoup malgré la difficulté. Nous les femmes de la maison, nous participions de différentes façons. Certaines devait assurer le repas pour tout ce monde : il fallait qu’ils soient copieux, tout le monde avait très faim.  D’autres, comme moi, aidions aux battages. On disait dépiquer.

On attendait impatiemment que ce soit notre tour. Le jour donné, on installait, de très bonne heure, la batteuse dans la cour à côté du gerbier. On installait les courroies que l’on reliait au tracteur qui produisait la force motrice. Le forgeron venait avec son tracteur Ford ainsi qu’une presse pour faire les balles de paille au fur et à mesure. 

Dans un grand fracas mécanique et beaucoup de poussière, la machine se mettait en marche. 

Une personne était chargée, de mettre les gerbes dans le bon sens sur la rampe qui les montait en haut de l’appareil. Là, une personne, souvent c’était moi à la maison, j’étais la femme la plus jeune, les récupérait au fur et à mesure, les déliait rapidement en prenant soin de sectionner la corde au niveau du nœud. On récupérait tout. On en faisait de gros bouquets afin de pouvoir s’en resservir pour les petits travaux du quotidien.

Parfois, pour plaisanter, la cadence de l’arrivée des gerbes augmentait trop ou on les plaçait à l’envers sur la rampe, je donnais un petit coup de coude et la gerbe dégringolait sur l’envoyeur. On riait.

Une autre personne récupérait les gerbes que j’avais déliées pour les engouffrer dans l’ouverture de la machine qui les happait. D’un côté, le grain tombait par des bouches pour remplir des sacs de jute, ils pesaient 80 kg. On remplaçait vite fait un sac plein par un vide et on les transportait sous le hangar en attendant que le camion de la C.A.L. (Coopérative Agricole Lauragaise) vienne les récupérer. Cette opération de force mobilisait trois ou quatre hommes assez jeunes. 

De l’autre côté de l’imposante machine, la paille tombait directement dans la presse qu’on avait pris soin d’installer tout près. A intervalles réguliers, une personne était chargée d’introduire une aiguille dans les bottes de foin, il s’agit en fait d’un outil pointu permettant de séparer l’agglomérat de paille pour le diviser en balles régulières. Une autre personne, munie d’une fourche de bois récupérait les àbets qui jonchaient le sol, c’étaient des débris de paille mais là encore, on ne voulait rien en perdre.

Cette opération était extrêmement poussiéreuse et la chaleur qui régnait la plupart du temps n'arrangeaient rien à l’affaire. 

Parfois, l’un de nous, innocemment, se rendait près de l’échappement du tracteur pour se débarrasser d’un peu de poussière. Il suffisait d’une accélération facétieuse pour qu’il se retrouve noir corbeau. Cela faisait rire tout le monde. On ne parlait pas encore du danger des particules.

Ce jour là, on faisait successivement, en changeant les grilles, l'avoine, l'orge et le blé. Une dizaine d’années plus tard, au début des années 60, tout cela était terminé. Les moissonneuses-batteuses avaient pris le relais sauf dans les penchants qu’on faisait encore à la faux. »

Merci à Paulette D., ma grand-mère, pour son témoignage et à Berthe Tissinier pour la photo

 

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Publié le 14 Août 2021

Photo coll. C et JF Bruno

Photo coll. C et JF Bruno

Nous opérons aujourd'hui un retour sur une tradition qui se déroulait dans les campagnes lauragaises notamment : la fête de la Saint Roch qui a perduré jusque dans les années 50.

Le 16 août 1951, Jean écrit :

Saint-Roch était imploré pour la protection du bétail et des récoltes et cela donnait lieu à des cérémonies annuelles dans nombre de villages du Lauragais.

Aimé Boyer décrit l'une d'entre elles : 

"Le 16 août, on allait avec une paire de bœufs, vaches, chevaux sur la place du village faire bénir les animaux et les récoltes. On choisissait la plus belle paire. Les bêtes étaient cardées, brossées, les queue frisées, un peu de blanc d’Espagne, le joug vernis.

Sur le joug, on déposait un spécimen des cultures : des épis de blé, orge, avoine, quelques pieds de maïs avec leurs cabosses, fèves, tresses d’ail, d'oignons... On agrémentait cela de quelques pieds de luzerne, fétuque etc… et bien-sûr quelques fleurs.

