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Publié le 23 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)
Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)

La neige n'est pas d'une fidélité exemplaires aux coteaux du Lauragais . Aussi lorsqu'au cours d'un hiver, elle fait son apparition et reste un jour ou deux l'événement est de taille...

Dans les métairies, dans les années 40 et 50, on avait tôt fait d'organiser quelques parties de rires et de glissades avec l'aide de bâtons bien choisis et des douelles de tonneaux en guise de planches de ski.

La neige, furtive apparition, surtout au mois de février...

  • Nèu de febrièr es coma d'aiga dins un panièr, se s'ajoca coa coma una cloca

La neige de février est comme de l'eau dans un panier, si elle s'installe elle couve comme une glousse.

  • Al mes de febrièr, la nèu cocha pas sul fumièr.

La neige de février ne passe pas la nuit sur le tas de fumier.

Voici quelques scènes des hivers d'antan grâce aux photos de la famille Nardèse que je remercie pour ce partage.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)
Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)

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Rédigé par Emile

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Publié le 21 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (51) : la saucisse, les tastets, les costelons (Tuer le cochon, épisode 3)

Après les précédents posts consacrés au jour du cochon, la journée suivante est consacrée aux préparations et aux salaisons.

 

Tôt le matin, le cochon est dépendu, transporté jusqu’au lieu de transformation – le plus souvent une remise aménagée avec des tables à tréteaux - et découpé de bonne heure. Souvent le saigneur dirige les opérations et effectue lui même ce découpage.

 

La découpe

"Les deux quartier de porc sur la table, on a défini les besoins, combien de jambons, de cansalade (poitrine roulée salée), de lard, de jarrets. Il déballe son attirail de la sacoche, il y a des outils nouveaux, scies à métaux, couteaux à désosser, petite massette, etc… Il sépare et n’oublie pas de garder dans les morceaux de choix, la carbonade prévue pour  griller... ", se souvient Aimé.

Costelons, lard, jambon, poitrine, viande pour saucisse et saucisson, carré, filet sont ainsi séparés. D'un côté, les morceaux qui seront mis en salaison, de l'autre viande et gras qui serviront pour saucisse, saucissons et pâtés.

Après un petit déjeuner au cours duquel quelques morceaux de choix ont été grillés, la viande pour chacune des spécialités est hachée et assaisonnée. D'abord à la main puis plus tard et selon les traditions de chaque borde avec les machines à couper et à empocher.

 

Les tastets

Sel et poivre sont pesés ou parfois simplement a vista de nas (à vue de nez) et ajoutés. Une femme est alors chargée à bras nus de mélanger dans une grasala pour arriver à un mélange homogène et équilibré. L’opération est répétée à plusieurs reprises avant de réaliser saucisse puis saucissons. On propose régulièrement des tastets, ces petits échantillons qu'on pose sur la grille et qui permettent de goûter pour juger de l’équilibre de l’assaisonnement.

Ce moment réunit beaucoup de monde et est l'occasion de faire une pause autour d'un verre de vin. Lorsqu'on arrive à l’assaisonnement souhaité, les travaux se poursuivent. L'avis du saigneur est souvent prépondérant.

 

La saucisse, les saucissons

Aimé poursuit : " Les femmes embuquent la saucisse, avec les mains un entonnoir adapté pour la grosseur des boyaux.Mais avec la machine qu’a apportée la voisine, elles contrôlent mieux le tassement.  Le geste est précis, il faut faire glisser la bande de boyaux sur le bec de l’entonnoir, en tournant lentement et en tenant le réservoir plein pour éviter les poches d’air et piquer de temps en temps  l'aiguille. "

Pendant ce temps, un homme se charge des jambons qu’il assaisonne avec précision en faisant pénétrer sel et poivre dans tous les interstices de la viande. Il les enferme ensuite dans des torchons de coton blanc avant de les suspendre à une poutre pour qu’ils sèchent lentement.

"Après le repas, les hommes ont posé le chaudron en fonte sur le feu pour faire la graisse douce. Ils se sont mis à pendre le boudin. Une barre de saule déjà est posée sur le dossier de deux chaises. Le pichon - c’était moi- assis sur une chaise empêche les chaises de basculer avec le poids à venir. Les boudins les plus longs sont attachés  chaque extrémité à la barre, les plus courts d'un seul côté.

La barre est ensuite attachée aux chevrons du plafond.

 

Ils se sont mis ensuite à pendre la saucisse, cette manœuvre consistait à attacher le bout, et toute la suite enroulées au tour de la barre à la distance ne pas toucher. La hauteur réglée pour avoir une jolie barre bien régulière, chaque bande de saucisse était attachée à la suivante"

 

Les femmes se sont mises elles à préparer les saucisson qui seront ensuite pendus à leur tour.

La graisse fondue est récupérée dans des pots de grès.

 

" On a bien sûr récupéré les fritons... Mais il reste encore à faire pour le lendemain. Le soir après le souper, on met en place le salé. Dans une grasala, une couche de gros sel ménager, une couche de viandes, os, bas morceaux et ainsi de suite... En sachant, que la viande ne s’imprègne que de besoin."

 

Récit du dernier jour à venir dans le prochain post

 

Je remercie Aimé pour son éclairage et la famille Nardèse pour la photo transmise.

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 8 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (48) : Tuer le cochon (tuar le pòrc) (épisode 1)

Dans les années 40 et 50, à la métairie, parmi les éléments importants de l’alimentation familiale, il y a le cochon. Tuer le cochon était un des moments importants qui rythmaient la vie des familles paysannes du Lauragais comme les vendanges ou les battages...

 

En janvier ou février, vient donc le moment de tuer le cochon qui a été nourri et élevé une dizaine de mois. Il consomme du maïs qu’on réduit en farine ou dont on fait une sorte de bouillie, des restes de table, des pommes de terre qui se sont mal conservées et qu’on a faites bouillir. Il faut que l’animal soit gras mais pas à l’excès et c’est d’un œil expert qu'on estime le temps venu.

Le jour choisi, on espère qu’il ne fera pas un vent d’autan trop fort car d’une part la température extérieure remonte, ce n’est pas souhaitable et d’autre part, on considère que les conditions atmosphériques propices à la conservation de la viande ne sont pas réunies.

Aimé se souvient : "Déterminer la date faisait l'objet de beaucoup d'attention : cela ne devait pas avoir lieu lors de la lune nouvelle. Elle était défavorable à la conservation des viandes. S'il s'agissait d'une truie, on faisait attention à la date de ses chaleurs. Elles duraient trois ou quatre jours. On vérifiait que l’emploi du temps ne soit pas occupé, il fallait en effet compter près de quatre jours de travail sans répit."

 

Se préparer

Toute la journée de la veille, la maisonnée s’est affairée aux derniers préparatifs matériels pour que tout se déroule au mieux : on a installé des tables à tréteaux dans la remise pour les travaux de transformation de la viande, les stocks de sel et de poivre ont été refaits, les chaudrons et les grasales, ces grands récipients de terre vernie pour faire les préparations ont été récurés, les torchons à jambon repassés. On a nettoyé la maie (la mait) qu'on a remplie d'eau quelques jours avant pour la rendre étanche en faisant gonfler le bois. En cuisine, on a commencé à jouer des marmites et des ustensiles dès potron-minet : la tablée du soir sera large et affamée. On s’inquiète : y en aura-t-il suffisamment ?  On fait montre de sa générosité et de son envie de partage lors des ces grandes occasions qui sont de grosses journées de labeur mais conservent aussi un petit air de fête. Aimé ajoute "Il y avait les repas (de fête) à préparer pour plus de dix ou douze personnes durant deux jours pleins. Au moins cinq hommes et quatre ou cinq femmes dynamique, et les enfants."

On a en effet prévenu quelques jours plus tôt la famille proche, les amis, les voisins afin que tous puissent apporter leur aide le grand jour.

 

Le jour du cochon

Le saigneur vient avec ses outils, ses longs couteaux aux lames effilées et affûtées de frais et quelques racloirs. Il n’est nullement impressionné il tue beaucoup de cochons au cours de la saison hivernale, son savoir-faire et sa précision sont appréciés. "Il déballe sa musette, type sacoche du facteur, la pose sur une balle de paille. Il passe un coup de fusil pour aiguiser les couteaux, démêle ses cordes de plusieurs dimensions et vérifie l’installation la maie.

Il rentre enfin dans la porchère avec une poignée de maïs, le porc étant à jeun depuis la veille et passe avec son savoir faire la corde dans la gueule calée derrière la mâchoire,  des hommes entrent à leur tour et attachent les pattes avec un double nœud. On installe ensuite l'animal sur la maie rétournée. Plusieurs hommes le tiennent fortement par les pattes avant que le saigneur ne fasse son œuvre. Une femme est là avec une bassine, pour récupérer le sang, qu’elle brasse fortement, pour empêcher la coagulation."

Le sang est récupéré et débarrassé de ses impuretés en étant agité manuellement, on en extrait alors ce qui a coagulé.

Le porc est ensuite installé dans la maie pour être ébouillanté puis raclé pour ôter les soies, les pieds sont récurés soigneusement. Pour terminer le nettoyage puis être éviscéré, il est ensuite pendu par les pattes arrière. « Quand on estime, qu’il est correctement propre, qu’il n’y a plus de soies, il faut soulever la maie, la poser sur une cale, l’eau s’accumule au point bas  pour être récupérée,  dans un panier posé sur un seau pour trier les soies, de l’eau et éviter que les volailles de la basse-cour ne les consomment, ce qui pourrait leur provoquer une occlusion  Le saigneur est devenu charcutier, avec une coutèle, il a procédé aux premières entailles, le palonnier va être installer pour hisser le cochon en hauteur… Avant de passer  la suite, on faisait parfois une pause en buvant un petit verre de vin.»

