lauragais agricole d'autrefois

Publié le 19 Juillet 2020

Lauragais d'Autrefois : bientôt "Ceux de la Borde Perdue", un web roman feuilleton lauragais

Nous avons pris l'habitude depuis 4 ans de partager le quotidien d'Emile, grâce à la publication quotidienne de ses écrits mais aussi de faire des focus sur des sujets particuliers ayant trait à l'agriculture d'antan grâce à vos photos et témoignages dans la page Lauragais d'Autrefois.

Votre fidélité et vos visites sont un encouragement à poursuivre le travail autour de cette mémoire qui constitue une partie de notre patrimoine du Lauragais.

Cet été, je vous propose une nouvelle aventure, celle de la fiction. Elle aura le cadre que nous aimons, les bordes des années 50 et le travail de la terre. Elle prendra la forme d'un nouveau site sur lequel vous pourrez retrouver à intervalles plus ou moins réguliers les épisodes de ce web roman feuilleton intitulé Ceux de la Borde Perdue.

C'est le destin de Louise, jeune femme d'une trentaine d'années, que vous y découvrirez. Elle vit chez les Bourrel, famille de métayers qui n'a pas été épargnée par le destin à tel point qu'au village, en chuchotant, on les appelle les "maffrés". Ils s'installent en novembre 51 à la Borde Perdue, sur la commune de Florac-Lauragais. Pourquoi ont-ils changé de bail aussi brutalement, à la surprise générale, alors qu'ils travaillaient la métairie d'En Peyre depuis les années 20 ? Louise, accaparée par le quotidien de la métairie, trouvera-t-elle encore sa place au sein de cette singulière famille ?

A suivre bientôt sur le site dédié qui porte le nom de cette métairie de fiction, la Borde Perdue : www.bordeperdue.fr 

Vous serez prévenus ici lorsque le site sera en ligne, d'ici quelques jours. Encore un peu de patience...

Twitter : @Borde_Perdue

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Rédigé par Emile

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Publié le 17 Juillet 2020

Lauragais d'Autrefois (86) : les progrès de la moisson, vers le vrac

Nous avons évoqué récemment les premières moissonneuses-batteuses pour lesquelles il fallait faire des sacs de grain à même la machine (voir ici).

Voici la suite du témoignage d'Aimé Boyer à ce sujet. Ce système n'a pas duré très longtemps au profit du vrac :

 

"Ces machines n’avaient pas de cabine aussi l'année suivante avait-on installé des parasols attachés avec des ficèlles de Lieuse pour le chauffeurs et les enssacheurs pour un confort... rudimentaire.

 

Est venu ensuite le vrac, d'abord pour faire des sacs au sol, avec des trémies fabriquées maison. Il s'agissait d'une grande caisse carrée, posée sur la remorque. A l'intérieur posé au fond de la caisse, un montage triangulaire avec la pointe en haut permettant au grain de s'écouler vers les bords où deux trappes était aménagées de chaque côté de la caisse avec une fermeture à glissière, ouvrant vers le haut, pour laisser passer le grain, qui s'écoulait dans une sache, tenue sur le côté par deux crochets.

Pour finir de vider le caisson, on  passait la main dans les angles, scétait plus que parfait, il n'y avait plus qu’à décrocher le sac et L'attacher. Stoker celui-ci, si possible à l'abri. Progrès en marche.

La fabrication de ces trémies maison a occasionné un chamboulement commercial.

On sollicitait :

La scierie: chevrons, Planches, Tasseaux, etc.... 

La quincaillerie: Pointe, Boulons, Cornières, Vis à bois, Perceuses Mèches à bois, à fer. 

La droguerie: quelques-uns la peignaient 

Le forgeron: Il fallait donner des formes, les trappes à glissières fonctionnaient mieux en fer qu'en bois (fluctuant avec l'humidité).

Cette méthode n'a duré que quelques temps. On est ensuite passé au vrac total, après quelques temps de planches incliné, fabriqués par des forgerons astucieux, et vendues dans le commerce.

On peut citer un autre exemple, la pipe. C'est le nom donné aux vis sans fin qui équipaient les moissonneuses-batteuses atteuses,pour vider le grain en vrac

Les premières machines était équipées de pipes pliables, quand on était rentré dans le champ, avec une tringle adaptée, on tirait et plaquait la vis à la machine avant de la fermer avec un verrou à levier tandis que la tringle était posée, tendue au bout de la pipe pour soutenir le balancement. de celle ci.

On ne refermait la pipe que le champ fini, et la trémie vidée. Si un incident empêchant de vider celle ci  il était prévu une trappe pour vider par dessous. Je ne vous dis pas l'opération, avec un seau...

Assis sous mon tilleul je les ai vus, l'autre jour, rien n'a changé, dans le geste, sauf le perfectionnement des machines.

Les bennes ont fait leur apparition. Et un peu plus tard encore,  les containers, posés dans les champs par les camions des coopératives, ou les marchands de grains. Cela perdure encore aujourd'hui.

Toutes ces modifications ont été entraînées par la modernisation des fabricants de matériel agricole (toujours plus performants).  Il a fallu suivre. Dans les années 50-60, des Agriculteurs on créés des entreprises qui on permis un atout à la modernisation du machinisme."

Un grand merci à Aimé pour son témoignage. Nous reviendrons prochainement sur les moissons.

Si vous avez vous-aussi des souvenirs, des témoignages, des photos liés aux moissons, n'hésitez pas à me les adresser. Nous les publierons ici. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 5 Juillet 2020

Lauragais d'Autrefois (86) : souvenirs des premières moissonneuses-batteuses (suite)

Suite à la publication concernant les premières moissonneuses-batteuses (ici), Aimé Boyer m'a adressé ses souvenirs. Ils constituent un témoignage très éclairant quant à cette transition.

" Oui l'arrivé de la moissonneuses-batteuses a ouvert un changement radical des comportements des agriculteurs.
La pompe à graisse, tous les matins, le filtre à air et la vérification de la tension des courroies et chaînes ont fait de l'agriculteur un mécanicien à part entière.

Se sont multipliés les trousseaux de clés : plate, à pipe, cliquets, les crics, les palans. Quant aux marteaux, ils étaient déjà la!
Bref, la modernisation agricole...  Finies les colles de battage sur le sol que nous avons déjà évoquées et qui apportaient, malgré le travail, du lien social.
La modernisation était un mal nécessaire. L'agriculteur devenait un entrepreneur.

J'ai conduit une Massey- Haris dans les années 52/53 avant de partir au régiment.
Les premières moissonneuses, on faisait les sacs sur la machine ! Une fois pleins, on les posait sur une glissière que l'on déclenchait tout les trois sacs pour les déposer au sol. Ces sacs étaient mal attachés et pesaient presque tous 100 kilos. On était balloté en tous sens, choqué au rembarres, se cognant la tête à la trémie, en équilibre sur une jambe en montant et sur l'autre en descendant. Le Lauragais n'est pas renommé pour être plat...

A la tombée de la nuit il fallait ramasser les sacs, pour les mettre à l’abri : c’était un travail très pénible. Heureusement plus tard sont venues les trémies pour faire en vrac. Et tout le travail à deux ou trois hommes, consistait à ramasser la paille, la charger à la fourche, c'était très lourd, la mettre à l'abri ou faire un pailler. Pour faire ce travail on formait des petites colles avec deux ou trois voisins.

C'est à peu près à la même période, il me semble, que sont arrivées les ramasseuses à maïs tractées et aussi faire les sacs sur la machine un rang." 
 

Merci à Aimé Boyer pour son témoignage et à Jean-Claude Rouzaud pour la photo transmise. Il s'agissait de la 1ère moissonneuse-batteuse menée par le fermier du château de Montmaur probablement dans les années 50.

 

Si vous avez vous-aussi des souvenirs des moissons d'antan, des premières moissonneuses-batteuses ou des anecdotes liées à ces travaux, n'hésitez pas à me les adresser. Nous les publierons ici. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Rédigé par Emile

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Publié le 1 Juillet 2020

photo : coll. J-C Rouzaud

photo : coll. J-C Rouzaud

Nous avons souvent décrit ici les moissons dans les années 40 et 50 avec le passage de la faucheuse, les gerbes, les tabels... Ce long travail estival s'est trouvé fortement réduit à l'arrivée de la moissonneuse-batteuse non seulement dans sa durée mais aussi dans la peine physique du travailleur. Pour autant subsistaient la poussière, la chaleur écrasante des débuts d'été et arrivaient aussi les ennuis mécaniques encore plus redoutés lorsque le temps devenait menaçant...

Merci à Jean-Claude Rouzaud pour la photo transmise. Il s'agissait de la 1ère moissonneuse-batteuse menée par le fermier du château de Montmaur probablement dans les années 50.