Le tout  était arrangé en forme de couronne posée sur le joug et attaché avec un long sarment de vigne avec ses grappes de raisins. 

On se rendait au village. En route bien-sûr, le convoi s’allongeait, on s’interpellait, on racontait quelques blagues.

En arrivant on s’installait en rond, le prêtre venait en procession, la croix, l’aspersoir et bénissait les animaux un par un, avec les prières adaptées à la situation. Il y avait beaucoup de monde.  La famille se déplaçait  y compris le propriétaire des métairies ou les régisseurs. On déposait l’incontournable panière des offrandes, toujours des produits de la ferme. "

Au retour, certaines familles faisaient consommer des éléments végétaux qui avaient été bénis lors de la cérémonie aux animaux qui étaient restés à la borde, des crêtes de maïs par exemple.

Lorsque cette tradition s'est perdue, elle a toutefois perduré parfois sous une forme plus intimiste avec, ce jour-là, la visite du prêtre dans les bordes qui le souhaitaient pour bénir maison, animaux et récoltes.

 

Un immense merci à Aimé Boyer pour ses témoignages toujours passionnants

Merci à JF et C Bruno pour la photo d'illustration.

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Statue de saint Roch, église de Giroussens (81)

Statue de saint Roch, église de Giroussens (81)

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Publié le 7 Août 2021

Lauragais d'Autrefois (141) : choisir son chêne pour le timon de charrette

Dans un précédent article (voir ici), Aimé nous avait parlé de la charrette et de toutes les pièces qui la composaient. Aujourd'hui, il se souvient pour nous de la façon méticuleuse avec laquelle on choisissait un chêne pour en faire un timon, pièce maîtresse.

" Le timon ( Tirado) Colonne vertébrale de la fabrication de la charrette est tout simplement un chêne droit sans nœud, tiré du bois de la métairie, c’est le charron qui vient choisir parmi les files destinées à cet usage, une bonne longueur, ni trop gros ni trop petit. sans branche le long du tronc.   

Il faut rester dans l’esprit de ne pas avoir à l’équarrir, ce qui pourrait couper le fil du bois. Cette file on va la couper en sève descendante avec la bonne lune, pas nouvelle pas trop vieille. On va le stoker bien à plat pas trop longtemps le chêne se travaille plutôt vert. Cet arbre était jalousement surveillé, il y a eu quelques vol de guides, c’est l’autre nom qu’on lui donnait.

On peut aussi le cultiver. En se promenant dans un bois, en levant la tête, il y a des vides, qui laissent passer le jour  le soleil même la pluie Si vous aviez la chance d’avoir un petit chêne, qui poussait en face de ce vide, il fallait couper les petites branches, ne laisser que le bouquet de tête et l’orienter éventuellement avec un tuteur, et rapidement il allait rejoindre le trou laissé à la cime par les autres arbres comme pour l’accueillir. Au bout de quelque temps, en montant, vers le jour, il allait aussi grossir mais pas trop. C’est ici, qu’intervenait le charron : "on coupe ou on attend un peu ?"

Quelques mesures indicatives : longueur utile du Plateau entre 3 mètres 40 centimètres,  largeur du plateau. 80 centimètres. Diamètre du Timon sous le Joug ! à 10 centimètres Diamètre a l’arrière de la Charrette  14 à 15 centimètres. 

Toute la réalisation de la charrette allait tourner autour de ce timon comme nous le montre la photo ci-dessous."

Mes remerciements sincères et amicaux à Aimé Boyer pour ce partage.

 

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Document Aimé Boyer

Document Aimé Boyer

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Publié le 2 Août 2021

Lauragais d'Autrefois (140) : les expressions et dictons occitans sur le soleil

Et si on s'intéressait au soleil (le solelh) qui certes n'est pas des plus fidèles à cet été 2021 ? Voici quelques expressions et dictons choisis tirés de notre bel occitan languedocien... 

Que le pol canta o non, le solelh se levará.

Que le coq chante ou non, le soleil se lèvera.

 

Fa un solelh de lèbre.

ll fait un soleil de lièvre.

 

Quand le solelh a pas lusit a miègjorn, avem la pleja tot le jorn.

Quand le soleil n'a pas lui à midi, on a la pluie tout le jour.

 

Solelh de jun a pas jamai ruinat digun.

Soleil de juin n'a jamais ruiné personne.