 

La suite des opérations à suivre dans un prochain post…

 

Je remercie Aimé pour son éclairage précieux et la famille Nardèse pour ses fabuleuses photos.

 

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Un événement important de l'année chez les familles lauragaises d'alors
Un événement important de l'année chez les familles lauragaises d'alors

Un événement important de l'année chez les familles lauragaises d'alors

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Rédigé par Emile

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Publié le 1 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)

Le bouleversement qu'a constitué l'arrivée du tracteur dans les campagnes lauragaises a été évoqué ici à  plusieurs reprises. Que ce soit à travers l'émotion d'Emile rencontré au mois de septembre (article ici) ou la présentation d'un tracteur à chenilles (voir ici) ou encore des documents au sujet de l'abandon des boeufs pour l'engin motorisé (voir là), la radicalité de ce changement dans les pratiques de travail, la peine allégée du labeur se font jour de façon évidente. Le glissement ne s'est pas fait sans discussion au sein des familles, les anciens étant parfois un peu dubitatifs ou récalcitrants face au progrès, ni quelques craintes face à ces nouveaux engins à dompter ou bien encore quelque retard lorsqu'on était dans un contrat de type métayage.

Outre les photos, ce sont parfois des documents d'époque qui nous ramènent à cette réalité comme ici ce manuel d'instructions d'un Massey Ferguson le fameux MF 835 DS qui a été fabriqué de 1956 à 1964 et dont voici quelques extraits.

Au dessous, un nouvel extrait de la brochure éditée alors par le ministère de l'agriculture "Savez-vous utiliser votre tracteur ?" et déjà présentée ici.

Merci à Marie-Pierre Guisti pour le partage de sa trouvaille sur le MF 835 DS.

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Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)
Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)
Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)
Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)
Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)

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Rédigé par Emile

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Publié le 30 Janvier 2020

Le foirail de Baziège

Le foirail de Baziège

La traction animale, lorsqu'elle était encore la force motrice principale de travail, générait beaucoup de transactions. Il était important pour le paysan d'avoir des paires de boeufs homogènes, dociles, calmes et beaux. Les nombreuses foires et multiples marchés drainaient vendeurs et acheteurs de tout un territoire.

Aux grande foires de Salies-du-Salat, Mirepoix, et aussi dans l’Aveyron, on trouvait de solides et rudes animaux qui avaient passé l’été en estive. La race gasconne à la robe gris foncé, excellente pour la traction, était particulièrement prisée. 

La mena

Pour les acquérir et les récupérer, les maquignons partaient en voiture à plusieurs et revenaient à pied en accompagnant les bêtes. Ce déplacement étaient appelé la mena en occitan.

Aimé se souvient : "A deux reprises, j’ai été invité à participer, à cette aventure. Car, oui, c’était une aventure ! Les maquignons se regroupaient et partaient la veille avec une auto (une traction avant Citroën 15 ou 11). Le lendemain, dès 3 heures du matin, les meneurs, s'arrêtaient en route pour un petit déjeuner. Puis,  en arrivant, on commençait à rassembler les animaux marqués avec les ciseaux, au dessus de la cuisse, à côté de la queue. Le troupeaux était composé de bœufs, de braus (veaux d'un an environ), de vaches, de génisses. 

Vers deux heures de l’après-midi, nous étions prêts pour la première étape. Ces animaux qui descendaient de l'estive se regroupaient assez rapidement. Lorsque nous sortions de la ville, les rues avaient été désertées pour l’occasion. Une fois dans la campagne, j’ai compris pourquoi j’avais été invité.

En effet, sur la route, les bêtes commençaient à prendre le large, dans les champs autour, il y avait de l’herbe, des arbres, autant de tentations pour eux.

       J’avais 16 ou 17 ans et j’étais très véloce, pour traverser le fossé, un bond me suffisait. Mais les bêtes repartaient de l’autre côté.  Pichon - c'est ainsi qu’on m’appelait -  passa delà ! me criait-on (Petit, passe là-bas !). Nous suivions les chemin de traverse (les carretals) qui étaient bien entretenus en raison des passages fréquents. Il n’y avait pas des chemin empierré, il y avait des sources à niveau constant.      Plus loin en avant, les deux voitures passaient au devant pour vérifier les obstacles possibles et prévenir les agriculteurs du passage du troupeau Il valait mieux que leurs bêtes ne voient pas le troupeau qui déambulait."

 

Station de nuit

        La nuit avec les animaux avait était prévue au préalable. L'arrêt se faisait chez des amis, des connaissances. Un carré de pré avait été clôturé pour l'occasion, avec des piquets et des fils, il y avait du foin et de de l’eau.

       Aimé poursuit : "Nous allions manger, à tour de rôle, une portion au restaurant du coin. Les maquignons dormait à l’hôtel et nous, les meneurs couchés dans la paille, dans une couverture, au plus près des animaux. Ça faisait partie du jeu. Nous repartions le lendemain, tôt, dès le point du jour."

 

Un curieux cortège

"En route, on nous apportait un copieux petit déjeuner fait de la cochonnaille et autres victuailles bien arrosées. En route les gens venaient nous voir passer : les enfants, les anciens qui nous racontaient leurs parcours.

      Nous arrivions enfin à Caraman à la tombée de la nuit. Là on rejoignait un pré, aménagé comme celui de l’étape. Des amis des maquignons venaient récupérer les animaux de chacun d'entre eux. C’était un moment agréable, nous passions presque pour des héros. Et j'ai eu la chance de vivre cette expérience."

              

L'arrivée du camion, la fin de la mena

"Nos maquignons se sont ensuite cotisés pour acheter un gros camion, s’allouer les services d'un chauffeur et ont fait aussi du transport pour d’autres personnes. En suivant cet exemple, d’autres personnes se sont équipées à leur tour de petites bétaillères et portaient des animaux chez les particuliers ou sur les marchés de la région. Veaux, porcelets, etc...

          Certains sont devenus négociants en jeunes veaux (repopets).

Aujourd’hui bien-sûr, rien n'est plus pareil. Tout ce système commercial a disparu. Sur la canton de Caraman, au début des années 60, on recensait plus de 5000 têtes de bovins, aujourd'hui je crois qu'il y en a à peine plus de 600".

 

Merci à Aimé pour ce témoignage très éclairant et rare et à Serge Arnaud pour le document iconographique.

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Publié le 25 Janvier 2020

photo coll famille Nardèse

photo coll famille Nardèse

A la saison d'automne, commençait la période du gavage des canards gras. Les canards avaient été élevés depuis la fin de l'été en plein air puis durant 3 semaines étaient gavés avant d'être vendus prêts à être transformés ou, selon le choix de l'acquéreur, déjà transformés. Les confits, les foies gras, les salés sont autant de savoir-faire que l'on mettait ainsi en valeur. Selon les métairies, on faisait le choix de gaver les canards, des mulards pour la plupart, au maïs blanc ou au maïs jaune. Cette espèce est un croisement de canard de barbarie et de Pékin.

A l’âge de 3 ou 4 semaines, les canards étaient élevés en plein air, sortis le matin et rentrés le soir en raison de la présence possible de prédateurs tels le renard ou la belette.

Berthe se souvient : "Avant d’en arriver là, la cane couvait ses œufs et au terme de quelques semaines apparaissaient de petits canetons. Commençait alors un long travail de surveillance de toute cette petite famille car la cane suivait le cours d’un petit ruisseau et se perdait avec sa petite famille dans la campagne. Combien d’heures avons-nous passé à arpenter la campagne à leur recherche pour les ramener à la maison ? Ma mère mettait à intervalles réguliers des œufs à couver pour pouvoir, l’hiver venu, gaver une couvée lorsque la précédente était mise « en salé ». Cet élevage demandait un suivi particulier car il fallait en amener le plus grand nombre possible jusqu’au gavage."

Le gavage commencait, vers 13 ou 14 semaines, pour une période d’une trois semaines Avec un entonnoir muni d’une manivelle entraînant une vis sans fin, un embuc, on remplissait le jabot du canard avec du maïs préalablement gonflé à l’eau. On s’astreignait à cet exercice matin et soir. La femme chargée de ce travail saisissait le canard qu’elle immobilisait entre les jambes, parfois dans une caisse de bois munie d’un couvercle à rabat sur lequel elle s’asseyait permettait de ne laisser dépasser que le cou de l’animal puis elle introduisait l'embuc tandis qu’elle aidait d’une autre main à faire circuler le grain vers le jabot. De son savoir-faire dépendait la réussite de l’entreprise. Il fallait connaître les canards pour les gaver de manière optimale sans atteindre l’excès qui pouvait leur être fatal.

Berthe témoigne : "Le gavage se faisait le matin très tôt et le soir très tard, avec du maïs blanc récolté à la ferme. C’était un travail supplémentaire très dur pour les femmes. Au terme de trois semaines, environ, les canards étaient prêts. La veille on les faisait jeûner, le matin avec l’aide des hommes de la maison les canards étaient « saignés », puis plumés par mes sœurs et de cousines venues ainsi passer quelques jours à la maison. Plumage à sec d’abord car on gardait le duvet pour en faire les fameux édredons (la couette du temps jadis) qui nous tiendraient chaud tout l’hiver, ou bien vendre ce duvet aux chiffonniers qui passaient alors dans les campagnes."

Dans les années 50, le foie gras était déjà un produit de luxe et, même à la métairie, il etait réservé aux occasions spéciales telles les fêtes de famille, à l’occasion, par exemple, d’un baptême, d’un mariage mais il pouvait aussi être servi lors des grandes tablées réunies pour les vendanges, la dépiquaison ou lorsqu’on tuait le cochon.

Dans le cadre du métayage, on partageait avec le propriétaire comme le raconte Berthe : "Le lendemain les patrons venaient chercher leur part, c’était prévu dans le contrat, et bien entendu ils choisissaient….les plus beaux ! Mais c’était le jeu !"