 

Si vous avez des souvenirs des moissons d'antan, des premières moissonneuses-batteuses ou des anecdotes liées à ces travaux, n'hésitez pas à me les adresser. Nous les publierons ici. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Rédigé par Emile

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Publié le 27 Juin 2020

Petit focus sur les floraisons de saison comme nous l'avions fait il y a quelques semaines grâce à Marilys Benoît que je remercie.

 

En ce tout début d'été, nous allons évoquer les floraisons de la deuxième moitié du printemps en lauragais.

 

« Au mes de mai, cada casse met sans huèlhas ». Au mois de mai, chaque chêne met ses feuilles. Le chêne pubescent (cassou), aux feuilles velues sur leur face inférieure, est fréquent. Ses feuilles sont marcescentes, c'est à dire qu'elles restent sur l'arbre tout l'hiver, desséchées, et tombent lors de la pousse des jeunes feuilles.

 

Dans les pelouses ou les bords de routes, de nombreuses espèces fleurissent en mai-juin.

 

Le coquelicot s'annonce début mai, notamment dans les champs et dans les lieux en friche, et le dicton dit : « Quand la cap-roseta es florida, l'oèlha es gandida ». Quand le coquelicot est fleuri, la brebis est à l'abri de l'hiver.  Les pétales, en infusion, aident à l'endormissement. La floraison s'étale jusque fin juin.

 

Sur les pelouses ensoleillées, l'urosperme ou lampistrelle commune, étale ses capitules jaune vifs, souvent lavés de rouge à l'extérieur.

 

Les marguerites sont présentes mêlées au lotier corniculé  (boulumague, cap-arrous, lotgèr, pinausel) 

 

Il n'est pas rare de profiter du glaïeul des moissons et de ses fleurs rose fuschia. 

Les dernières orchidées sont en fleur en mai, telle la surprenante serapia lingua  , la loroglosse à odeur de bouc, bien nommée  et l'anacamptis pyramidale 

 

 

Mai a vu la floraison d'arbustes dans les haies et bords de bois, comme le cornouiller sanguin (esclamè y sanguî). Ses rameaux, cueillis en hiver, étaient utilisés pour la confection d'objet de vannerie. Le troène des bois (ligoustrè, bretoina,berdét, trogue) est aussi de la partie , ainsi que l'églantine (galabardo, salabarda, arrouméc, gabardé, arrosèr sauvatge), dont les fleurs sont prisées par le cétoine doré. 

 

Textes et photos Marilys Benoît

 

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Publié le 23 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (83) : traditions et croyances autour des feux de la Saint-Jean

Aimé Boyer se souvient aujourd'hui des traditions autour du feu de la Saint-Jean qui était allumé dans chaque ferme à la tombée de la nuit. 

 

"Pour célébrer l'arrivée de l'été, la tradition était d'allumer un grand feu. Seules les familles endeuillées dans l'année s'abstenaient. Quelques jours avant le 24 juin, nous disposions des fagots en forme de pyramide à un endroit qui puisse être vu par le plus grand nombre de voisins.

A la tombée de la nuit, à la veille de la Saint-Jean, chacun allumait alors son feu et nous comptions aussi ceux allumés par les voisins.

 

Protéger les récoltes et la famille

Le feu était béni et nous disions des prières dont certaines en patois. Pour protéger les récoltes, nous passions des plants 7 fois au dessus du feu ainsi qu'une ou deux bouteilles de vin que nous mettions de côté et qui étaient réservées pour soigner les maux de ventre (humains ou animaux).

 

Sauter 7 fois

Tout le monde avait ensuite sauter 7 fois par dessus le feu. 7 fois mais pas plus ! Sinon nous considérions que cela pouvait porter malheur.

Pour ceux qui ne pouvaient pas sauter, on passait leurs sabots tenus au bout d'une fourche dans le feu en prenant garde de ne pas les y faire tomber. Dans les fermes où il y avait de jeunes mariés, le couple devait sauter en se tenant par la main pour être assuré d'avoir du bonheur toute l'année.

 

Protéger la maison et l'exploitation

Enfin quand le feu s'éteignait, on prenait un tison encore fumant que l'on lançait sur la toiture de la maison pour la protéger de la foudre et de l'incendie.

Les cendres étaient ensuite jetées dans les champs pour protéger les récoltes."

 

Merci à Aimé pour son témoignage.

                

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Publié le 20 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (82) : les souvenirs d'Aimé, la préparation du millas

 

L'article consacré au millas, il y a quelques semaines, a réveillé des souvenirs chez Aimé. Je les partage avec vous aujourd'hui.

 

"Pour ne pas entamer le quota de blé déposé chez le boulanger, on remplaçait de temps en temps le pain par du millas fabriqué à partir du maïs. Les grains étaient moulus au moulin à vent ou à eau qui faisait tourner une pierre sur une autre fixe avec la complicité du meunier qui alimentait les meules différemment que lorsque le broyât était destiné aux animaux. Là, la farine était plus douce aux toucher.

N'oublions pas que les fermes étaient occupées généralement par des familles nombreuses : jusqu'à 10  personnes et parfois même plus. Si l'on ramène cela à uns journée de nourriture cela pouvait donc faire 30 repas sans pain, qu’il fallait bien remplacer en économisant du blé.

                                                                  

D’abord on programmait le plat : un civet de  lièvre , de lapin de garenne, une daube de langue de bœuf - ou même de  corbeau par temps de disette - un ragoût de poulet ou de veau.

Le chaudron en fonte permettait de maintenir la température quand le feu de bois était capricieux. Il fallait simplement de l'eau, de la farine; du sel et... le savoir-faire du préposé.

 

Assis devant le chaudron en fonte posé sur une pierre milliaire, un tablier en toile posé sur les genoux retombant sur les pieds, la personne chargée de ce travail ne devait quitter son  poste sous aucun prétexte. Il fallait touiller sans cesse, calmement la cuillère ou le bâton de bois spécialement fabriqué pour cela. L'extrémité était taillée en forme de spatule.

Quand l’onctuosité était jugée correcte par celui ou celle qui menait la préparation, l’annonce qu'il était temps de vider était faite. C'était là un moment très important qui conditionnait la réussite de l’œuvre entreprise.

Une grande table  avait été dressée et recouverte d’un drap de lit costaud. On l'avait au préalable enfariné.

 

Deux personnes prenaient le chaudron par les poignées grâce à des chiffons pour ne pas se brûler et le basculaient au dessus de la table en essayant de répandre la mixture le plus régulièrement possible.  En même temps, une autre personne soulevait et reposait la table pour permettre un étalement régulier de la préparation.

Si le millas était réussi, il ne fallait pas que le milieu dépasse 3 centimètres d’épaisseur. (Allez je vous autorise à la limite un centimètre de plus !)
 

Il ne restait plus, une fois refroidi, qu'à couper des tranches et là, à la dégustation, chacun ses goûts : certains aimaient essayer de récupérer le plus de sauce avec des petits dés piqués au bout de la fourchette. C'était tout un travail : le millas n’est pas absorbant. Je vous assure que c'était un repas qui tenait chaud au corps. Les croûtes au fond du chaudron étaient récupérées par certains qui aimaient le consommer avec du vin. 

Plus tard, on pouvait aussi le frire à la poêle après l'avoir sucré.  Le lendemain, pour souper, s’il en restait, on le dégustait avec un œuf mollet ou au plat."

 

Des souvenirs qui titillent les papilles...

 

Merci à Aimé pour son témoignage.

                

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Publié le 17 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (81) : dictons occitans, plantes et fleurs sauvages de juin (le mes de junh)

Les bouquets changeants des bords des champs sont composés de nouvelles fleurs au mois de juin. Après avoir passé en revue les plantes du début du printemps grâce à Marilys Benoît (voir article ici), voici quelques photos de ces plantes d'avant l'été.

Voici leur traduction occitane:

coquelicotrosèla, capròsa 

mauve : malva

séneçon : saniçon

matricaire : matricària, èrba de la maire

gessegèissa, bega, garòta.

 

Nous rajouterons à ce bouquet quelques dictons occitans de saison :

Es pas aquel que ganha le fen que le manja.

Ce n'est pas celui qui gagne le foin qui le mange. (en référence au travail de l'ouvrier et au propriétaire)

Mes de jun, dalha al punh

Mois de juin, faux à la main

Solelh de junh ne ruina degun.