 

Fa un solelh a asclar le cap d'un ase.

Il fait un soleil à fendre la tête d'un âne.

 

On pourra aussi noter un certain nombre d'expressions comme esser a la raja del solelh (être en plein soleil) ou bien al solelh levant (au soleil levant, à l'Est) ou le champ exposé au soleil dénommé solelhar sans oublier le coup de soleil : solehada.

Jol solelh (benlèu), vos esperi un polit estiu ! Sous le soleil (peut-être), je vous souhaite un bel été.

 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur le soleil, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 1 Août 2021

Photo B.Alasset

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Les occitanismes sont ces tournures ou ces mots occitans qui se sont glissés dans la langue française de notre quotidien dans le Lauragais et bien plus largement en Occitanie. Certains noms et verbes se sont ainsi francisés. 

Nous commencerons par les inénarrables poches ou sacous (de l'occitan pocha et sacon) qui remplacent facilement les sacs ou sachets de courses que l'on dépose non pas dans le coffre mais dans la malle (mala) de la voiture.

Dans notre quotidien on a souvent les cheveux qui quillent (se dressent, sont ébouriffés, ou avec un épi ; de l'occitan quilhar). 

En Occitanie, le dîner (dinnar) est bien souvent encore le repas de midi quand le petit-déjeuner est le déjeuner (dejunar) et le repas du soir le souper (sopar). Dans les carnets d'Emile, quand le métayer parle des activités menées dans les champs le soir, il s'agit de l'après-midi.

La bise, désormais proscrite par les gestes barrière, reste dans nos échanges courants le célèbre poutou (poton) et a donné les verbes poutouner ou poutounéjer (de potonar et potonejar) pour s'embrasser.

Quand on se fâche ici, quand on râle, on répoutègue (repotegar), on roumègue(romegar) et surtout on bisque (biscar). 

On qualifie d'estequit quelqu'un de chétif.

Un sol, une toile cirée où ont été renversés des aliments ou des boissons pèguent(de pegar, coller). Même chose quand ça empègue (empegar) mais quand on s'empègue, cela peut aussi vouloir dire qu'on se confronte ou qu'on se dispute. Dans ce cas, amòrri, piòt, piròl, padena sont souvent préférés à imbécile ou idiot.

Notons qu'on s'espatarre (s'espatarrar) plus qu'on ne tombe, et que souvent au lieu d'être écrasées les choses sont escagassées (escagassar) ou espouties (espotir).

(à suivre...)

 

Si vous connaissez d'autres expressions ou tournures occitanes qui sont venues se glisser dans notre langue quotidienne, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

 

 

 

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Publié le 24 Juillet 2021

Un pique-nique dans les années 30 (photo coll. Rouzaud)

Un pique-nique dans les années 30 (photo coll. Rouzaud)

Voici un témoignage d'Aimé Boyer sur les labours au brabant lorsqu'il était enfant. Quand les terres étaient un peu éloignées de la métairie, s'organisait un pique-nique.

"Les commerçants, artisans, particuliers avaient des terres, de petites surfaces disséminées autour de Caraman. Mes parents qui avaient une petite ferme exploitaient cxrtaines de ces parcelles. Celle de l’épicière était près de Caraman maios assez éloignée de notre métairie (environ 2 km). Aussi lorsque nous allions faire les gros travaux comme les labours, nous y passions la journée.

A midi ma mère avec son vélo équipé d’un porte bagage, posé sur le devant - qui servait aussi à me porter quand j’étais petit – venait nous apporter le repas. Dans un bouteillon, il ya avait la soupe, dans une tourtière enveloppée d’un chiffon pour conserver la chaleur, une sauce, un civet ou, parfois, les incontournables haricots vvec leurs morceaux de salé sans oublier la tranche de jambon et aussi le boudin. Pour le dessert une pomme, quelques noix ou amandes tirés de nos arbres faisaient l’affaire, il y avait rarement du fromage. Bien-sûr, l’incontournable vin avait toute sa place à tous les repas et même pour le 4 heures sans oublier  la grosse marque de pain qui allait servir à éponger toutes ses sauces.

Pendant que ma mère étalait une couverture, installait les assiettes et couverts, mon père déliait les quatre vaches.