Berthe se rappelle encore de la préparation qui suivait: "Venait alors le découpage et la mise au sel. Le lendemain était réservé à la cuisson, dans un grand chaudron en cuivre, et la mise dans les grand pots de grès, on recouvrait la viande de graisse chaude, le lendemain ou le surlendemain quand la graisse avait bien pris, on recouvrait le pot d’un épais papier kraft sur lequel on notait la date et l’on remisait ces pots au frais, sur la plus haute étagère de la cuisine ou d’une pièce froide, cela assurait la nourriture pour toute l’année."

Une grande partie était destinée à la consommation de la famille, des clients fidèles viennent à la métairie se servir directement mais on écoule aussi cette marchandise sur les foires et marchés du secteur. On gavait ainsi plusieurs petites cohortes de canards d’affilée à la fin de l’automne et au début de l’hiver.

Mes remerciements à Berthe et sa famille pour le témoignage et le cliché présenté.

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Publié le 19 Janvier 2020

coll.Rouzaud

coll.Rouzaud

Au fil des pages des carnets d'Emile, au cours des témoignages publiés ici, nombreuses sont les mentions qui concernent les animaux de trait et les boeufs en particulier. Nous les avons déjà évoqués lors d'un article (voir ici), intéressons-nous aujourd'hui aux différents clichés reçus les concernant. Chevaux, boeufs sont, encore dans les années 50, largement mobilisés pour tracter les charrettes de foin, tracer les sillons avec le brabant, affiner la terre avec la herse et tant d'autres tâches encore.

Les boeufs sont souvent de race gasconne comme nous l'avait rappelé Aimé B. dans l'article cité précédemment et on leur portait un soin très attentif car ils constituaient la force motrice de l'exploitation.

Par paire, arnaché d'un joug qui devait être le plus ajusté possible pour ne les blesser, les boeufs parcouraient ainsi les champs avec l'homme qui les conduisait avec l'agulhada ou tocado (aiguillon).

Voici grâce à nos contributeurs nombreux un aperçu des bêtes de trait au travail.

Lexique occitan :

bœuf : buòu

cheval : caval

joug : jo

pare-mouches (émouchette) : moscalh

aiguillon : agulhada, tocado

Merci à tous les contributeurs des carnets d'Emile pour le partage des ces photographies : famille Nardèse, Aimé Boyer , Laure Pagès, Serge Arnaud, Christiane et Jean Françoise Bruno, Jean-Claude Rouzaud

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coll.Rouzaud
coll.Rouzaud

coll.Rouzaud

photo coll. famille Nardèse

photo coll. famille Nardèse

photo coll. Serge Arnaud

photo coll. Serge Arnaud

coll. Jean-François et Christiane Bruno

coll. Jean-François et Christiane Bruno

photo coll. Laure Pagès
photo coll. Laure Pagès

photo coll. Laure Pagès

Photo coll. Aimé Boyer

Photo coll. Aimé Boyer

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Publié le 11 Janvier 2020

Photo famille Nardèse : une veillée après avoir tué le cochon

Photo famille Nardèse : une veillée après avoir tué le cochon

Dans un précédent post (ici), nous avons évoqué les travaux d'hiver à la métairie. Nous allons évoquer ici les veillées d'hiver qui amenaient les familles à se retrouver entre voisins ou parents pour un moment convivial grâce aux souvenirs d'Aimé B. 

 

"A partir de mi-décembre, quand les emblavures et labours étaient terminés, commençait une tradition incontournable : faire des échanges de veillées.

Après le souper (repas du soir en Occitanie où l'on servait souvent la  soupe), nous partions bien couverts, équipés de lampes tempête ou à carbure et bien souvent au clair de lune en suivant les sentiers (carreirons) tracés d’une ferme à l’autre.

Nous étions attendus et bien accueillis. Souvent nous commencions la conversation en prenant des nouvelles des uns et des autres, des nouveaux événements, de l'avancée de certains petits travaux. 

Les hommes prenaient ensuite place autour de la table pour jouer le plus souvent à la manille coinchée - si on gagnait la partie, les points était doublés - pendant que les femmes s'installaient autour du feu en tricotant ou reprisant les chaussettes. 

Les enfants, eux, allaient jouer dans l’étable (l’estable). Au coin du feu, assis sur la caisse à sel, l'ancien de la maison racontait ses souvenirs d'autrefois : la guerre, les tranchée, les gaz, l'ennemi mais il évoquait aussi parfois les sorciers, les jeteurs de sorts.  Apres la première manche, les hommes allaient faire un tour dans l’étable, la conversation portait alors sur les animaux.

Dans notre secteur, les veillées avaient lieu le jeudi, jour de marché ou de foire à Caraman. Étaient relatés alors le prix des veaux, le cours du cochon. On évoquait aussi celui qui ne s’était pas décidé, et qui avait finalement repris le veau malgré le risque de diarrhées, de grippes transmissibles sur le champ de foire au risque même de mettre en danger les autres animaux de la ferme.

Parfois c'était simplement le régisseur qui n’avait pas accepté le prix.

La deuxième manche reprenait ensuite. Bien-sûr on servait un peu de vin pour les hommes, celui que chante Jean Ferrat. Pour les dames une tisane était servie avec l’eau qui avait chauffé sur la tôle en fonte du feu. 

La dernière manche terminée, on repartait vers minuit. Avant de se séparer,on se rappelait le programme des veillées suivantes pour éviter les doublons ou les erreurs.

Pendant la guerre, c’était un jeu risqué que de circuler la nuit venue. Et si on était tombé sur une patrouille allemande ?"

 

Merci à Aimé B. pour ses souvenirs ainsi qu'à la famille Nardèze pour ses archives photographiques précieuses.

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Publié le 11 Janvier 2020

Lundi 11 janvier 1960 - faire une aste (asta)

Neige - Fait une aste*. Nous sommes allés avec Camille chercher 100 poussins à Castel. IL nous a porté un cochon 18 kg x 250 = 4500 F La CAL a livré 400 kg blé dur.

 

*De l'occitan asta : un timon. La pièce, longue pièce de bois, reliait le joug à l'outil tiré.

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Rédigé par Emile

Publié dans #emploi du temps, #Occitan

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Publié le 5 Janvier 2020

Photo famille Nardèse : la neige à la métairie

Photo famille Nardèse : la neige à la métairie

L'hiver saison morte pour le paysan ? Que nenni ! On s'active, on s'occupe, on s'organise, on anticipe les saisons à venir. "Evidemment, c'était moins stressant qu'un champ de fourrage à ramasser avant que l'orage n'arrive mais tout de même..." se souvient Aimé B. 

L'hiver est la période où l'on fait du bois. Rappelons que la borde est construite sur le modèle le plus classique du Lauragais et possède une pièce à vivre avec une cheminée immense, la seule pièce de la maison à être chauffée.

Souvent dans le contrat de métayage, figure cet entretien nécessaire des parties boisées de l’exploitation et la proportion du bois coupée qui revient au propriétaire. Les contrats varient en la matière en fonction des négociations menées mais le plus souvent il s'agit d'un partage à moitié, là encore.

Extrait d'un bail de métayage des années 60 (archives personnelles)

Aimé précise : " On coupait les arbres, on montait des stères. Le petit bois, lui, était mis en fagots avec du fil de fer de récupération, de l’osier. Coincés avec le genou ou un instrument à serrer (las sarras), on formait les fagots ! Entassés par dizaines, pour les laisser sécher avant de les rentrer,  pour faire des grandes flambées ou allumer le feu."

Le soin apporté aux animaux

Le soin des animaux dans l’écurie va prendre beaucoup de temps. Ne pacageant plus, il faut augmenter la ration de fourrage à distribuer aux bovins. Il faut régulièrement leur apporter un mélange de paille et de luzerne et bien-sûr évacuer les excréments. Pour cela, une brouette est mobilisée deux fois par jour sinon l’ammoniaque investit l’étable, ce qui n'est pas bon pour la santé des animaux. Il faut également nettoyer les mangeoires avec une régularité scrupuleuse.

Avec un grand couteau, on racle les salissures que les vaches accumulent en se couchant sur la bouse. Une fois sec, le pelage est brossé et cardé. 

" Deux fois par jour on sortait le troupeau, paire par paire, pour aller boire soit à la mare, soit au puits où il fallait pomper l’eau. C’était un moment de jeu et aussi d’autorité. Dans le troupeaux, il y a des bêtes au caractère fort, un peu rebelles

Lorsque l’eau est arrivée dans les fermes, cette tâche a été considérablement allégée." rajoute Aimé.

 

Avant Noël, le gavage des canards et autres oies était un moment important. 

Chez Emile, ces produits étaient non seulement pour la consommation familiale mais étaient également vendus à des acheteurs qui venaient directement à la métairie ou sur le marché de Castelnaudary que fréquentait la famille. Selon les contrats, le bailleur pouvait prétendre à une partie des bêtes qu'il venait parfois choisir lui-même, une fois abattues.

C'est aussi la période où l'on tue le cochon. Outre celui de la maison, on aide aussi parents et amis qui le tuent à leur tour. Les salaisons sont un aliment important du régime alimentaire d'alors. Il faut pour chaque cochon au moins deux jours : un pour le tuer et le préparer, l'autre pour le débiter et réaliser les diverses préparations : saucisse, boudin, jambon etc... Voisins et amis viennent prêter main forte comme on le fait tout au long de l'hiver à son tour chez eux. Le troisième jour, en cercle restreint, est consacré aux dernières préparations et au rangement

 

Fabriquer et réparer l'outillage pour la saison suivante

 

Quant l'étable devient un atelier : Les jours de grand froid étaient occupés à fabriquer des paniers, des balais, des manches d'outils, des outils eux-mêmes (râteau,...). On fabriquait ou réparait les barreaux des râteliers, des échelles. Ces travaux ce déroulaient dans l’étable. "Les voisins venaient faire un tour, et discuter un peu, prendre des nouvelles, échanger des conseils.