Le soleil de juin ne ruine personne

 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur cette thématique, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Lauragais d'Autrefois (81) : dictons occitans, plantes et fleurs sauvages de juin (le mes de junh)

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Publié le 13 Juin 2020

Les fenaisons photo coll. Nardèse

Les fenaisons photo coll. Nardèse

Louis Bruno était agriculteur en Lauragais, fermier plus exactement. Retraité, il a consigné ses souvenirs dans des cahiers que sa famille partage avec nous aujourd'hui. Dans de précédents posts (ici et ), nous avons découvert sa description des travaux de printemps. Aujourd'hui, nous nous intéresserons à la troisième partie de ce compte rendu précis. On y voit les activités se diversifier, se multiplier mais aussi s’intensifier. Chacun dans la maisonnée a son rôle à jouer pour que l’exploitation familiale tourne à plein régime

Fin mai

C'est alors que commençaient les choses sérieuses, les interminables journées de 15 à 16 h de boulot car tandis que la fenaison battait son plein, ce sacré maïs, lui, avait levé et bien levé à tel point qu'il était prêt à biner, manuellement le dos en l'air, rang après rang et pied après pied le débarrassent des adventices indésirables tout en l'éclaircissant, ne laissant pousser qu'un nombre de plantes optimum disons environ 4 pieds par mètre linéaire."

Juin : un mois d’activités harassantes et intensives

IL fallait donc mener de concert sarclage de maïs et rentrée des foins entravée souvent par les orages et le manque de soleil. Il s'ensuivait une longue série de besognes : coupes, râtelage, secouage, retournage bouquets, mise en tas pour enfin le charger ne gros voyages sur les charrettes et l'acheminer vers les granges et les hangars. Tout personne valide avait du pain sur la planche et n'avait pas à se faire prier. 

Les fourrages enfin dans les grandes ont se retrouvait en juin, mi-juin, même, le maïs était bon à buter par le passage entre les rangs du butoir  ou bien de la houe à cheval, opération toutefois plus rapide que le sarclage et démariage. Heureusement car les premières coupes de regain montraient déjà le bout du nez ne laissant aucun répit tandis que la Saint Jean se pointait à l'horizon et que les céréales d'hiver viraient de couleur présageant que la moisson débuterait aux premiers jours de juillet.

A suivre dans un prochain post...

Un immense merci à Daniel Bruno - ainsi qu'à Christiane et Jean-François Bruno - pour avoir partagé les écrits passionnants de Louis.

Merci à Berthe pour la photo transmise

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Publié le 10 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (79) : le petit-déjeuner dans les campagnes d'antan

Nous avons déjà évoqué ici les moments de repas et de collation dans les campagnes d'antan. Ils ont été explorés sous l'aspect convivial essentiellement lors des grands rassemblements liés aux travaux ou aux événements familiaux. Les repas du quotidien étaient évidemment adaptés aux saisons et aux productions animales, potagères et fruitières de l'exploitation familiale du moment. Ils étaient aussi en adéquation avec les travaux entrepris : les longues journées estivales avec les travaux de force (les battages par exemple) nécessitaient plusieurs prises alimentaires dans la journée bien au delà des 3 repas habituels.

 

Déjeuner, petit-déjeuner, dîner, souper ?

 

Jetons d'abord un oeil du côté de la terminologie. Dans le Lauragais encore aujourd'hui, la terminologie utilisée pour chaque repas est un peu différente de ce qu'elle est ailleurs. Hérités de l'occitan, déjeuner prend souvent la place de petit-déjeuner quand dîner est substitué à déjeuner (le repas de midi donc.. vous suivez toujours ?) et souper est souvent préféré à dîner... pour le repas du soir donc. Ces éléments de langue font aussi intégralement partie de notre patrimoine immatériel commun.

 

Voici donc la terminologie en occitan :

petite-déjeuner : dejunar

repas de midi : dinnar

repas du soir : sopar

 

C'est au déjeuner, enfin au petit-déjeuner, que nous nous intéresserons aujourd'hui. Dans les campagnes des années 40 et 50, il est plutôt riches en matières grasses animales. La charcuterie fabriquée maison y figure en bonne place mais on trouve également les oeufs, les restes de repas de la veille, de la soupe froide -comme celle de fèves au printemps par exemple - et parfois quelques fruits.

Il est plus sucré pour les enfants avec du miel lorsqu'on en a, des confitures maison, des fruits de saison et quelques laitages.

Café et thé sont encore des invités très rares à cette période tout comme oranges et bananes.

 

Un petit-déjeuner agrémenté des produits de saison

 

Aimé Boyer se souvient de ce qui venait agrémenter le petit déjeuner au fil des saisons :

"Au printemps, nous dégustions à la croque-sel, des mousserons dont nous protégions jalousement le secret des coins où ils poussaient, des tiges de moutarde pelées avant la floraison ainsi que les premières fèves. En été, les melons s'invitaient ainsi que les fruits encore verts de l'amandier, du noisetier et du noyer. En automne, devenus des fruits secs, ils figuraient encore aux menus matinaux. Venaient s'y joindre parfois des sardines salées et des raisins".

 

Il y avait aussi quelques incontournables quelle que soit la saison comme le pain à l'ail, la cansalade (poitrine de porc salée) et l'oignon à la croque sel.

 

Ce moment où la ferme s'éveille

 

Ces moments étaient selon les familles assez ritualisés. Aimé se souvent :

"Le père se levait bien avant le soleil. Après un brin de toilette rapide, il allait passer plus d'une heure dans l'écurie pour nourrir les bêtes, sortir le fumier avec la brouette, refaire une litière propre, faire téter les veaux, traire et brosser et carder les vaches.

Ce travail terminé, il revenait dans la cuisine avec une casserole de lait, ouvrait les fenêtres sans trop de ménagement.

 

Il allumait la radio (Aqui Radio Andorra !) pour finir de réveiller la maison. Il coupait une tranche de pain avec un peu de lard, prenait sa bouteille sous le bras pour aller chercher du vin. En passant, il ouvrait le poulailler. La ferme s'éveillait. 

dans les années 50, il y avait du café. Mon père y rajoutait parfois une goutte de marc. Les conversations, elles, tournaient, autour du programme et des urgences de la journée".

 

Remerciements : Aimé Boyer

 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Publié le 6 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (78) : semer, biner, sarcler, buter le maïs (2/2)

Nous nous sommes intéressés ici au ramassage du maïs à la saison d'automne. Voici le deuxième post consacré aux semis que nous a récemment décrits Louis Bruno ainsi qu'au binage et sarclage qui va occuper les posts d'Emile durant de nombreux jours en juin. 

Le témoignage d'Aimé Boyer nous a éclairé sur le choix et la préparation de la parcelle, voici aujourd'hui la façon dont se déroulaient les événements.

 

Semer (semenar)

Aimé raconte :

"Le moment venu, le maïs (le milh) était dans un seau, on laissait tomber, au fur et à mesure la semence mais il m’est difficile de vous décrire ce gestequi dénotait un certain savoir faire. Les vaches attelées au joug normal, au dessus du sillon semé, avec la charrue, le versoir couché. L'attelage, tenu énergiquement,  tout le long du sillon,  on faisait glisser la terre sur le grain. Souvent la maîtresse de maison participait aux semis pendant que la daube frémissait devant le feu."    

 

Sarcler et biner (sarclar et binar)

Quelques temps après sa sortie de terre, le sarclage était une action essentielle comme le binage. Le sarclage consiste à supprimer les adventices, les mauvaises herbes tandis que le binage en cassant la croûte superficielle pour aérer et ameublir le sol. Il était également nécessaire de d'éclaircir si les pieds avaient été semés trop près.

« Entre une coupe de foin, soufrer ou sulfater la vigne, l'entretien des pommes de terre, les fèves, le sarclage devait être inclus dans l'emploi du temps.

Dès qu’il était un peu plus gros, lors u 2 ou 3e sarclage, la sarcleuse liée à l'attelage permettait de réaliser cette action (deux socs posés en V réglable en largeur).

On avait aussi un genre de cultivateur, avec plusieurs dents, réglable lui-aussi en largeur. Sarcler sans répit, éclaircir, avancer la terre au plus près du pied. »

 

Buter (buter)

Quand le sarclage était fini on butait le maïs avec la houe réglable en largeur, pour aller au plus près du pied. « On terminait avec le sarcloir, (foussou -fossor- que d’aucuns appellent houe)  avancer la terre tout le long, du sillon au pied du maïs.  

On prenait soin à chaque bout d’arrondir Le sillon surtout s’il était au bord du chemin (un peu de fierté vis à vis des voisins). Il ne restait plus qu’à souhaiter de la pluie... malgré le fourrage à sécher. »

 

Ecrêter (descrestar)

« Bien plus tard, lorsque la cabosse était fécondée, (Voir soie sèche) on étêtait avec un opinel. Une main coupait la crête (cresta) et venait la poser sur le bras libre, tout un art du savoir-faire, pour en faire un gros fagot qui était liés avec une crête, j'aurais du mal à vous expliquer comment. Quelques temps après - entre temps, il y avait eu les moissons - il fallait sortir par brassées, ces fagots, sur les épaules qui passaient au-dessus du pied de maïs qui avait bien grandi. Il fallait se protéger le cou, les feuilles taillaient. On faisait des tas, au bout du champ, avant de venir le charger. » 

 

Remerciements : Aimé Boyer

 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Eclaircir le maïs

Eclaircir le maïs

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Publié le 3 Juin 2020

Lauragais d'Autrefois (77) : le maïs, de la préparation aux semis (1/2)

Nous nous sommes intéressés ici au ramassage du maïs à la saison d'automne. Nous allons aujourd'hui et sur 2 posts consécutifs consacrer une focale aux semis que nous a récemment décrit Louis Bruno ainsi qu'au binage et sarclage qui va occuper les posts d'Emile durant de nombreux jours en juin. 