Pour les labours au brabant, j’étais chargé de conduire l’équipe de devant avec l’aiguillon (le tocado). On disait alors « tirer les vaches ». D’ailleurs, c’était ainsi que c’était écrit sur un petit papier que je donnais le lendemain à l’institutrice pour expliquer mon absence à l’école : « Aimé n’est pas venu hier, nous avions besoin de lui pour tirer les vaches ».

Les vaches libérées de leurs jougs allaient s’éparpiller dans le champ et en bordure pour y chercher de l’herbe à leurs goût. Tambour le chien fidèle les contrôlait sans perdre une seconde - les champs des voisins étaient toujours attirants - pendant que nous mangions de bon appétit. Le plein air, ça creuse.

A la fin, ma mère commençait à rassembler tous les ustensiles d’une table improvisée mais bien garnie. Elle prenait soin de rassembler dans la couverture les mies de pain pour les éparpiller dans la cour en arrivant à la maison : tous les animaux arrivaient alors.

Mon père s’allongeait un moment à l’ombre d’un azerolier, j’en faisais autant. Mais cela ne durait guère (Anen, dròlle, i cal tournar : allons petit, il faut s’y remettre). Mais auparavant, il roulait une grosse cigarette de tabac gris qu’il conservait dans une blague en cuir, à la poche, avec un papier cigarette Job. Il l’allumait avec son briquet amadou qu’il rangeait après avoir tiré une bonne bouffée.

Il prenait alors le joug, vérifiait si les juilles n’étaient pas emmêlées et appelait les vaches par leurs  noms. Tambour faisait un petit tour pour s’assurer  qu’acune ne renâcle. Les vaches venaient se positionner en s’étirant,

En face mon père posait le joug sur l’une et je me mettais en mesure de lier pendant qu’il s’occupait de l’autre.

Là j’ai vu son petit plus ! Pendant le repas il avait glissé quelques croûtons dans ces poches  dont les vaches étaient friandes.

Pour lier le joug aux vaches, il y avait des gestes précis, autour des cornes en suivant une progression apprise depuis la nuit des temps. Sans oublier de poser sur leur front un coussin épais, qui allait permettre au juilles de ne pas frotter sur l’os temporal, sous les cornes, ce qui pouvait agacer certains animaux.

Quelques fois il me disait « Mena un bricon, vau far una cigarreta » (Conduis un peu le brabant je vais faire une cigarette).

Inutile de vous dire que je prenais cette charge avec l’aguillada avec mille plaisirs."

 

Un immense merci à Aimé Boyer pour son précieux témoignage et à Jean-Claude Rouzaud pour le partage de sa photo.

 

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Publié le 17 Juillet 2021

Lauragais d'Autrefois (138) : dictons occitans de l'été (l'estiu)

Alors que la chaleur semble vouloir enfin s'installer, un petit détour par les dictons occitans de l'été...

 

Del bon estiu le pagés viu.

Du bon été le paysan vit.

 

Le que pana pas a l'estiu vei pas la façade de Diu.

Celui qui ne profite pas de l'été ne voit pas la face de Dieu.

 

Le que travalha pas l'estiu, a sovent talent l'ivern.

Celui qui ne travaille pas l'été a souvent faim l'hiver. 

 

La pleja d'estiu mena le fresc al riu.

La pluie d'été amène la fraîcheur au ruisseau.

 

Le que parla mal de l'estiu, parla mal de son paire.

Celui qui dit du mal de l'été dit du mal de son père.

 

Quand les auriòls arrivan, es signe de calor.

Quand les loriots arrivent, c'est signe de chaleur.

 

Quand le blat es en flor, la cloca es al pausador 

Quand le blé est en fleur, la poule qui couve se repose

 

Per la santa Magdalena la notz es plena.

A la sainte Madeleine, la noix est pleine.

 

Si vous connaissez d'autres dictons ou proverbes sur l'été, la chaleur, les moissons etc, etc..., n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 10 Juillet 2021

Lauragais d'Autrefois (137) : les repas des grands travaux et des grandes occasions

Depuis quelques semaines déjà, nous explorons la table lauragaise, les repas traditionnels des métairies. Nous terminons cette plongée dans les souvenirs du quotidien grâce au témoignage de Berthe. Aujourd'hui Nous nous intéressons aux repas des travaux de saison qui réunissaient tous les travailleurs de la maisonnée et ceux qui venaient les aider. Nous ferons aussi une incursion dans les repas des grandes occasions...

Les moissons : pour le grand jour il fallait prévoir le repas pour environ 25 personnes si je me souviens bien.