On profitait de cette période pour entretenir les bâtiments : réparer ou repeindre les volets, portes...

"On réparait aussi les chaînes avec de faux maillons. On tournait les dents de la canadienne, changeait les plaques d'usure des charrues. Il fallait les démonter et les porter chez le forgeron (le faure en occitan). On rapiéçait les "juilles" pour joindre les vaches au joug (le jo) avec des rivets ou du crin, pour ça il fallait être équipé   d'alênes comme le cordonnier."

 

Entretenir les abords et les prestations

 

Entretenir les bordures de champs, les tertres, couper les buissons, creuser les fossés, tailler les haies, procéder à l'élagage étaient autant de tâches hivernales.

On y procédait aussi pour les chemins communaux dans le cadre des prestations, ces journées de travail dues à la commune pour son entretien en fonction de la surface travaillée (voir article dédié ici)

 

Mais l'hiver c'est aussi la période des veillées entre voisins, entre amis ou parents. Nous y reviendrons dans un prochain post.   

 

Merci à Aimé B. pour son apport ainsi qu'à la famille Nardèze pour ses archives photographiques précieuses.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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La pince à fagots (las sarras)

La pince à fagots (las sarras)

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Rédigé par Emile

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Publié le 1 Janvier 2020

Montage photo B.Alasset (contributions famille Nardèse, Laure P. et archives personnelles)

Montage photo B.Alasset (contributions famille Nardèse, Laure P. et archives personnelles)

Très bonne année 2020 à tous les lecteurs fidèles et contributeurs précieux de ce blog devenu participatif en 2019. Que l'an nouveau vous garde en bonne santé et nous permette de nourrir abondamment nos échanges de photos, témoignages, découvertes et documents variés autour de la mémoire agricole de ce Lauragais que nous aimons tant.

Plaisir du jour, quelques dictons de bon aloi en ce jour de l'an :

Bona annada ! Plan rosa et plan granada !

Bonne année ! Très heureuse et abondante !

 

A l'an que ven ! Se sèm pas mai, que siam pas mens !

A l'an qui vient ! Si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins!

 

Et parce que les jours rallongent :

Les jorns alongan : per Nadal d'un pè de gal, per l'an nòu d'un pè de buòu.

Les jours allongent : pour Noël d'un pied de coq, pour l'an neuf d'un pied de bœuf

 

Al primièr de l'an, les jorns creissan d'un pan.

Au 1er de l'an, les jours augmentent d'un pan.

 

Bonne année à toutes et tous !

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 30 Décembre 2019

Lauragais d'Autrefois (39) : inventaire d'arrivée à la métairie (2/2)

Dans le post précédent, nous avons commencé à examiner l'inventaire d'arrivée daté du 1er novembre 1953. (ici). La liste éclaire sur la façon dont on vit à cette époque dans le cadre du métayage. On y a recensé les boeufs, le grand volume de paille et de fourrage. La section matériel de l'inventaire à laquelle nous nous intéressons aujourd'hui est riche d'une quantité de mentions qui donnent une idée assez précise de l'environnement qu'Emile et sa famille investissent.

On trouve ainsi :

2 charrettes en bon état (3 à réparer au frais du patron)

1 semoir

2 brabants

1 herse canadienne

1 rouleau

2 charrues "pesant ensemble 80 kg"

Sont aussi cités, en vrac et non exhaustivement, beaucoup d'éléments du petit matériel et outillage du quotidien. Ces éléments ont trait au travail des champs mais aussi du potager et de l'élevage qui caractérisent le mode de vie en autoconsommation. On note ainsi parmi d'autres : des pelotes de ficelle, des liens en bon état et usagés, des brosses, des chaînes d'attache pour les boeufs, des tresegats (pour diriger les boeufs lors du labour, voir article ici), 3 jougs de labour, 1 joug à coulisse (qui permettait d'ajuster l'écartement entre les boeufs)

Sont également mentionnés des anduzats (pour andusac = bêche), des pelles, des fourches, 3 foussous (fossors= houes) ainsi qu'un certain nombre d'autres outils.

Lors de l'inventaire, la métairie a donc été passée au peigne fin pour bien lister tous les éléments, accessoires et outils de travail fournis à la famille de nouveaux métayers et qu'il faudrait trouver en cas de départ.

Cette liste de trois pages est éclairante sur la vie quotidienne des métayers en Lauragais au début des années 50. Un certain dénuement règne encore, on le remarque la mécanisation n'est pas une caractéristique de cette liste. Le matériel est encore hérité des méthodes traditionnelles d'exploitation essentiellement animales et manuelles. L'arrivée du tracteur notamment viendra bouleverser les pratiques et remettre en cause les façons de travailler pour une plus grande productivité et moins de peine.

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Lauragais d'Autrefois (39) : inventaire d'arrivée à la métairie (2/2)
Lauragais d'Autrefois (39) : inventaire d'arrivée à la métairie (2/2)

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Publié le 28 Décembre 2019

Lauragais d'Autrefois (38) :  Un inventaire d'arrivée à la métairie (1/2)

Dans un précédent post, nous avons évoqué la façon dont se passait les changements de métayers au mois de novembre lorsqu'un nouveau contrat était signé (ici). Parmi les tâches incontournables, il en était une minutieuse parmi d'autres : réaliser l'inventaire d'arrivée. La métairie était passée au peigne fin avec le propriétaire pour recenser chaque outil, chaque élément dans les moindres détails. Nous allons prendre pour exemple l'inventaire d'arrivée à la métairie lauragaise d'Emile qui donne un aperçu de cette méticulosité nécessaire pour les deux parties. Nous y consacrerons deux posts.

Dans un vieux cahier d’écolier, on trouve un inventaire daté du 1er novembre 1953 réalisé l’arrivée d'Emile et des siens et sans doute adossé au bail fraîchement signé.

La première page comporte dans la marge les mentions bœufs, paille, fourrage et terres.

Six bœufs se trouvent ainsi dans l’écurie. Ils figurent en tout premier dans l’inventaire. Simple hasard ou position hiérarchique dénotant le caractère fondamental des bêtes de trait pour réaliser la plupart des travaux ? Le tracteur n’est arrivé chez Emile qu’en 1957 contribuant ainsi à la diminution du cheptel qui passe de 6 à 2. 

Ces bœufs, en 1953, mentionnés par paire, sont âgés de 10, 5 et 7 ans. On précise même que l’un d’entre eux, parmi les plus âgés, présente un léger vésigon (variante de vessigon). Il s’agit le plus souvent d’une enflure qui se forme à l’articulation du genou, sorte de tumeur synoviale. Le poids de ces bœufs est indiqué (toujours pour la paire) et varie de 1390 à 1590 kg, ce qui équivaut à des bêtes de 700 à 800 kg environ.

On trouve d’ailleurs régulièrement des tickets de pesée au fil des pages des carnets (voir exemple datant de 1957).

Sont aussi évaluées avec précision les quantités de paille et de fourrage stockées dans les bâtiments à l’arrivée de la famille : 315 balles de paille et environ 225 mètres cubes de fourrage. Leur importance est d'ailleurs confortée par des références multiples dans le bail. Souvent le métayer arrivant à l’automne était venu s’assurer durant l’été précédent du bon déroulement des opérations de stockage de ces éléments précieux. En effet, la négociation des contrats était largement anticipée d’une année pour assurer une transition et une continuité les plus fluides possibles.

De la même manière une partie des terres seulement est ici inventoriée et notamment celle qui est ensemencée de fourrage grande luzerne et cela représente un peu plus de 8 hectares , l’exploitation en comporte pour rappel 38.

Dans cet inventaire, deux autres pages sont ensuite consacrées au matériel grand comme plus petit voire anecdotique où la langue française se mêle à de savoureux occitanismes… Nous y reviendrons dans un prochain post pour continuer la visite de la métairie d'Emile...

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Lauragais d'Autrefois (38) :  Un inventaire d'arrivée à la métairie (1/2)
Lauragais d'Autrefois (38) :  Un inventaire d'arrivée à la métairie (1/2)

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Publié le 21 Décembre 2019

Lauragais d'Autrefois (35) : au coin du feu (al canton del fòc)

Les métairies, bordes et ostals du Lauragais étaient construits autour d'une grande pièce à vivre dont la cheminée (la chiminièra) constituait l'élément central. Elle pouvait être, selon les maisons, assez  monumentale. Elle permettait de cuisiner, de se chauffer mais aussi de s'éclairer.

Autour du foyer, on se réunissait lors des veillées hivernales pour se réchauffer, réaliser de petites tâches - les femmes tricotaient tandis qu'on racontait des anecdotes du temps passé - ou accueillir les visiteurs pour discuter en buvant du vin chaud ou de la tisane. tout une vie vie s'organisait à la saison froide au coin du feu.

Comme c'était le cas chez Emile, parfois la cheminée avait un tirage un peu capricieux et emplissait volontiers la pièce d'une fumée qui irritait les yeux. Alors la porte était laissée entrouverte pour faciliter le courant d'air mais cela avait des conséquences notables sur la qualité de la chaleur répandue dans la pièce...

Un avaloir conséquent, posé le plus souvent sur une énorme poutre de chêne, disparaissait au plafond et se transformait en conduit de fumée pour ressortir au-dessus du faîtage de la maison.

Certains mesuraient plus de 3 mètre de long et 1 mètre 50 de profondeur. Ces cheminées étaient entourées d’objets servant à son bon fonctionnement et dont Aimé B. se souvient.