Le témoignage d'Aimé Boyer va nous éclairer sur la façon dont se déroulaient les événements : du choix de la parcelle jusqu'au sarclage de printemps.

 

Avant l'hiver, le choix de la parcelle 

 

La parcelle est choisie avec soin. Il la faut la plus adaptée possible à la culture de cette plante. De ce choix dépendront les rendements qu'on espère les meilleurs possibles. "Le Lauragais n’a pas des terres homogènes comme La Touraine ou le Plat Pays. Sur les hauts de crête, là où la roche affleure à la surface, il est inutile d'essayer de semer du maïs. Les vallées sont favorisées, mais attention, on prend alors le risque des inondations.", explique Aimé.

Le choix se porte donc souvent sur une parcelle de céréales de l'année précédente qui a bénéficié de fumure adaptée. "On a déjà porté le fumier, chargé sur la charrette, on le faisait tomber avec le croc en tirant. Cela permettait de faire un tas assez haut, on essayait de faire une ligne droite, on éparpillait avec la fourche. On déchaumait, léger, pour couvrir le fumier avec la charrue que nous a montrée Laure.

Parmi les mauvaises herbes, il y a le chiendent qui pousse en surface;  Cette plante n’aime pas trop qu’on l’embête avec la sècheresse? Bien sur on en profitait. Ces travaux se faisait fin d’été, pour êtres labourés fin d’automne début d’hiver, avec le brabant, tiré par deux paires de vaches car chez nous, nous n’avions pas de bœufs."

 

Au début du printemps la préparation

 

Il faut procéder à un nivellement du labour avec la herse ou la canadienne. Le but faire de la terre meuble, et de détruire les premières mauvaises herbes qui avaient poussé pendant l’hiver. "Non sans avoir pris soin de ramasser celle qu'on mangeait en salade" précise Aimé.

Pour faire les sillons rectilignes, autant que possibles, des jalons sont installés, souvent des jambes de maïs de l'année précédente. "Pour essayer de faire le premier sillon droit, ce n’était pas trop important, mais on avait la fierté du savoir faire : avec le joug à coulisse, la houe (alaïré), type de charrue à deux versoirs, avec un soc en V.

Pour faire le premier sillon il n’y avait pas de repère, hormis le jalon, mais je crois que les vaches avaient une intuition.

Au retour, une des bêtes passait dans le sillon tracé, Il n’y avait plus qu’a suivre le joug à coulisse. En restant bien calé, pour avoir un sillon toujours droit.  Par contre je ne me souviens plus si on semait du maïs au bout du champ,les contornières  - si quelqu’un peut apporter son éclairage ??)- , voilà  a il n’y avait plus qu’à attendre que le coucou chante. (Al temps del cocut le matin plaou le ser es issut - Au temps du coucou, le matin il pleut le soir la terre est ressuyée.) Autres repères le lilas, l’azerolier, 

 

Le maïs lui avait été préparé pendant l’hiver dans l’écurie ou le soir au coin du feu. Aimé précise : "On égrenait le blanc (semences tirées du tas), le jaune n’était pas encore en vogue. On enlevait les premiers rangs, du bout de la cabosse trop petit, et celui du fond trop gros.

Avoir du grain calibré était important, car sinon dans la main, ça pouvait être compliqué."

 

Dans le prochain post, semis, sarclage, entretien du maïs...

Remerciements : Aimé Boyer

 

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Publié le 30 Mai 2020

Photo coll. JC Rouzaud

Photo coll. JC Rouzaud

Louis Bruno était agriculteur en Lauragais, fermier plus exactement. Retraité, il a consigné ses souvenirs dans des cahiers que sa famille partage avec nous aujourd'hui. Dans un précédent post (ici), nous avons découvert sa description des travaux de printemps. Aujourd'hui, nous nous intéresserons à la deuxième partie de ce compte rendu précis. On y voit les activités se diversifier, se multiplier mais aussi s’intensifier. Chacun dans la maisonnée a son rôle à jouer pour que l’exploitation familiale tourne à plein régime.

En avril

"C'était le moment de reprendre les labours d'hiver bien disloqués par les gelées. Les terres étaient d'une finesse à vous donner envie de marcher pieds nus et la structure du sol impeccable du fait d'un tas de facteurs trop longs à citer et aussi discutables mais il n'en est pas moins qu'il en est rarement de même à ce jour malgré les moyens existants.

Le temps des semis de maïs approchant à grands pas  l'opération suivante consistait à billonner ces terres. "Cal bourdonna" disait-on avec une paire de boeufs et la petite charrue. Cela donnait souvent lieu à une petite compétition, un défi bon enfant entre voisins à qui les alignerait le mieux et cela faisait dire à ceux qui se croyaient battus "M'en fouti, rego torto levo récolto"*.

Ensuite le feu vert ayant été donné par la floraison de l'aubépine le semis du maïs démarrait-on. On refendait le billon à la charrue tandis qu'au fur et à mesure l'"enregaïre" souvent une femme, laissait tomber les grains dans le sillon et recouverts au retour par une mince couche de terre obtenue par un fin réglage et une façon particulière de tenir l'araire. Il était rarissime que fin avril les émaillés de maïs ne fussent terminées, remettant à quelques jours plus tard un semis de haricots secs pour la consommation familiale de l'année.

En mai

Mai étant intervenu avec sa douceur avec sa douceur ses beaux jours, matin et soir, les bêtes des étables se délectaient d'herbe tendre aux pâturages situés en bordure de rivières, ruisseaux au bas-fonds humides propices à la repousse tandis que dès la deuxième décade du mois commençait la fenaison des premières coupes. La faucheuse mécanique était déjà présente et seuls recoins et les parcelles inaccessibles étaient réservées à la bonne vieille "dalio" **.

C'est alors que commençaient les choses sérieuses, les interminables journées de 15 à 16 h de boulot car tandis que la fenaison battait son plein, ce sacré maïs, lui, avait levé et bien levé à tel point qu'il était prêt à biner, manuellement le dos en l'air, rang après rang et pied après pied le débarrassent des adventices indésirables tout en l'éclaircissant, ne laissant pousser qu'un nombre de plantes optimum disons environ 4 pieds par mètre linéaire."

* je m'en moque, sillon droit lève récolte

** la faux

La suite des travaux de juin vus pas Louis Bruno à suivre dans un prochain post.

Un immense merci à Daniel Bruno - ainsi qu'à Christiane et Jean-François Bruno - pour avoir partagé les écrits passionnants de Louis.

Merci à Jean-Claude Rouzaud pour la photo transmise.

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Publié le 27 Mai 2020

Lauragais d'Autrefois (75) : l'âne, roi des dictons occitans (l'ase)

S'il est un animal qui est le roi des expressions et locutions occitanes, c'est bien l'âne. On le convoque en toutes occasions. Voici quelques exemples de phrases idiomatiques qui ornaient les conversations du Lauragais d'autrefois. Ce n'est qu'un très petit aperçu des dictons qui lui sont consacrés, nous aurons l'occasion d'y revenir dans un nouveau post.

Acibada un ase, te pagarà ambe de pets.

Nourris un âne avec de l'avoine, il te paiera avec des pets.

Far l'ase per aver de bren

Faire l'âne pour avoir du son.

Esser bavard coma un ase qu'estrena una brida.

Être orgueilleux comme un âne qui étrenne une bride.

Esser afairat coma un ase de vendémia.

Être occupé comme un âne de vendanges.

Tanlèu un ase a bramat qu'un autre brama.

Sitôt un âne a brait qu'un autre s'y met.

A la fièra, i a plan d'ases que se semblan.

A la foire, il y a beaucoup d'ânes qui se ressemblent.

Esser franc coma un ase quand recula.

Être franc comme un âne qui recule

S'en trufa coma un ase d'un cop de capèl.

S'en moquer comme un âne d'un coup de chapeau.

Remerciements : Laure Pagès, photographe animalière d’un jour

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur cet animal emblématique, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 24 Mai 2020

Lauragais d'Autrefois (74) : maladroits, fainéants, paresseux, tire-au-flanc à l'honneur des expressions occitanes

Parce qu'il n'y a pas de raison pour qu'ils n'aient pas leurs expressions, locutions et dictons consacrés, voici un petit passage de revue de ces virgules imagées des conversations du Lauragais et de l'Occitanie d'autrefois.

Le trabalh fait i fa pas paur

Le travail fait ne lui fait pas peur

Es fenhant coma una colòbra.

Il est fainéant comme une couleuvre.