Cela commençait la veille par le plumage des volailles : poules et poulets et la récolte des haricots verts du jardin,

Le menu était pantagruélique mais nécessaire pour ces hommes et ces femmes qui travaillaient dur et sans relache ce grand jour là :

Le potage, la poule farcie, la cascade de hors d’œuvres : du pâté, saucisson, jambon, galantine de volaille, certaines bonnes années du foie gras…… œufs durs tomates, les viandes rôties poulet, pintade, des haricots verts sautés au beurre, du fromage, des desserts : crème, flans aux œufs, gâteaux maison, le café accompagné d’un sucre à l’eau de vie pour les dames et d’un doigt d’eau de vie pour les messieurs...

Les repas des vendanges étaient du même style, un peu moins copieux, les vendanges commençaient tôt le matin, souvent sous la bruine, et à midi une bonne assiette de soupe chaude réconfortait, après le repas c’est avec une peu de regret qu’il fallait repartir finir la besogne.

Les repas des fêtes du cochon étaient aussi fort copieux, le jour des cochonailles l’on faisait griller coustellous et carbonade ; le repas du soir ou l’on avait tué le cochon était fort convivial et bien arrosé pendant les parties de belotes inévitables avec les crêpes qui passaient directement de la poêle à la table.

Les repas de communion, de fiançailles, ou autre grande occasion :

On n’allait pas au restaurant en ce temps là : plusieurs jours avant on préparait les victuailles, on faisait un effort financier en achetant un rôti de veau ou de bœuf,

On sortait la plus belle vaisselle.

Le repas débutait par les hors d’œuvre : foie gras de rigueur, saucisson, jambon, les fameux œufs mimosas, crudités de saison, un plat en sauce soit une poule ou du sauté de veau avec champignons de paris, la viande rôtie une bonne volaille et un rôti de bœuf avec sa sauce au madère et champignons de Paris, des haricots verts dont on avait fait les conserves en été, du fromage ce jour là le roquefort trônait, et pour l’occasion l’on avait commandé  au boulanger-pâtissier, une belle pièce montée. On avait fait une bonne crème anglaise avec sa madeleine bien sûr.

Oui dans ces grands repas il y avait deux plats consistants un plat en sauce et des viandes rôties et beaucoup de hors d’œuvre et de desserts fait maison.

Un grand merci à Berthe Tissinier pour la plongée dans ses souvenirs savoureux de cuisine à la métairie qui nous ont tenus en appétit durant plusieurs semaines. 

 

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Publié le 3 Juillet 2021

Lauragais d'Autrefois (136) : les repas du soir à la métairie

Depuis quelques semaines déjà, nous explorons la table lauragaise, les repas traditionnels des métairies. Nous poursuivons cette plongée dans les souvenirs du quotidien grâce au témoignage de Berthe. Aujourd'hui Nous nous intéressons aux repas du soir qui selon la saison, les produits ou la difficulté des travaux étaient adaptés...

"Le soir, une bonne salade du jardin, de la charcuterie, des restes du midi, les jours de grande labeur, un gratin de macaroni, ou des pâtes, une volaille ou un lapin, rôti, des pommes de terre direct du champ à la sauteuse, du fromage, une tartine de confiture.

A noter qu’en été l’on soupait vers 17 h 30 pour ensuite revenir travailler aux champs jusqu’à la tombée de la nuit.

L’hiver une soupe au pain avec du fromage râpé gratinée dans le four de la cuisinière à bois, qui ronronnait en complément du feu de cheminée.

L’hiver toujours la soupe aux choux avec confit de porc et pommes de terre , pain rassis et râpé.

Le millas, dans un chaudron en cuivre dans la grande cheminée que la mère de famille tournait sans cesse très longtemps puis les hommes attrapaient le chaudron et le déversaient sur une table recouverte d’un torchon, le millas s’étalait en un grand cercle que l’on découpait en morceaux, une fois tiédi, et on le dégustait  avec une sauce et au dessert avec du sucre ou de la confiture, le lendemain et les jours suivants on le faisait griller sur les braises.

On mangeait peu de poisson, mais il existait ces fameuses sardines salées séchées vendues dans des contenant en bois placés devant la devanture des épiceries, ou au marché où étaient bien rangées en rond ces sardines que l’on mangeait au déjeuner : sur une tranche de pain on la décortiquait avec un couteau, les adultes adoraient, les enfants beaucoup moins..."