 

La cheminée et les souvenirs d’une cuisine lauragaise savoureuse

 

« La crémaillère (le cremalh) était scellée au mur arrière. C’était une chaîne équipée à son bout de deux crochets, un pour accrocher le récipient, et l’autre, pour monter ce dernier à la bonne hauteur de chauffe. L’escramalh accroché à la crémaillère avec une pièce rigide, comme une anse de seau, était une sorte de trépied, mais… sans pieds, sur lequel on pouvait poser la marmite qu’on appelait  l’ola, ou le pot à feu (le topin). Cet escramalh pouvait être utilisé au-dessus de grosses bûches contrairement au trépied. »

 

Mais les trépieds étaient souvent à proximité. « Le petit trépied était destiné à poser la casserole pour faire le café par exemple, le gros trépied servait pour le chaudron léger et celui en fonte ou en cuivre pour cuire le boudin, faire le salé qu’on appelle aujourd’hui confit sans oublier les confitures ; ce trépied accueillait aussi la lessiveuse et aussi à stériliser les conserves familiales. 

Le four de campagne était constitué d’un plateau rond fixé sur un trépied et d’un couvercle posé sur le plateau. On mettait de la braise sous le plateau et sur le couvercle, devant le feu allumé,  et à l’intérieur mijotaient deux poulets ou la dinde ou un macaroni. Ce que c’était bon ! La préposée à ces préparations devait faire face à la chaleur.

Chez nous, le four de campagne, la lessiveuse, les gros trépieds, et les gros chaudrons était entreposés dans la cave sur les barriques. N’étaient jamais très loin non plus les grilles pour la saucisse, les costelons (prononcer coustélous, plat de côtes), les moineaux…

 

Les chenets (les capfoguièrs) posés de chaque côté de la plaque en fonte empêchaient les bûches de toucher la tôle pour favoriser la circulation d’air. Ils étaient équipés sur le devant, de crochets pour supporter la pique du tournebroche. J’ai d’ailleurs vu fonctionner dans mon enfance le tournebroche mécanique, un appareil ni rond ni carré, il y avait une manivelle qu’il fallait tourner, de temps en temps. Je me souviens de ce bruit, c’était le même cliquetis que la pendule dans la cuisine quand mon père la remontait.

C’est appareil faisait tourner une pique enfilée dans une pièce de viande posée sur les crochets des chenets devant le feu.  De temps en temps, la mémé (la menina) arrosait avec une louche (la còça) à long manche. Il faisait chaud devant le feu. .      

 

A proximité, bien sûr, le nécessaire était à disposition pour attiser le feu. Les pinces (las mordassas) pour manipuler les braises, la pelle à feu (la rispa)  un petit balai (l’engranièra) et le soufflet (le bufet) pour relancer le feu.

Parfois assis sur une caisse à sel, l’ancien était occupé à décortiquer des rafles de maïs qu’on appelait charbons blancs (les cocarilhs ou cocarèls).

Enfin chez nous, il y avait aussi une niche creusée au départ de l’avaloir dans laquelle demeurait une boite en fer, qui contenait des gâteaux faits maison. Il fallait prendre quelques risques pour arriver à en chiper un. »

 

Sur l’étagère (la laissa) posée au-dessus du linteau de la cheminée, trônaient des conserves, des boites de bouillon Kub remplies de gâteaux,, un crucifix, l’eau de vie ou encore les chandeliers, les lampes à pétrole à portée de main. Devant cette étagères était attaché avec des punaises un rideau (la panta ou cortina) égayé de motifs variés : fleurs, fruits ou encore formes géométriques. Cela permettait de dissimuler la grosse poutre noircie par la fumée au fil du temps et donnait en rentrant dans la pièce un air accueillant. »

 

Et grâce à la fée électricité, la lumière fut...

 

« Pour s’éclairer, le soir, la cheminée était une aide précieuse et puis il y avait quelques chandelles, une lampe à pétrole, une lampe tempête réservée souvent  pour aller prodiguer les soins aux animaux et aussi une lampe à carbure qui servait pour le vélo ou aller chercher des escargots », précise Aimé. « Elle était alimentée avec du carbure de calcium et de l’eau mais quand on était trop loin de la maison sur le chemin, il pouvait arriver qu’à défaut d’eau,... on fasse pipi dedans… système D. »

Et puis un jour, au crépuscule des années 30, vers 1937 ou 38 Aimé se souvient avoir vu arriver dans la cour de la ferme une équipe d’ouvriers venue poser les pylônes. L’électricien a ensuite installé une douille avec une ampoule dans l’écurie, une dans la cuisine ainsi qu’une une prise électrique.

« Après souper, à la tombée de la nuit, mon père s’est levé de table pour voir si cela fonctionnait. Il a tourné l’interrupteur, et la lumière a rempli la pièce ne laissant plus aucun coin d’ombre. Devant ce miracle technique, ma mère et mon arrière-grand-mère se sont levées et ont dit une prière. Ce moment reste pour moi un souvenir impérissable. »

La cheminée en a gardé ses fonctions essentielles de chauffage et de support de cuisine mais l’âtre rougeoyant a alors été sans doute moins sollicité pour la lumière ondoyante qui pouvait en émaner.

 

Merci une nouvelle fois à la famille Nardèse pour ses photos formidables et à Aimé pour ses anecdotes précieuses.

 

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Lauragais d'Autrefois (35) : au coin du feu (al canton del fòc)

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Rédigé par Emile

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Publié le 7 Décembre 2019

Lauragais d'Autrefois (32) : Journal d'un semeur d'antan (le semenaire)

Emile évoque les semailles dans ses carnets, une période de l'année cruciale surtout à l'heure où les assolements comportaient beaucoup de blé. La météo de novembre et décembre était alors - et encore aujourd'hui - une inquiétude vive. Ne pas semer trop en retard... Cette évocation a fait resurgir quelques souvenirs. Voici ceux d'Aimé du temps où l'on semait à la main et qu'il a eu l'amabilité de m'adresser.

 

Les semences :

Dans les années 40 et 50, les agriculteurs  produisaient leurs propres semences. "Nous faisions des échanges entre nous. Il y avait aussi quelques négociants qui passaient dans les fermes et proposaient des semences de blé de la Beauce. Ils nous disaient que c'étaient des blés à grand rendement, sourit-il. Ce qu'il ne nous disaient pas bien-sûr, c'est nous n’avions pas le potentiel pour produire ! Nous n'avions ni l'engrais, ni les semoirs adaptés, ne les produits nécessaires mais c’était un espoir auquel nous nous raccrochions. Nous le voyons tous les jours avec  les carnets d'Émile, le tournant était bel et bien négocié. Avant les années 50 nous ne parlions pas surface, c'étaient des arpents, le journal."

 

Les rendements  :

"Si, aujourd’hui, on parle de quintaux/hectare, à l'époque on connaissait presque le nombre de grains de blés à l’hectare.  On parlait de semences : un sac de blé 80 kilos, c’était le poids spécifique recherché pour commercialiser le blé. Par exemple 80 kilos produisaient  plus ou moins 8 sacs de semence à 80 kilos, 640 kilos donc.  Plus ou moins. Je ne saurais dire ce que ça représentait en termes de surface."

 

Le journal :

C'était une évaluation du temps qu'il fallait pour ensemencer un champ ou une surface donnée à la main.  Un grand champ pouvait contenir un certain nombre de journées d'homme à semer. C'était une vieille notion qui a parfois perduré tant que les mesures de semences ne pouvaient servir.

"Notre journal en Lauragais variait. Semé à la main, tributaire du vent, du terrain sec ou mou et de tant d'autres facteurs. reprend Aimé. Les chaussures étaient des sabots (les esclòps  en occitan) qui ramassaient facilement la boue, ralentissaient la marche surtout dans les champs en pente du Nord Lauragais. Cela ne facilitait pas l'avance du semeur"

 

Les jalons :

Ils étaient faits avec les jambes de maïs (las cambòrlas) que les animaux avaient nettoyées de leurs feuilles. Ils étaient plantés à chaque bout du champs, parallèlement au fossé. "Quand les champs étaient rectangulaires ou carrés, pas de problème. Pour les autres formes trapézoïdales, triangulaires ou biscornues, c'était parfois plus compliqué."

 

Le semis :

"Nos jalons en place, il fallait s’occuper du blé ou de l'orge ou de l'avoine. Ils constituaient l'essentiel de notre assolement d'alors. D'abord on montait au grenier pour en descendre la quantité de grain programmée pour la journée de semis.  Ce blé qui avait été passé au trieur à grain ambulant était étalé. On faisait un mélange de vitriol et d'eau - à vertu fongicide - que l’on vidait sur le tas et il était mélangé comme du mortier. Nous étions alors prêts pour semer."

Le sac de blé posé sur la canadienne, une bouteille dans la musette pour la soif, le semeur était prêt. "On n’allait pas chez le docteur, mais on savait qu’il fallait boire. Je préparais ensuite le semenador (prononcer semenadou) : une sache en jute, une petite corde attachée à l’angle bas du sac, et l’autre bout à l’angle de la gueule du sac qui contenait une quantité de blé suffisante pour faire l’aller retour. Ce semenador  (voir reconstitution photo) était posé de façon à être divisé en deux sur le bras.

 

Le rythme et le geste du semeur :

"Nous y allons. On prend position devant le premier jalon en imaginant une ligne virtuelle avec le jalon. On commence par jeter un peu de blé autour de soi pour combler la marge. Et en avant, d'un pas régulier, ni trop grand, ni trop petit. Une fois le rythme pris, ça devenait presque mécanique. D'ailleurs ce n’était pas si désagréable. Quand le pied gauche touchait le sol, le bras droit partait en un geste large comme une demi-lune. Autant vous dire que lorsque cela durait une journée entière, le soir, on n’avait pas besoin de compter les moutons pour s’endormir.

Personnellement, je n’étais pas un champion. Je ne lâchais pas le blé régulièrement. Et au printemps, ça faisait des tas ou des ondulations. Et bien-sûr les voisins ne manquaient pas de me le signaler en riant, surtout les anciens, mais c'était bon enfant.