I a pas pus valent qu'un fenhant que se met en colèra.

Il n'y a pas plus vaillant qu'un fainéant qui se met en colère.

Le cotel d'un fenhant copa totjorn plan.

Le couteau d'un fainéant coupe toujours bien.

Mais que voulez vous, il arrive à tout le monde d'avoir la flemme (aver la canha), les pigres (paresseux), les langonhas, les molàs (mollassons)l'ont plus souvent que d'autres.

Il serait injuste d'oublier les maladroits (maladreits, malaisits)

Es adreit coma un porc que monta a l'escala.

Il est adroit comme un cochon qui monte à l'échelle.

Quand on est maladroit, on s'y prend tellement mal qu'on est capable d'attacher l'âne par la queue (bridar l'ase per la coa)

 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur ce thème, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Publié le 21 Mai 2020

Ouvrage sur l'élevage des lapins, Ed. La maison rustique, 1947 (coll. Laure Pagès)

Ouvrage sur l'élevage des lapins, Ed. La maison rustique, 1947 (coll. Laure Pagès)

Au fil de notre exploration du Lauragais d'autrefois, il a été mis en évidence la nécessité pour les familles de fermiers ou de métayers de complémenter les revenus, complémenter l'ordinaire pour les siens.

Parmi ces activités du quotidien, il en est une qui demandait un peu de travail de préparation mais permettait d'avoir à sa disposition des lapins de Garenne plus ou moins facilement.

Près des métairies, étaient ainsi érigés des clapiers. Il fallait, si on voulait favoriser le bien-être des animaux et leur survie, respecter quelques critères. Aimé Boyer en témoigne : "Il fallait bien-sûr choisir un emplacement pas trop éloignés de la maison mais où, tout de même, il n'y avait pas trop de passage. On évitait évidemment les zones inondables et on choisissait un endroit pas trop exposé au vent, surtout le vent d'Ouest."

Commençait ensuite l'installation de quelques têtes d'arbres : ormeaux et frênes. Aimé poursuit : "Elles étaient difficiles à fendre. On les entassait ensuite en veillant à couvrir une bonne surface au face au sol. Nous prenions soin ensuite d'éparpiller dessus quelques fourchées de fumier de lapins domestiques."

Enfin, l'amoncellement était recouvert due buissons : aubépines, pruneliers bien tassés. "Pour cela, on montait sur le tas avec les sabots à cause des épines tout en veillant à la bonne tenue de l'ouvrage. "

Pour peupler ce nouveau clapier, on furetait avec des bourses et une ou deux femelles étaient ainsi installées dans leur nouveau logis. Ne restait plus qu'à attendre le peuplement, souvent rapide, des lieux en espérant que chats et autres prédateurs ne capturent pas avant les jeunes lapins.

"L'idéal, reprend Aimé, était qu'il y ait une haie entre le clapier et la maison. A des heures bien précises de la journée, il fallait alors se cacher, attendre patiemment la sortie des lapins et choisir, selon les besoins du jour, lequel serait cuisiné en civet, poêlé avec une persillade..."

Cela n'empêchait nullement en parallèle et selon les métairies l'élevage de lapins domestiques pour la consommation familiale mais aussi vendus sur les marchés... Nous y reviendrons...

Petit lexique occitan :

lapin : lapin, conilh

lapine : lapina, conilha

lapereau : lapinon

lapinière : lapinièra, conilhèra

portée de lapins : lapinada

(rappel : le a final se prononce o et le on final se prononce ou)

Remerciements :  Aimé Boyer et Laure Pagès

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Publié le 13 Mai 2020

Un petit arrêt sur images botaniques... Quelques fleurs et plantes incontournables de ce début de printemps que l'on peut rencontrer au bord des champs ou au au détour des chemins.

Eclairagae par Marilys Benoit-Esquerre

 

En mars et en avril, la végétation se réveille puis explose rapidement en Lauragais, avec en particulier la floraison des premières orchidées, principalement sur les coteaux calcaires.

 

Les délicates ophrys, miniatures des orchidées tropicales, ouvrent le bal dès la deuxième quinzaine de mars, suivies de près par l'orchis pourpre, espèce typique de la région.

Ophrys en forme d'araignée et orchis pourpre (cliquez sur les photos pour les faire apparaître sur votre écran)Ophrys en forme d'araignée et orchis pourpre (cliquez sur les photos pour les faire apparaître sur votre écran)

Ophrys en forme d'araignée et orchis pourpre (cliquez sur les photos pour les faire apparaître sur votre écran)

En avril, tout s'accélère. La viorne lantane régale les insectes pollinisateurs, et les fleurs de la  discrète petite orchis porte-homme, ou « homme pendu », s'ouvrent peu à peu.

viorne lantane et orchis porte-hommeviorne lantane et orchis porte-homme

viorne lantane et orchis porte-homme

L'aubépine monogyne prend le relais , embaume et attire nombre d'insectes. Ses fleurs et les jeunes feuilles sont utilisées depuis l'antiquité pour leurs propriétés calmantes et régulatrices du système cardio-vasculaire. On en fait de délicieuses infusions.

Aubépine monogyne

Aubépine monogyne

Dans les pelouses, on peut trouver le muscari à toupet. La sauge verveine se dresse sur les talus ou au bord des chemins en terrain sec.

muscari à toupet et sauge verveinemuscari à toupet et sauge verveine

muscari à toupet et sauge verveine

Petit lexique occitan :

orchidée: orquidèa

aubépine : albespin, pometa de pastre

sauge : sàlvia, veni-me-quèrre 

viorne : atatièr 

Je remercie beaucoup Marilys Benoit-Esquerre pour ses textes et photos, une respiration printanière.

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Publié le 9 Mai 2020

Evier creusé dans une pierre et son évacuation en façade
Evier creusé dans une pierre et son évacuation en façade

Evier creusé dans une pierre et son évacuation en façade

Dans "L'eau des collines", Marcel Pagnol souligne la préciosité de ce liquide dans nos vies quotidiennes et celles des agriculteurs pour  leurs activités. Longtemps en Lauragais, les fermes étaient équipées d'un puits, d'une citerne, d'un cuvier, d'une auge, d'une mare qui nécessitaient transport et suscitaient des inquiétudes vives lors des pénuries.

En 1948, est créée l'Institution interdépartementale pour l'aménagement hydraulique de la Montagne Noire devenue aujourd'hui l'Institution des eaux de la montagne noire (IEMN). Le barrage des Cammazes est patiemment érigé entre 1953 et 1958 ainsi que les usines de potabilisation pour ensuite alimenter les communes du Lauragais et au delà.

Dans les métairies des années 50, cette arrivée a apporté un confort très apprécié.

 

Les métairies avant l'eau courante

 

La corvée d'eau mobilisait régulièrement les membres de la familles. Hommes, bêtes, potagers tous avaient besoin d'eau. Elle se faisait rare lors des sécheresse et parfois difficile à atteindre lors des grands froids. Il fallait par exemple casser la glace épaisse de la mare pour faire boire les animaux durant l'hiver 1956. 

 

Aimé Boyer nous décrit la vie d'avant l'eau courante :

 

"Il n’y avait pas d’eau courante mais souvent un puits, plus ou moins loin de la ferme suivant la source trouvée par un sourcier. A ces puits, il y avait rarement des pompes, c’était le seau, une corde ou un tour munie d'une chaîne,.

Les puits où l'on  puisait avec la corde étaient fermés à ras de sol, recouverts de tronc d’arbres, disposés de façon à avoir une trappe fermée avec de grosses branches. On les enlevait pour pouvoir être au dessus du puits. Il ne suffisait pas de descendre le seau, il fallait aussi qu'il se retourne pour se remplir.

Les puits équipés d’un tour étaient bâtis, l’arbre du tour était posé sur le mur de part et d'autre. Ces tours étaient très souvent équipés d’une chaîne, Il était plus compliqué de tourner le seau pour le noyer, des astucieux installaient, un pois bricolé avec du fil de fer sur un côté du seau. Au contact de l’eau, il se renversait.

Il y avait aussi des poulies à gorges pendues au sommet du puits. Il fallait remplir des auges ou comportes pour faire boire les bovins ou brebis. Des barriques posées sur une charrette, pour la basse cour et on utilisait le seau ou la cruche pour la maisonnée.

 Parmi les corvées dues par le métayer,  on trouvait parfois celles de porter avec des seaux pour les vider dans une citerne en haut de la maison du propriétaire parfois pour remplir les baignoires."

 

Le confort nouveau des métairies équipées

                                                         

Il poursuit :

 

"En 1969, j’ai déménagé, cette métairie était équipée avec l’eau de la Montagne Noire, Il y avait un robinet au dessus de l’évier, adapté à la cuvette, qui n’était pourtant pas prévue pour en être équipée. Une petite fenêtre était posée devant l’évier. Cette cuvette était creusée dans une pierre avec au fond un trou pour en assurer l’évacuation.