A suivre...

Un grand merci à Berthe pour ce témoignage savoureux à déguster en plusieurs épisodes

 

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Publié le 26 Juin 2021

Lauragais d'Autrefois (135) : les repas du dimanche à la métairie

Depuis deux semaines déjà, nous explorons la table lauragaise, les repas traditionnels des métairies. On remarque que les repas étaient variés et s'adaptaient forcément à la saison. On pourrait croire que l'on faisait bombance, ce n'était pas le cas. On portait une attention scrupuleuse à ce qu'on servait. Parfois on manquait. Mais bien souvent, on vivait presque en autoconsommation grâce à l'élevage et au potager maison mais aussi à la cueillette ou à la chasse. Le petit plus était pour les enfants afin de veiller à leur bon développement ou simplement leur fair plaisir lorsqu'on le pouvait. Berthe nous emmène aujourd'hui à la table dominicale et à l'étable de fête lorsque les repas étaient un peu améliorés.

Le dimanche le repas était un peu amélioré, à midi le bouillon de poule avec son farci et sa sauce blanche qui l’accompagnait, ou un sauté de veau avec des champignons de paris, les œuf mimosas avec la mayonnaise maison bien sûr, le poulet rôti, avec des pommes de terre sautées ou en purée, ou des haricots verts du jardin l’été. Le soir souvent un bon plat de pâtes gratinées ou avec de la tomate et du gruyère râpé par nos soins.

 Et un bon dessert : le flan aux œufs, ou la crème anglaise, ou une mousse au chocolat, avec toujours une madeleine (biscuit de savoie) bien moelleuse pour tremper dans la crème ! Et le fameux riz au lait.

On faisait aussi le gâteau sans cuisson avec des petits beurres imprégnés de café et de la crème au beurre, le Baba au rhum, la bûche de Noël.

Chez nous, les jeunes filles de la maison fréquentaient l’Ecole Ménagère de Villefranche et apprenaient à confectionner entre autres ces merveilleux desserts ou ces plats mijotés.

L’hiver, on réalisait de temps en temps les fameuses oreillettes, des bassines entières qui se conservaient plusieurs jours, des beignets aux raisins secs macérés dans un peu de rhum, et bien sûr les crêpes ! 

A la saison, on faisait griller des châtaignes le soir au coin du feu.

Quand on tuait les canards gras, on mijotait du ragout avec les os des canards : les pattes, les ailes, la carcasse, des pommes de terre et des carottes. On appelait cela un alicuit, en patois « alicot »

Pour le fromage, le choix était limité, on en achetait quand on pouvait : cantal et gruyère, quelquefois du roquefort réservé aux fêtes.

L’été des fruits du vergers, des pommes, des pêches, beaucoup de prunes, l’hiver souvent une tartine de confiture que l’on avait fait durant l’été surtout les années d’abondance, clôturait le repas. Enfin le café avec la goutte de « gnole »

Au goûter les enfants avaient une tranche de pain et une bille de chocolat ou une tartine de confiture et…un verre d’eau du puits.

A suivre...

Un grand merci à Berthe pour ce témoignage en plusieurs épisodes

 

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Publié le 19 Juin 2021

Lauragais d'Autrefois (134) : les fumets savoureux des repas à la métairie

Aujourd'hui, nous continuons la plongée dans les souvenirs de Berthe. Elle nous raconte la savoureuse cuisine lauragaise telle qu'elle était servie au quotidien à la table des métairies. Des fumets délicieux s'échappent de ce post...

Le matin au lever, très tôt, on buvait un grand verre de café chaud. Ensuite vers 9 h, on déjeunait plus copieusement : charcuterie, pâté, fromage, pain, vin, un autre café,  en hiver un peu moins copieux mais tout aussi riche confiture, figues sèches, fromage et même quelques carrés de chocolat et un bol de café chaud.

Nous, les enfants, nous levions plus tard et nous avions un grand bol de lait de nos vaches, avec du chocolat et une belle tartine de pain (grillée devant les braises de la cheminée) avec de la confiture ou suprême gourmandise : beurrée avec du chocolat en poudre ou râpé sur le dessus !