Ensuite, pour couvrir  il y avait aussi la herse  et quand le temps le permettait, on terminait en passant le rouleau en bois."

 

 

Merci à Aimé B. pour sa précieuse collaboration et ses souvenirs savoureux et tellement précis.

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Reconstitution du semenador par Aimé B.

Reconstitution du semenador par Aimé B.

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Publié le 24 Novembre 2019

Dans les années 50, même si le mode d’autoconsommation est encore très prononcé, la nécessité de se déplacer pour une famille de métayers se fait ressentir chaque jour un peu plus.

Paulette D. nous explique : "Nous produisions beaucoup de ce que nous mangions mais bien-sûr qu'il nous fallait nous déplacer... Que ce soit pour aller prêter main forte aux voisins ou à la famille pour certains travaux, prévenir le médecin qu'on avait besoin de son diagnostic pour l'arrière grand-mère souvent malade ou pour les enfants... Il fallait aussi aller vendre des produits sur les différents marchés, les lapins, les pigeons, les œufs... Nous allions essentiellement à Castelnaudary le lundi mais aussi parfois à Villefranche, Revel ou Puylaurens même si cela était moins fréquent."

Négocier la vente ou l'achat de boeufs, rencontrer des acheteurs lors des foires, passer des commandes à la coopérative agricole, faire parfois quelques achats en ville, amener les enfants à l'école, aller prier, aller à la pêche, les déplacements motivés par des raisons liées à la vie familiale ou à la vie professionnelles étaient nombreux.

Alors comment s'y prenait-on ? "Nous essayions d'optimiser les sorties. Lorsque l'un d'entre nous partait pour le marché de Castelnaudary, il passait également à la C.A.L. (Coopérative Agricole Lauragaise) pour les affaires et au retour chez le forgeron par exemple si cela était nécessaire.", reprend Paulette.

Dans sa famille, faute de moyens suffisants et, peut-être  défaut d'être complètement convaincus de son absolue nécessité, la décennie entière, celle des années 50, se fera sans que la voiture automobile n'entre dans la cour de la ferme. Cela nécessitait un investissement financier assez conséquent et un peu de temps pour obtenir le permis de conduire.

"Pour aller au village, visiter la famille, aller à la messe, on marchait beaucoup à pied. Cela ne nous posait pas de problème, nous étions habitués. Lorsque mes parents étaient jeunes au début du siècle, se souvient-elle encore, ils marchaient même les pieds nus avec leurs chaussures dans leur panier et ne les mettaient qu'avant d'arriver au village pour ne pas les user. Nous faisons attention à tout. Nous n'étions pas très fortunés et prenions grand soin du peu que l'on avait"

Mais il y a aussi la bicyclette. On en dispose d'une ou deux selon les métairies, il n'y en a pas une pour chacun. Elles sont munies de sacoches pour transporter un peu de matériel ou quelques petits animaux que l'on aurait vendus ainsi que d'une porte-bagage qui permettait d'avoir un passager.

"Pour les déplacements représentant des distances plus conséquentes, on avait parfois recours à la moto, se souvient Paulette, on en possédait une qui n'était pas de première jeunesse mais elle rendait de grands services. C’étaient les hommes qui la pilotaient. Et même la ménine (l’arrière grand-mère) jusqu'à un âge très avancé était passagère pour se rendre en visite chez sa fille qui habitait le village voisin. Parfois c'était tout une organisation. Par exemple, lorsque nous étions invités à une fête locale par la famille, mes beaux-parents prenaient la moto pour y aller dîner (nb: le repas de midi en Occitanie) pendant que nous nous occupions des animaux et de la métairie et le soir, à leur retour, c'est nous qui prenions la moto pour aller souper chez nos hôtes et profiter du bal."

Elle explique également : "Nous, les femmes de la maison, avions une certaine autonomie pour nous rendre à Castelnaudary, au marché par exemple, grâce à la ligne de bus qui s'arrêtait au bord de la route départementale qui longeait la métairie. On pouvait aussi aller l'attendre au village voisin. Le chauffeur autorisait les passagers à mettre en soute une panière ou deux contenant lapins, pigeons, poules ou poulets que nous souhaitions vendre."

Aimé rajoute : "Oui, c'est comme cela que j'ai vécu cette période 54-65 moi-aussi . L’autobus avait une remorque pour porter les veaux... Pour les cochons c'était plus compliqué, les volailles étaient  dans les paniers posés sur l'impériale du bus. On n'était pas malheureux."

Et puis, la famille s'agrandissant, la situation est devenue plus complexe pour Paulette et son mari qui avaient deux fillettes en bas-âge. Pour se rendre dans la belle-famille tous ensemble, c'est le frère de Paulette qui venait récupérer tout le monde en voiture pour les ramener ensuite.

"Au tout début des années 60, mon mari a passé son permis de conduire à son tour et la famille a acheté une automobile, 4 ou 5 ans après le premier tracteur. C'est une liberté nouvelle que nous avons trouvée là. Évidemment, les temps de trajets ont considérablement réduit et les déplacements ont été grandement facilités. Mais pour autant, les vélos et la moto n'étaient jamais loin. Nous les avons gardés et ils ont continué à nous être très utiles."

 

Chez Aimé aussi, la famille s'est agrandie aussi a-t-il fallu prendre des décisions : "J'avais un scooter, j'ai acheté ma première auto en 64! Nous avons eu des jumeaux qui ont étés placés en couveuse à Montauban. Il a bien fallu aller les voir, ces petits. Les grands-mères, les grands-pères, tout le monde voulait les voir. J'ai acheté une B 14 Sport d'occasion qui n'avait pas roulé depuis longtemps. Aussi, à cause des durites, de Caraman à Montauban, j'ai fait connaissance avec pas mal de mécanos sur le trajet ! Il y avait même une courroie de mobylette au ventilateur. S'il y en a qui vont à l'aventure, nous c'est l'aventure qui est venue à nous !"

 

Mise à jour du 24 novembre 2019

Merci à la famille Nardèze pour le partage de ses trésors photographiques et à Paulette D., ma grand-mère, pour son témoignage ainsi qu'à Aimé B. pour sa précieuse collaboration.

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Publié le 16 Novembre 2019

Lauragais d'Autrefois (29) : changer de contrat, changer de métairie (cambiar d'ostal)

Changer de métairie, de ferme, de borde, changer de propriétaire : voilà un moment fort de la vie d'un métayer, d'un fermier, d'un exploitant... Dans la première moitié du XXe siècle, c'était tout une aventure... Le déménagement était réalisé durant les premiers jours de novembre en général mais la transition avait été très largement anticipée... Aimé B. nous fait part de ses souvenirs.

Préparer la transition

"Le changement était un acte préparé à l'avance, se souvient Aimé. Il y avait d'abord la décision qui faisait l'objet d'une longue réflexion et de discussions au sein de la famille. Les raisons pouvaient être nombreuses et variées : la ferme trop petite, les conditions de faire valoir, le caractère des deux parties (ententes et relations), la qualité de la terre, la pénibilité.... Bien souvent, cette décision était prise plus d'un an à l'avance. On espérait trouver mieux en changeant, évidemment. "

Après avoir conclu la rupture de l'accord d'une part et un nouveau contrat d'autre part,  les deux phases complexes mais essentielles de la décision allant de de pair, le déménagement était alors envisagé. Il était aussi nécessaire de trouver un accord avec l'exploitant, en place, le sortant. Des actes préparatoires à la prochaine arrivée étaient plus ou moins bien acceptés selon les us et coutumes.                                                "Par exemple, explique Aimé, l'agriculteur entrant, devait parfois s'occuper de remiser la paille lors des battaisons précédant son arrivée. Ce pouvait être l'occasion de quelques blagues comme desserrer la presse, accélérer la cadence des gerbes sur le batteur en accord avec le mécano. Ce qui ne manquait pas de provoquer une belle pagaille au pailler. Cela pouvait arriver une ou deux fois suivant la façon dont le nouveau venu le prenait. S'il montrait trop sa colère, cela repartait de plus belle. Généralement cette pagaille prenait fin au passage de la buvette.même si souvent il pouvait rester quelques rancœurs. Parfois, il fallait qu'il y ait accord, aussi pour les labours d'été avec le futur occupant des lieux."

Changer de ferme

Il était nécessaire de trouver encore un autre point d'accord avec le sortant : le jour du déménagement devait être le même car le soir il fallait être en place pour apporter le soin nécessaire aux animaux tout juste installés dans la nouvelle ferme et prendre ses repères. "Selon la distance à parcourir pour le sortant et l'entrant, la ferme pouvait rester vide quelques heures et ça faisait tout drôle de trouver tout vide.", explique encore Aimé

"Ne parlons pas de tracteurs, camions, bétaillères trop modernes mais uniquement charrettes.Plusieurs voisins était invités pour donner un coup de main. La traction animale était utilisée et bienvenue : bœufs, vaches, cheval.  Ce dernier était intéressant et souhaité, il pouvait faire deux voyages dans la journée sans problème. Et cet attelage était souvent équipé de petites bétaillères qui servaient habituellement pour aller au marché et qu'on utilisait là pour transporter les petites volailles, lapins etc…

Je me souviens que les petits cochons étaient installés dans le centre de la charrette, fermés de chaque côté avec un buffet, un sommier de lit ou un autre élément de mobilier...

Je me souviens encore du bruit des roues ferrées sur la route lorsque ce convoi de déménagement se déplaçait mais aussi de celui des sabots cloutés des hommes et ceux, ferrés, des vaches. Quant aux enfants en âge de marcher, ils gambadaient autour du convoi, les plus petits étaient sur la charrette avec les femmes plus âgées. Les femmes conduisaient aussi l’attelage."