Devant la porte de l’écurie, se trouvait également un robinet prévu pour alimenter une auge. J’ai commencé par poser une comporte. J’ai donc goûté au plaisir d’ouvrir ce robinet, l’hiver, pendant que mes vaches buvaient goulûment. Quel luxe, comparé à l’auge qui se trouvait au fond du pré.

Bien sûr, je ne me suis pas arrêté là.  Il y avait une pièce sous l’escalier, que j’ai aménagée rapidement pour y poser un chauffe eau électrique, un receveur de douche, un lavabo. Sur cette lancée, j’ai même alimenté l’évier en eau chaude en bricolant un peu la cuvette.

L’année suivante, j’ai installé les abreuvoirs automatiques dans l’étable en les fixant à la mangeoire.

Sans oublier ensuite de poser un robinet dans les bâtiments de la basse cour. Ainsi s'est trouvée terminée i la corvées d’eau, avec la charrette. Ouf !

 Rapidement, pour ne pas perdre la main ; du confort : j’ai fabriqué une fosse septique avec un puisard, rempli de galets de l’Agout avec un WC. Finie la cachette derrière la haie du jardin, finie la cabane au fond du jardin..."

 

C'est aussi ce qu'Emile a fait en mai 1960, l'aménagement de water-closet grâce à l'eau courante.

 

L'arrivée de l'eau a apporté un confort nouveau dans les campagnes et a aussi réduit largement la peine en provoquant la disparition des corvées liées à l'eau.

 

Je remercie Aimé Boyer pour son éclairage précieux sur cette question. Si vous aussi avez des souvenirs de changements à la ferme, de l'arrivée de progrès dans les années 40,50 ou 60, n'hésitez pas à me les adresser pour publication. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 6 Mai 2020

Lauragais d'Autrefois (69) : ces dictons occitans du joli mois de mai et des hautes herbes

Quelque proverbes et dictons de saison à l'heure où les bords des champs fleurissent...

Mai fa la faba pro que la trobe plan sarclada.

Mai fait la fève pourvu qu'il la trouve bien sarclée.

En mai, plèja del matin diu pas empachar de partir.

En mai, la pluie du matin ne doit pas empêcher de partir. (elle ne dure pas)

Maissanta èrba jamai no creva.

Mauvaise herbe, jamais ne meurt.

Es pas aquel que ganha le fen que le manja.

Ce n'est pas celui qui gagne le foin qui le mange. (en référence à l'ouvrier ou au métayer et au propriétaire des terres)

Se fa pas fais de tota èrba mai se fa garlanda de tota flor.

On ne fait pas faix de toute herbe mais on fait une guirlande de toute fleur. (toute herbe n'est pas bonne pour le bétail mais on peut faire des décorations de toute fleur)

Mise à jour (merci à JC Escude via K.Sou)

Borron de mai emplis le chai 

Bourgeon de mai emplit le chai

 

Si vous connaissez d'autres dictons ou proverbes sur le printemps, le joli mois de mai, les mauvaises herbes, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Publié le 2 Mai 2020

Photos coll. Nardèse

Photos coll. Nardèse

En cette période particulière, nous continuons notre exploration du lien social dans les campagnes d'autrefois. Après ce post passant en revue quelques occasions de rencontres (voir ici), les photos partagées par Berthe nous ont rappelé les fêtes locales d'antan (voir là). Aujourd'hui voici les souvenirs d'Aimé concernant les journées de fêtes locales et patronales lorsqu'elles ont repris après la 2nde Guerre mondiale :

 

"Après la guerre, les bals des fêtes patronales qui s'étaient interrompus dans chaque village du Lauragais ont repris. Nos aînés qui avaient été privés de ce plaisir simple en étaient heureux. 

 

Des pistes de danse herbeuses

Les pistes de danse étaient parfois précaires : souvent dans l’herbe. Quelques fois  cependant les balochants (genre de comité de fêtes) avaient enlevé l’herbe comme on faisait pour battre les fèves avec le rouleau en bois.

Inconvénients majeurs : s’il pleuvait, c’était la boue, s’il faisait sec, c’était la poussière. Peu importe : avec un orchestre de quatre ou cinq musiciens, ces inconvénients ne décourageaient pas les jeunes de l’époque. Il faut dire que c’était une occasion de rencontres qui se terminait parfois par un mariage.

Chacun espérait  y trouver l’âme sœur ou l'esprit frère. 

Lors des fêtes patronales , il  y avait une messe suivie par les croyants et d’autres moins croyants par esprit de partage. S'ensuivait un recueillement au monument aux morts de la commune.

 

Un repas de fête, des invitations

Pour l'occasion, on avait invité les parents qui habitaient dans les communes voisines. Un bon repas festif était partagé : on y servait soupe de poule farcie,  fois gras.  La poule découpée se mangeait avec une pointe de moutarde, le filet de bœuf avec de la sauce madère, le tout ccompagné du vin de la ferme, en dessert la crème à la louche accompagnée de sa madeleine faite maison, cuite au four de campagne. On l'agrémentait parfois d’un petit vin blanc acheté à l’épicerie du village. Le café, lui était plus rare et on n'tait pas bien riche. Une petite prune s'ensuivait.. La discussion animée et joyeuse tournait autour de la famille, des évènements incontournables, on parlait un peu de politique. Tout cela dans un esprit bon enfant.

Chacun repartait, avec la promesse de se revoir bientôt.

 

Des bals l'après-midi et en soirée

Les plus jeunes allaient au bal de l’après midi. Le soir le bal reprenait, les anciens accompagnaient alors les jeunes et particulièrement les jeunes filles. On y dansait la polka ou encore le quadrille, 

Dans les villages les plus grands,  il y avait deux ou trois jours de fêtes. Et des Manèges, Des stands de tir, à la carabine etc…  

D’autres organisaient des jeux collectifs Quelques communes organisaient des bals le 14 Juillet, d’autres le 11 Novembre."

 

 

Merci à Berthe Tissinier et Aimé Boyer

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Publié le 22 Avril 2020

Photo coll. Nardèse

Photo coll. Nardèse

Dans le post précédent (voir ici), nous évoquions le lien social dans les campagnes d'antan. Parmi les événements qui réunissaient la population d'une commune, nous avions cité les fêtes locale.

Berthe, nous en propose ici une illustration avec les photos de la fête locale à Saint-Germier (31) au tout début des années 60.

Elle se souvient du déroulement de cette journée : 

"La fête locale avait lieu le premier dimanche du mois de mai.

Je me souviens que ce jour là pratiquement tout le village était réuni sur la place autour de la Mairie, et de l'école attenante

Après la messe il y avait la cérémonie au monument aux morts avec le capitaine de gendarmerie de Villefranche suivi bien sûr de l'apéritif dansant.

Ensuite chacun rentrait chez soi pour le repas qui était ce jour là très festif. On invitait aussi le plus proche voisin, à midi chez l'un, le soir chez l'autre.

L'après-midi un bal musette, un stand de tir et roulette avec plein de petits trésors à gagner !

Partie de pétanque sur la place et s'il faisait beau l'on dansait carrément sur la place alors que l'orchestre se trouvait à l'intérieur.

A 19 h apéritif et à 21 h bal à nouveau mais jusqu'à minuit..."

Lauragais d'Autrefois (66) : une fête locale
Lauragais d'Autrefois (66) : une fête locale
Lauragais d'Autrefois (66) : une fête locale
Lauragais d'Autrefois (66) : une fête locale

Les photos qu'elle a retrouvées montrent aussi la jeunesse du village qui se réunissait durant les soirées d'hiver autour des premiers tourne-disques pour danser le twist qui venait d'arriver en France.

 

photos coll. Nardèse
photos coll. Nardèse

photos coll. Nardèse

Mes remerciements à Berthe Tissinier pour ce partage.

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 20 Avril 2020

Cavalcade à Baziège (photo coll.Serge Arnaud)

Cavalcade à Baziège (photo coll.Serge Arnaud)

Les confinements successifs et le couvre-feu mis en place en raison de la crise sanitaire mettent en lumière à travers son atténuation l'importance du lien social dans notre quotidien. Si les moyens modernes - numériques notamment - permettent de garder le contact, ils ne pallient pas complètement l'absence d'échanges directs. 

Dans les campagnes d'antan, les occasions d'échanges humains étaient moins fréquentes mais la sociabilité avait cependant un certain nombre d'occasions de s'exprimer : travail, commerce, religion, liens familiaux et amicaux... En voici quelques exemples...

Foires et marchés

Même si les métayers avaient développé, comme on l'a souvent vu ici, une autoconsommation importante (potager, élevage...), la famille se rendait à un rythme hebdomadaire au moins au marché. On y vendait de la volaille et cela permettait, grâce à l'argent gagné, de faire des courses d'appoint(sel, sucre, etc...). 