A midi pratiquement toute l’année été comme hiver (sauf les jours de canicule) le repas débutait par une bonne assiette de bouillon au vermicelle, la soupe avait mijoté toute la matinée devant les braises dans « l’oule » (la marmite) quelquefois ce n’était que du bouillon de légumes du jardin, mais souvent elle était agrémentée des os du cochon ou des canards gras, le dimanche d’une vieille poule, d’un morceau de pot-au-feu du boucher. On faisait cette soupe en quantité suffisante pour 2 ou 3 jours, suivant le nombre de personnes. Ensuite, on mangeait les légumes de cette soupe en vinaigrette, la pomme de terre écrasée avec un peu de beurre réservée aux enfants. Pas tous les jours mais souvent de la charcuterie, faite maison bien entendu, boudin, saucisson, pâté, l’été le jambon était sec et faisait le régal de chacun, venait ensuite la viande, poulet rôti du dimanche, lapin sauté ou en civet, également civet de lièvre à la saison de la chasse,  confit de canard, quand on avait tué le cochon saucisse, carbonade et coustellous grillés sur les braises au coin de la cheminée et souvent après la soupe uniquement une bonne assiette, ou deux, des fameux haricots blancs avec leur garniture.

Une oule (l'ola en occitan) Photo Berteh Tissinier

Les confits, canards et porc, étaient conservés dans ces grands pots en grès, recouverts de graisse, bien fermé par un papier cuisson puis un papier kraft tenu par un élastique, avec la date dessus et la nature, ces pots étaient stockés dans la pièce la plus fraîche de la maison, en général le « chais » où l’on conservait également jambons, saucissons, où se trouvait un garde manger.

Pot en grès photo Berthe Tissinier

A suivre...

Un grand merci à Berthe pour ce témoignage en plusieurs épisodes

 

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Publié le 12 Juin 2021

Lauragais d'Autrefois (133) : à la cuisine de la borde

La cuisine lauragaise,  la cuisine occitane.... Comment se nourrissait-n dans les bordes juste après la guerre ? J'ai sollicité Berthe Tissinier pour nous confier ses souvenirs culinaires à la métairie. Cela fera l'objet de quelques articles successifs ici. Nous commencerons aujourd'hui avec les provisions avant d'entrer en cuisine dans les prochains posts.

"Dans ces années là l’on vivait pratiquement en auto-suffisance avec les produits de la ferme (volailles de toute sorte poules, poulets, canards, pintades dindes et dindons, lapins, œufs, cochonailles, légumes frais et secs, fruits, sans oublier les confits de canards et de porcs, et les fameux jambons qui étaient prêts à déguster en été, etc….)

Pour les produits d’épicerie la mère de famille se ravitaillait au marché hebdomadaire : Baziège, Caraman, Castelnaudary ou Villefranche de Lauragais.

Mes parents fréquentaient le marché de Villefranche qui a toujours eu lieu le vendredi : en premier ma mère vendait au marché à la volaille (vivante) poules, poulets, canards, pigeons, lapins, dindes, œufs, selon la maturité, et avec l’argent ainsi récolté elle achetait les produits d’épicerie nécessaires pour la semaine : huile, café, sucre, sel, pâtes, sardines, fromages, rarement boucherie, biscuits, chocolat et quelques bonbons pour nous les petits !

Si la vente des volailles avait été fructueuse, des vêtements, quelque ustensile de cuisine. L’on trouvait tous ces produits sur le marché, pour le pain un boulanger d’une commune voisine faisait sa tournée trois fois par semaine et même un boucher le samedi.  

Comment se nourrissait-on les jours ordinaires  ? 

Il est à noter que la cheminée fonctionnait pratiquement toute l’année, elle était éteinte uniquement en été les jours de fortes chaleurs, en complément il y avait une cuisinière à bois qui servait à chauffer un peu plus la salle commune et à faire la cuisine, il y avait aussi une gazinière.

Devant les braises trônaient plusieurs marmites (les oules = las olas en occitan) une pour la soupe, une ou deux pour avoir de l’eau chaude en permanence, une avec les haricots blancs qui figuraient au repas au moins une ou deux fois par semaine. Surtout en hiver. Ils étaient agrémentés des couennes, de pieds, de morceaux de viandes, de lard, du cochon fraîchement tué, de la partie la plus épaisse des coustellous, plus tard du confit quand il aurait bien macéré dans sa graisse."

A suivre...

Un grand merci à Berthe pour ce témoignage en plusieurs épisodes

 

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