Effervescence à la borde

 

Ce déménagement provoquait une certaine effervescence quelques jours avant. Il fallait préparer les ballots de linge, les vêtements, prévoir le repas avant de partir et ne pas emballer trop tôt la louche...

Aimé reprend : "Le matin du fameux jour,  au réveil, très tôt, on s'attelait à enlever les draps, démonter les lit, les armoires... Avant de partir on balayait scrupuleusement pour ne pas laisser  de poussière ou des toiles d’araignées, c'était important pour soigner sa réputation."

 

En arrivant dans les nouveaux lieux, il fallait rapidement installer les animaux, leur préparer les litières parfois provisoirement en attendant le lendemain et bien-sûr, il fallait aussi préparer l’habitation pour la nuit ainsi que le repas du soir.

 

Prendre ses marques

 

"Les cours de ferme d'alors étaient constituées de passages avec des pierres posées. On prenait nos marques rapidement le puits, le tas de fumier, le hangar où l'on était venu  durant l’été pour rentrer le fourrage.

La famille et les voisins de celui qui arrivaient croisaient ceux qui sortaient : un vrai brassage humain qui remuait aussi beaucoup d'émotion.  C'était une aventure, un moment qui laissait des traces dans les mémoires. On disait d'ailleurs que trois déménagements, émotionnellement parlant, valaient un incendie."

 

Se projeter dans l'avenir immédiat et le travail

 

"La première des choses à faire les jours suivant était de préparer les semis. Et puis s'installer : le vin nouveau, le stock de maïs, toutes les céréales, qu'on réensachait  y compris pour le semis dernièrement passé au trieur, mettre dans la grange le bois de chauffage, les fagots pour allumer le feu..." Un énorme travail d'installation doublé d'une activité intense dans les champs allait alors mobiliser la famille pour de longues semaines dans son nouveau cadre de vie et d'exercice... Une réelle aventure...

 

Merci à Aimé, une nouvelle fois, pour son éclairage précieux.

 

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Rédigé par Emile

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Publié le 16 Novembre 2019

Le vent d'autan qui préoccupe souvent Emile dans ses carnets fait  l'objet de nombreux dictons en Lauragais. Ils varient selon l'endroit où l'on habite, selon les nuances de vent d'autan dont l'orientation peut varier ou les jours de la semaine qui le voient souffler.

Quelques nuances du pays caramanais et revelois :

L'auta de Mazamet, te daissa sus la set : L'autan de Mazamet te laisse sur la soif. (il ne se conclut pas par la pluie)

L'auta de Castèlnou, abèi bufa doman plòu : L'autan de Castelnaudary, aujourd'hui souffle , demain il pleut

L'auta de la montanha negra cada jorn s'énsolelha : L'autan de la montagne noire, chaque jour s'ensoleille.

Selon les jours de la semaine :

L'auta del dijòus desrapa les calhaus : le vent d'autan du jeudi arrache les cailloux ( souffle fort)

L’auta del diluns, le dimars n’en pòt pas pus :  le vent d'autan du lundi n'en peut plus le mardi

Autan et météo :

L’auta sus la torrada es pas de longa durada : L’autan sur la gelée n’est pas de longue durée

Merci à Aimé pour sa collaboration.

Mise à jour du samedi 16 novembre :

L'auta del diluns n'acaba pas pus  :  L'autan du lundi n'en finit plus

L'auta sus la torrada fa trembla la cortada  :  L'autan sur la gelée fait trembler la basse-cour

L'auta del dissabte n'atuda pas las candelas del dimenge  :  L'autan du samedi n’éteint pas les bougies du dimanche

L'auta dels ramels bufa sus tabels  :  L'autan des rameaux souffle sur les tas de gerbes dans le champ

L'auta sus la torrada fa partir le boièr de per la laurada : Le vent d'autan sur la gelée fait partir le travailleur du labour

Merci à Jean N. et Pierre L. pour leurs contributions.

Mise à jour du 20 octobre 2020

L'auta del divendres s'en va a Montalban e torna le dimenge amb la pluèja.

L'autan du vendredi s'en va à Montauban et revient avec la pluie

L'auta del divendres s'en va pas a la messa le dimenge.

l'autan du vendredi ne va pas à la messe le dimanche.

Amb le vent d'auta, cal pas menar las vacas al camp.

Avec le vent d'autan, il ne faut pas conduire les vaches au champ.

​​​​​​​Auta sus la gelada pluèja sus la vesprada.

Autan sur la gelée, pluie l'après-midi

Merci à Michèle, Jo, Jérôme et Annie-Noëlle pour leurs contributions Facebook

Si vous connaissez d'autres dictons ou proverbes sur le vent d'autan (nuances locales, durée du vent d'autan, vent d'autan selon les saisons, les jours de la semaine...), n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Moulin à Baziège (cliché confié par Serge A.)

Moulin à Baziège (cliché confié par Serge A.)

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Rédigé par Emile

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Publié le 3 Novembre 2019

Lauragais d'Autrefois (27) : stocker le maïs (le milh sul trast)

Après la récolte du maïs, il fallait l'entreposer et veiller à ce qu'il sèche dans de bonnes conditions. La plupart des fermes étaient munies de cribs (ou crips). Ces séchoirs à maïs permettaient donc de stocker le maïs en épis. Ils étaient érigés au soleil, le plus souvent perpendiculaires au vents dominants, cela constituait un moyen de séchage naturel.

Aimé B. se souvient :

"Les premiers ont été construits avec des files d’acacia, posés sur des plots en béton, fait main(du solide), reliés avec des entretoises fixées avec des boulons. On fixait ensuite du grillage avec des clous cavaliers.  Pour le remplir, on montait avec une échelle le sac sur l'épaule. Plus tard il y a eu les élévateurs et les remorques en vrac. On couvrait les crips autant que possible pour les protéger de la pluie. Certains fabriquaient les leurs avec des pylônes électriques de récupération et avec des cornières soudées."

On en vidait aussi parfois sur les galetas en veillant que la couche de maïs ne soit pas trop épaisse pour faciliter le séchage et en maintenant également un courant d'air favorable.

Aimé : "Il y avait parfois quelques nuits animées par les rats circulant sur les tas de maïs vidés au dessus les chambres."

Merci à la famille Nardèze pour les fabuleuses photos tellement explicites et à Aimé, si fidèle à ce blog, pour le partage de ses souvenirs.

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Lauragais d'Autrefois (27) : stocker le maïs (le milh sul trast)
Lauragais d'Autrefois (27) : stocker le maïs (le milh sul trast)
Lauragais d'Autrefois (27) : stocker le maïs (le milh sul trast)

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Rédigé par Syndicat

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Publié le 26 Octobre 2019

Deux époques de la récolte du maïs (récolter et descolefar)
Deux époques de la récolte du maïs (récolter et descolefar)

Deux époques de la récolte du maïs (récolter et descolefar)

Voici un témoignage d'Aimé sur la récolte du maïs avant la mécanisation :

 

"Dans le champ, il nous fallait un panier, quelques saches, et souvent un outil, le punto, ou alors à mains nues. Le punto, ce petit bout de bois pointu bien effilé,  servait à ouvrir l’enveloppe de l'épi (la cabòça) en deux par le milieu.

Cette opération faite on tirait vers le bas, pendant qu’une main tenait les deux parties de l’enveloppe, l’autre main coupait la cabosse au ras de la tige.  

Après la récolte, avec une faucille, on coupait les tiges (las cambòrlas), on faisait des tas, pour charger sur la charrette (la carreta) sans oublier de poser des râteliers pour faire un chargement plus large.

 

Pour libérer le champs afin de semer le blé ? les pieds de maïs pouvaient être coupés avec la faucille (la fauç).

On en faisait un grand tas, pour être les dépouiller (descolefar) à la veillée avec les voisins. La soirée se terminait souvent avec un vin chaud. ou alors avec une petite goutte de prune, histoire de goûter la nouvelle de l'année.

 

Les tiges étaient stockées car elles étaient consommées par les bovins qui en étaient gourmands. C'était surtout utilisé surtout pour remplissage, pour activer le rumen, la digestion ruminale.

Les tiges qui restaient, sorties du râtelier,  servaient de jalons, pour semer le blé, quand il était semé à la main."

Dans les carnets d'Emile, il est également mentionné que les jambes de maïs, las cambòrlas qu'il appelait aussi les tronçons, lorsqu'elles étaient en excès étaient réunies et brûlées au bord du champ.

Merci à Aimé pour son témoignage, à Serge et Berthe pour les photos témoignant de deux époques différentes de la récolte du maïs.

Le prochain post sera consacré au stockage du maïs, photos et témoignage à l'appui...

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Rédigé par Emile

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Publié le 23 Octobre 2019

Près de la cour de la ferme, le crib est prêt à accueillir le maïs récolté.

Près de la cour de la ferme, le crib est prêt à accueillir le maïs récolté.

Grâce aux photos de la famille Nadèse, des photos confiées par Serge et d'un témoignage confié par Aimé, nous llons consacrer quelques posts à la récolte et au stockage du maïs. A suivre ici dans les jours à venir...

Si vous aussi avez des documents, des témoignages, des éléments à ce sujet, n'hésitez pas à nous les adresser pour publication et partage (lauragais@lescarnetsdemile.fr).

Merci à Berthe pour la photo.

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Rédigé par Emile

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Publié le 16 Octobre 2019

Lauragais d'Autrefois (24) : l'âme du vin (se sovenir del vin)

Le temps y est suspendu... Dans la vieille cave, entre ombres et lumières, de vieux pressoirs ou ce qu'il en reste témoignent de l'activité vinicole passée. De l'existence, jadis, de ce vin du Lauragais.