Le marché, les foires constituaient des lieux de socialisation importants. On y rencontrait ses connaissances, amis, familles, voisins et on y échangeait des nouvelles, on y parlait métier, avancées de travaux, famille quand on ne négociait pas l'achat ou la vente de bestiaux.

Les fêtes de village

Lors de la fête de son village ou de manifestations traditionnelles (voir illustration), souvent à la belle saison, il était de tradition d'inviter une partie de la famille pour un repas parfois deux. Ainsi, une partie de la famille était reçue le dimanche à midi, l'autre  le soir. En effet, dans une même métairie, on veillait à ce que quelqu'un soit toujours présent pour le soin à apporter aux animaux. En conséquence, un roulement s'instituait pour se rendre à l'invitation, qui au "dîner" (repas de midi en Occitanie), qui au "souper " (repas du soir) après être allé au bal. 

En dehors de ces moments, on prend également visite de temps à autre, pour prendre quelques nouvelles lorsqu'on a l'occasion de passer à proximité de la ferme d'une connaissance.

La religion

Se rendre à la messe, aux célébrations pour Noël (voir ici) ou Pâques fournissait aussi l'occasion d'échanger sur le parvis de l'église ou d'échanger sur le chemin lorsqu'entre voisins on gagnait ainsi le village souvent à pied en l'absence de moyens de transport (voir ici). A cela s'ajoutent les mariages, communions, baptêmes  qui réunissent famille et connaissances proches. Pour les enterrements, les proches mais aussi plus largement la communauté villageoise vient témoigner de leur soutien à la famille endeuillée. 

L'entraide lors des travaux

Les grands événements annuels amenaient familles, voisin, amis à se réunir pour s'entraider. On se rendait ainsi les journées ce qui amenaient à se fréquenter souvent : moissons, battages, vendanges, cochons, canards nécessitaient de la main d'oeuvre.

Des posts consacrés à ces grands travaux (voir post sur les battages  par exemple ou celui sur le cochon ) émanent de longues journées de travail mais aussi de grandes parties de fous-rires et de moments de convivialité autour de grandes tablées joyeuses.

L'entraide se mettaient en place lorsqu'un accident ou une maladie survenait dans une métairie, on apportait de l'aide ou on soignait le bétail lorsqu'un paysan était alité dans la maison voisine (voir ici).

Les prestations, ces journées dues à la municipalité dans le cadre du paiement en nature de la taxe vicinale réunissaient aussi quelques jours par an les hommes du village pour tailler les haies, entretenir, haies, chemins et fossés (voir ici).

Les veillées hivernales

Après les emblavures, il était de coutume de se réunir de temps à autre le soir pour échanger des nouvelles, jouer à la manille ou à la belote le temps d'une soirée amicale (voir article à ce sujet ici).

Pour les familles paysannes du Lauragais, le lien social était donc  un élément essentiel de vie quotidienne et régulièrement entretenu en différentes occasions tout au long de l'année. Ces échanges, réunions et rencontres, nous n'en avons noté ici que quelques exemples, relevaient de relations de travail, amicales ou familiales et ce maillage constituait le tissu social, essentiel à la vie rurale.

Si vous avez des témoignages, des photos de la vie d'antan dans les fermes et métairies lauragaises, n'hésitez pas à me les faire parvenir, je les publierai : lauragais@lescarnetsdemile.fr ou 0625549345

 

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Scène de village à Montmaur 1950, photo coll. JC Rouzaud

Scène de village à Montmaur 1950, photo coll. JC Rouzaud

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Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitanie, #Lauragais

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Publié le 9 Avril 2020

photo Coll. famille Nardèse

photo Coll. famille Nardèse

La période de confinement que nous vivons depuis quelques semaines est-elle inédite ? Elle l'est par sa dimension, sa durée et son étendue. Cependant, en faisant quelques recherches, on s'aperçoit tout de même que, dans les campagnes lauragaises, des périodes d'isolement ou de quarantaine ont été vécues en différentes circonstances provoquées non seulement par la maladie mais également par les aléas climatiques (neiges importantes, inondations...). Passage en revue de ces situations exceptionnelles...

1952 : la fièvre aphteuse

La fièvre aphteuse est cette épizootie que redoutent les éleveurs. C'est une maladie virale qui touche bovins, ovins, caprins, porcins et plus largement tous les animaux à sabots fendus. Elle est d'une grand contagiosité et a pour les éleveurs des terribles conséquences économiques.

Dans la période qui nous préoccupe sur ce blog, deux vagues sont à noter : l'une en 1938 et l'autre en 1952. Elle se manifestait par une température élevée, des aphtes et une surproduction de salive. Parfois les animaux atteints maigrissaient et s'ils parvenaient à s'en remettre, c'était rarement le cas pour les plus jeunes.

Elle n'était pas transmissible à l'homme ou alors rarement et avec des symptômes assez bénins.  

L'inquiétude suscitée par la contagion amenait alors les autorités à mettre en quarantaine certaines fermes ou métairies atteintes pour ne pas que se répande le virus d'un élevage à l'autre. La famille entière, réunie, vivait alors à l'isolement.

Aimé Boyer se souvient de l'épisode de 1952 :

" On déplorait beaucoup de pertes de jeunes bovins, les maisons étaient mises à l'isolement quarante jours durant.

Pour porter les prélèvements au laboratoire, on sollicitait les gendarmes qui étaient chargés de cette tâche. Il n'y avait pas de téléphone aussi pour communiquer, on avait posé une caisse dans la haie à la limite dela propriété. Un chiffon blanc déposé en vue signalait un besoin des habitants. C'était leur seul lien avec l'extérieur, leur seul moyen de communication bien ténu. Nous qui n'avions pas nos animaux atteints allions voir et prenions en charge : besoin de médicaments, de provisions ou autre... On reposait le torchon qui servait de signal quand le service était rendu. Aucun produit bovin ne devait sortir de la ferme, fumier compris. Des pédiluves étaient installés. C'était bien compliqué surtout que ces animaux comme les boeufs de trait ne pouvaient plus travailler. "

 

Dans les carnets d'Emile, on trouve la mention suivante de la main de Jean, le père d'Emile, datée du 27 février 1952 :

Paulette Durand, sa belle-fille, confirme la difficulté de ces moments  :

"En février 1952, j'ai accouché de ma première fille. Nous avons été très inquiets, c'était un bébé prématuré et fragile. Dans l'étable nous avions boeufs et vaches atteints de la fièvre aphteuse que le vétérinaire venait à peine de diagnostiquer. Les visites ont donc été proscrites et la plus grande prudence était de mise. Même le docteur pour venir ausculter le bébé prenait mille précautions pour s'approcher de chez nous en changeant notamment de chaussures à distance."

 

Quelques jours plus tard , dans le carnet on confirme la difficulté de la situation :

 

Les gendarmes sont venus pour établir un rapport sur la situation sanitaire. Etaient alors mises en quarantaine, les seules exploitations touchées par la maladies. Cependant, la période n'a pas duré plus d'un mois et le jeune bovin a été la seule perte. Les boeufs se sont remis et ont repris le travail pour passer la herse dès le 12 mars. Les visites à la ferme ont recommencé fin mars.

 

1956 : la neige et le froid

 

D'autres situations dues à la météo conduisaient parfois à des isolements forcés. Comme lorsqu'il y avait beaucoup de neige.

Paulette Durand se souvient :

"Certains hivers, la neige était si importante qu'il nous était impossible de quitter la ferme. Nous étions isolés du monde tant que la neige ne fondait pas, cela ne serait en général pas plus de quelques jours. En 1956, le grand froid nous a compliqué la vie. Les températures étaient telles que la glace sur la mare supportait le poids des boeufs et nous avions bien du mal à la casser chaque matin pour les abreuver."

Berthe Tissinier confirme :

"Durant cet hiver 1956 le confinement a dû être forcé et naturel mais dans les fermes il y avait de quoi subsister : du lait, des légumes secs, des volailles, des cochonnailles, du confit, du vin et de l'eau de vie !

On faisait du millas qui servait de pain et de dessert, les confitures de l'été, on faisait du beurre avec la crème de lait que l'on remuait pendant des heures dans une grande conserve, chacun à tout de rôle la secouait, cela vous faisait les bras !

La vie n'était pas la même qu'aujourd'hui, on allait chez l'épicier moins souvent. Et dès qu'on le pouvait, on s'entraidait entre voisins.

Le problème principal était pour avoir la visite d'un médecin si quelqu'un était malade..."

Des isolements qui ne duraient guère mais coupaient bel et bien les familles du reste du monde durant quelques jours...

 

Merci à Berthe, Paulette et Aimé pour leurs éclairages précieux.

 

Si vous avez des témoignages sur ces périodes particulières vécues dans les fermes et métairies lauragaises, n'hésitez pas à me les faire parvenir, je les publierai : lauragais@lescarnetsdemile.fr ou 0625549345

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 8 Avril 2020

Un lecteur de ce blog m'a adressé un mail concernant la grippe asiatique qui a sévi dans le monde en 1957 et plus particulièrement en France à la fin de l'année.