Le bois des vieux tonneaux est sec depuis belle lurette ; la cuve esseulée résonne, vide... Cette odeur si caractéristique des lieux du vin flotte encore un peu dans l'air... On pourrait même s'attendre à voir surgir les vignerons bruyants au coin de la porte déchargeant les comportes... Pourtant au dehors, sur les coteaux, plus un cep de vigne ne subsiste. Ni vendange, ni vendangeurs...

Souvenirs des automnes d'autrefois...

Merci à Laure pour le partage de ses jolies photos.

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Rédigé par Emile

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Publié le 12 Octobre 2019

Lauragais d'Autrefois (23) : retour sur les vendanges, le truèlh, las gaspas e l'enfonilh

Nous avons évoqué récemment les vendanges (voir article ici) , voici grâce aux souvenirs d'Aimé B. l'avant et l'après vendanges avec des éléments que l'on retrouve souvent dans les carnets d'Emile mais de façon moins détaillée.

Merci Aimé, encore une fois, d'avoir pris le temps de nous faire part de vos souvenirs.

        

"Avant les vendanges, préparer la cuve...

Les cuves en ciment étaient rares. Avant d'y déposer le produit des vendanges, il fallait préparer la cuve. D'abord il était nécessaire de la laver. Pour les cuves en bois, les plus nombreuses, il était nécessaire quelques jours avant de les mettre à tremper. En effet, elles étaient faites de lames de bois posées côte à côte (les douelles), et fabriquées grâce au savoir-faire d'un tonnelier, mais avaient séché depuis l'année précédente. Il fallait donc faire gonfler le bois pour assurer l'étanchéité de la cuve. Chacun avait sa technique pour les mouiller : pompe à sulfater, balai, sacs de jute (saches) humides posés dessus.

Devant le trou du robinet on posait un tampon de paille, calé avec une grosse pierre pour éviter qu’un grain de raisin ne vienne obstruer le robinet.

 

Après la vendange et la fermentation...

Couler le vin, décuver : C'était l'action qui consistait à tirer le vin de la cuve après un temps de fermentation. Le moment venu était décidé par le paysan seul en fonction du temps et de l'estimation qu'il faisait de l'avancée de la fermentation. Par un gros robinet sur le côté inférieur de la cuve, on récupérait le vin dans une comporte,. Avec une pompe à vin ou le plus souvent avec un décalitre, on vidait le vin dans la barrique (muid, demi-muid...) grâce à un entonnoir (l'enfonilh en occitan) posé sur le dessus. ça sentait bon le vin nouveau et de temps en temps, il fallait le goûter, c'était l'un de nos plaisirs simples de cette saison.

      

Une fois le vin tiré de la cuve , par précaution on enlevait avec le croc à fumier une petite couche du raisin (las gaspas) qui pouvait être moisi au contact de l’air. On rentrait ensuite dans la cuve non sans s'être assuré avec le briquet que l’air à l’intérieur de la cuve était bien respirable. Après avoir remis en place l’échafaudage qui avait servi au remplissage et avoir posé dessus deux ou trois comportes, avec une fourche ou autre outil, on les remplissait en tassant un peu pour réduire le volume.

On ne laissait rien dans la cuve mais on ne la lavait pas, il fallait laisser cette pellicule de tanin, accrochée à la paroi pour protéger le bois, jusqu'à l’année suivante. (La vendange etait devenue du Marc)

 

Le pressoir (le truèlh)

Dans le Lauragais, quelques agriculteurs avaient un pressoir à cliquets que les voisins utilisaient  comme, d'ailleurs,  le matériel de battage. il était monté sur roues équipées d’un timon type charrette pour la traction animale. Il fallait aller le chercher quand on en avait besoin, en accord avec le propriétaire, qui venait pour manipuler ce pressoir.  

Pour le remplir, il fallait monter le mécanisme de vissage, enlever les cales, la demi-lune et le remplir avec les comportes que l’on venait de sortir de la cuve. Il ne fallait pas attendre top longtemps et bien l’éparpiller de façon homogène puis poser les deux cales demi lune, de chaque cotées de la vis.  Et, par-dessus, on posait les autres cales, en croix. Le mécanisme comprenait entre autre deux cliquets pour visser, (et pour dévisser il fallait tourner les cliquets) avec la barre et un mouvement de va-et-vient pour faire couler le jus qui restait dans les grappes (las gaspas). Pas trop vite, il fallait laisser faire doucement, pour récupérer le maximum.

Pour vider, on tournait les cliquets, et par le même mouvement de va-et-vient, le mécanisme se dévissait.  On enlevait l’ensemble des cales, on démontait les claies tenues par un système de crochets et on récupérait le marc de raisin.

On prenait soin de le ranger dans des comportes, bien tassé, pour le porter au bouilleur de cru.

 

L’alambic : Distiller consiste à faire bouillir (Bouilleur de cru) de la matière alcoolisée. Transformée en vapeur,  il fallait la faire refroidir dans un serpentin enroulé dans l’eau froide et le miracle se produisait. L'eau de vie, la gnole ou l'aigardent comme on disait en occitan était là.  On apportait non seulement le marc mais aussi son bois.

A l’alambic il n’y avait pas que ça, il y avait de la braise, pour faire des grillades, on n’allait pas à l’alambic, sans prendre un bouteille de vin nouveau. Il y avait beaucoup de visiteurs curieux, qui venait voir, goûter, profiter du parfum, refaire le monde ou même pour certains trafiquer un peu mais ça c'est une autre histoire...."

 

Merci à Laure P. pour la photo des vendanges en Lauragais et à Aimé pour le schéma du pressoir  vis qu'il a commenté.

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Lauragais d'Autrefois (23) : retour sur les vendanges, le truèlh, las gaspas e l'enfonilh

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Rédigé par Emile

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Publié le 5 Octobre 2019

Lauragais d'Autrefois (21) : souvenirs des vendanges (las vendémias)

L'automne amène à penser aux vendanges d'antan en Lauragais. Voici le témoignage d'Aimé B, ses souvenirs de vendanges assortis des photos confiées par la famille Nardèze, d'exceptionnelles photos en couleurs qui permettent un retour très réaliste à la charnière des années 50 et 60. Un immense merci à Aimé et à Berthe.

 

"Avec l'automne venait le temps des vendanges (la vendémias).

Avec un couteau, ou des petits sécateurs adaptés à cette tâche, on coupait précautionneusement les raisins avant de les poser dans un panier d’osier, souvent fabriqué à la main durant l’hiver précédent.

On faisait passer les paniers pleins d’un rang à l’autre pour les vider dans une comporte.

Un préposé chargé du remplissage tassait ses raisins avec une cachadoira (outil pour presser, pour appuyer de cachar, presser) .

A midi ou à la fin de la journée, une équipe d’hommes transportait ces comportes pleines.  Au bout de la vigne, il fallait être deux avec deux barres (las pals) passées sous les poignées de la comporte, un homme devant, l'autre derrière.

Une autre équipe chargeait sur la charrette (plus tard la remorque basse). A l’arrivée devant la cave, 

il fallait passer tout ce raisin au fouloir pour les écraser, et les vider dans une cuve afin de le mettre à fermenter.

Une équipe d’hommes, installée sur un échafaudage, vidait la comporte dans la cuve. Ils nivelaient avec une fourche pour que la masse soit homogène. Pendant que le reste de la colle s’activait à tourner la manivelle du fouloir, il va sans dire qu’il y avait quelques plaisanteries ! Quelques grappes de raisin qui se baladaient pour barbouiller ses camardes de moût (se mostar).

Quand il n’y avait pas de fouloir, il fallait faire avec les pieds nus en entrant dans la comporte.

Ici c’était la fête des farces! Les femmes se retroussaient les jupes, les hommes les pantalons . On riait mais le travail avançait quand même.

Pendant ce temps dans la cuisine on s'activait pour servir aux travailleurs : la soupe, le pâté, les haricots, le macaroni, le poulet rôti et bien-sûr quelques desserts maison. Que d'agréables souvenirs ! 

 Si, lors des battages (las batesons) il y avait de la poussière, les vendanges étaient souvent troublées par la pluie. Quand on avait commencé le remplissage de la cuve il valait mieux terminer le terminer sinon la fermentation pouvait être compromise. "

 

Petit glossaire occitan des vendanges lauragaises :

Les vendanges : las vendémias

la vigne : la vinha

le raisin : le rasim

la comporte : la semal

le fouloir : le faunhador ou le truèlh 

et... le vin : le vin

Lauragais d'Autrefois (21) : souvenirs des vendanges (las vendémias)
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Lauragais d'Autrefois (21) : souvenirs des vendanges (las vendémias)

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Rédigé par Emile

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Publié le 1 Octobre 2019

Lauragais d'Autrefois (20) : les fenaisons, la fenial

Dans le carnets d'Emile, les mentions concernant les fenaisons tout au long de l'année sont nombreuses et l'on comprend sans peine l'importance que cette activité a pour la vie de la ferme et le temps qu'elle prend. Ce sont jusqu'à 4 coupes annuelles de fourrage que l'on compte, la dernière étant en automne. Couper le foin, le faner, le charger sur des charrettes et le stocker. L’alimentation du bétail en est en grande partie tributaire. Esparcette, sainfoin, Ray Grass sont des noms qui reviennent régulièrement dans les carnets d'Emile.

L'importance du fourrage est à tel point que lors de l’inventaire d'arrivée en 1953 (voir article ici) il est précisé que 8 hectares sur les 38 de l'exploitation y sont dédiées et que 225 mètres cubes de fourrage sont stockés dans les hangar et sur la fenial (en occitan), fenil ou grenier à foin souvent situé au dessus de l'étable.

Aimé B. m'a adressé un cliché de la faucheuse de son père et la famille Nardèze partage avec nous une photo (ci-dessous) des fenaisons. Qu'ils en soient chaleureusement remerciés.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Lauragais d'Autrefois (20) : les fenaisons, la fenial

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