Le virus grippal avait commencé à se répandre en Chine en janvier pour atteindre les États Unis en juin et arriver en Europe au début de l'été. Il ne se montra réellement actif en France qu'au cours de l'automne, favorisé par la météo. Il pouvait dégénérer en pneumonies et oedèmes pulmonaires.

L'Europe n'avait pas été confrontée à ce type d'épidémie depuis la grippe espagnole de 1918 aussi certaines des es mesures prises furent insuffisantes ou mal adaptées Par exemple le vaccin protégeait contre la souche H1N1 or le virus était issu de la souche H2N2 de la grippe A.

Alain Belaud se souvient : " La grippe asiatique de 1957-58 clouait au lit des familles entières. La solidarité des voisins (guéris ou non encore touchés) s'organisait pour donner à manger aux bêtes et laisser une casserole de tisane."

Si on opère un retour en arrière dans les Carnets d'Emile, la famille ne fut pas épargnée par cette épidémie.

La première de la maisonnée à être frappée fut la grand-mère d'Emile, Léonie. De santé fragile, l'évolution de sa maladie nécessita 4 visites du docteur Izard. Emile nomme cette grippe, la "grippe mauvaise". Elle intervient dans un contexte particulier puisque sa femme Paulette attend leur deuxième enfant pour la fin de l'année.

Le 17 novembre 1957, Emile écrit :

Un mois plus tard, en décembre, ce fut à son tour d'être souffrant, à un point tel qu'il ne pouvait pas travailler. Il resta à l'intérieur une semaine durant, dans le même temps sa belle-mère Anna la contracta également obligeant Paulette à faire des allers-retours entre les deux métairies pour prêter main forte.  La solidarité familiale était un élément important. On note au cours de cette semaine là de plusieurs visites du docteur Izard au chevet du malade.

On estime à 100000 environ le nombre de victimes françaises de cette épidémie. A la métairie d'Emile, on n'en déplora cependant aucune, le rétablissement fut long mais se fit dans de bonnes conditions pour tous.

Pour aller plus loin, un article de Libération:

La grippe asiatique de 1957

Merci à Alain Belaud pour cette suggestion et les éléments qu'il m'a adressés.

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 4 Avril 2020

Lauragais d'Autrefois (55 et 56) : l'histoire de Pépé (in extenso)

Vous êtes nombreux à m'avoir écrit au sujet de l'histoire de Pépé publiée ici en 2 épisodes. La voici publiée in extenso.

Pierre Touja - dit Pépé - m'a contacté pour me confier son histoire, l'histoire d'une enfance singulière au coeur du Lauragais des années 30 et 40. Elle est jalonnée de journées ensoleillées au bord du Canal du Midi mais aussi d'un accident qui a changé le cours de son destin. Je l'ai mise en mots en espérant lui avoir été fidèle.

"Je suis né dans le Lauragais des années 30, à Gardouch, alors que mes parents n’étaient encore que de très jeunes adultes. Le vert Canal du Midi y glisse lentement entre les arbres tel un serpent calme. Mes grands-parents y habitaient. 

Mon père, Etienne, pour gagner sa vie et la nôtre, participait à divers travaux saisonniers à la journée : fenaisons, battages, vendanges…  Il louait sa force, ses bras et l’énergie de sa jeunesse dans les bordes alentours alors que la mécanisation, timide, avait décidé de se faire attendre encore un peu. Ma mère, Germaine, faisait des ménages, de l’entretien dans les maisons dont les familles voulaient bien la solliciter. 

Monsieur Robert, l’instituteur du village, un homme très apprécié, leur faisait le cadeau de son amitié bienveillante. Cet homme était membre du conseil d’administration du château de Dabeaux à Aurignac où étaient alors accueillis et scolarisés des enfants qui avaient des difficultés familiales. 

 

L’enfant caché

Il offrit à mes parents l’opportunité inespérée d’avoir du travail pour chacun d’eux : Etienne mon père s’occuperait de la ferme et entretiendrait le château, ma mère Germaine y serait femme de maison, cantinière, lingère… Une condition difficile leur fut cependant imposée, une condition intenable pour de jeunes parents : les enfants ne pourraient les y accompagner. 

Mon très jeune frère fut confié à des amis toulousains provisoirement et moi, du haut de mes trois ans, je devins  l’enfant caché du château. Lorsque nécessaire, dès que les pas du directeur résonnaient dans les couloirs, je me dissimulais sous les grandes marmites de la cuisine, dans les creux du bois que mon père aménageait sur la charrette lorsqu’il rentrait des bûches et mille autres cachettes encore. 

 

Le drame

Un enfant caché n’en reste pas moins un enfant et alors que ma mère était occupée à laver du linge, j’échappai par une journée ensoleillée à sa surveillance et courus dans le pré retrouver mon père qui fauchait. Il était occupé à enlever le foin qui obstruait la bielle de la faucheuse lorsque je m’approchai. Les vaches qui tiraient l’engin eurent un mouvement et le drame se noua dans l’instant : ma jambe gauche fut sectionnée sous le genou.

On me conduisit dans l’urgence à la clinique de Saint Gaudens, le foin jugulait un peu l’hémorragie en faisant une sorte de tampon.

Aujourd’hui avec les progrès de la médecine d’urgence sans doute aurait-on sauvé ma jambe mais on me sauva bien plus ce jour-là puisqu’on me conserva la vie..."

 

Grandir

Et c’est ainsi que je grandis à Dabeaux au fil des ans sans plus être un enfant caché. Les effectifs du château grossirent et on eut plus que jamais besoin de mes parents. Mon enfance fut rendue singulière par mon absence de jambe et les tentatives que l’on fit pour la compenser furent couronnés de succès très mitigés. Les prothèses pouvaient alors peser jusqu’à 8 kg, ce qui est bien lourd pour le dos fragile d’un jeune enfant en plein croissance. Pour ne pas le léser davantage, on revint quelques temps à des béquilles de fortune d’une fabrication simple et rudimentaire.

L’enfance reprit bien vite ses droits. Je rentrais souvent à Gardouch passer quelques vacances chez mes grands-parents, ma tante et mon oncle qui me choyaient. L’insouciance chevillée au corps, j’avais cependant conscience d’avoir un statut un peu spécial. Je lisais souvent dans le regard de mes camarades la curiosité que mon état leur inspirait.

 

Des étés insouciants

L’été, nous nous baignions à l’abreuvoir au bord du Canal. Robert Boulech, l’instituteur, nous recommandait d’attendre que les péniches s’éloignent car leurs fonds plats soulevaient la vase mais nous étions trop impatients et replongions aussitôt. Aux voûtes de Villefranche, nous organisions des concours de natation et, malgré mon handicap, je me débrouillais plutôt bien à ma grande fierté.

 

Une opération dans la cuisine

L’adolescence venant, la croissance de ce qui restait de tibia et de péroné devenait dangereuse et provoquait des risques de blessures sur le moignon. Nous consultâmes le docteur Paul Izard qui estima qu’une nouvelle opération devenait nécessaire. On ne m’en dit pas grand-chose sur l’instant. On essaie toujours de préserver les enfants des peurs qu’on pourrait leur provoquer.

Un jour on m’indiqua que le vendredi suivant, je ne mangerais pas ou alors rien d’autre que du chewing gum . La date de l’intervention redoutée avait enfin été fixée.

La cuisine de mes grands-parents fut, ce jour-là, entièrement recouverte de draps tendus. Je me souviens encore de l’arrivée la voiture du professeur toulousain. Sur la galerie, une table avec un piètement métallique avait été solidement fixée.

Il était flanqué de son assistante qui ne fit pas montre d’une bienveillance débordante même au moment de m’endormir à l’aide d’un masque à l’éther. « Respire, petit, respire », m’encourageait le docteur Izard. Sa présence me réconfortait grandement.

Et c’est ainsi que je fus opéré dans la cuisine gardouchoise de mes grands-parents par un bel après-midi. Dehors le soleil brillait.

La convalescence dura quelques temps. On prit le plus grand soin de moi.  On me nourrit de pigeon pour me rendre mes forces et, pour me distraire, ma tante me promenait grâce à une brouette dans son jardin au bord du canal.

 

Les années passant, l’adolescent laissa place à l’homme. Et tout au long de ma vie, j’ai pu voir les progrès de la technologie médicale et les prothèses qui sont devenues de plus en plus perfectionnées, légères et ergonomiques. Comme elle est loin cette première prothèse si lourde dont on m’harnachait et qui me déformait le dos. Je garde de ces années le souvenir d’une enfance singulière au cœur du Lauragais avec en point d’orgue cette opération, un vendredi après-midi dans une cuisine villageoise.

 

Merci à Pierre Touja pour sa confiance

 

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