occitan

Publié le 29 Septembre 2019

Il n'y a pas de hasard. Il s'appelle Emile comme celui à qui ce blog est consacré et je l'ai rencontré grâce à une connaissance commune. 

- Tu ne connais pas Emile ? Tu devrais le rencontrer, il sait tellement de choses sur l'agriculture et le Lauragais, c'est un homme passionnant et passionné.

Je ne pouvais pas imaginer à quel point. Emile a une curiosité aiguë, se documente, lit, cherche sur ce Lauragais et son Histoire qu'il connaît pourtant par cœur. Car Emile a le Lauragais dans les veines. Il y est né un peu avant les années 30, y a toujours vécu, s'y est marié et y a fait toute sa carrière d'agriculteur, sa "vie de paysan" comme il dit. Il l'a commencée en tant que fermier d'une propriété qu'il a plus tard pu acquérir pour travailler à son compte.

Lorsque nous nous rencontrons, nous cherchons un peu nos mots dans les premières minutes. Il y a tant à dire. Par où commencer ? Je choisis de lui présenter l'un des carnets d'Emile qu'il consulte avec beaucoup d'attention puis ce blog qui est le moyen de partager chaque jour ces quelques lignes. Nous tombons par hasard sur la photo des boeufs et celle du tracteur.

Emile se souvient parfaitement de cette transition qui, le concernant, a eu lieu au tout début des années soixante. "Nous avons beaucoup hésité car il y avait de nombreuses discussions autour de cela. Les anciens étaient contre, n'en voyaient pas l'intérêt car nous avions toujours travaillé avec les boeufs. Le propriétaire me mettait en garde, un tracteur c'était un investissement et de l'entretien, du carburant... Et puis, il y avait ces histoires d'accidents. De temps en autre, il en survenait un, parfois grave, qu'on apprenait. C'était souvent faute d'une maîtrise suffisante de l'engin. Et ici, dans les coteaux, il y avait un risque supplémentaire, une crainte... je sais que certains disaient qu'avec mes 15 hectares d'alors, je ne m'en sortirais pas en faisant cet investissement."

Pour cette transition, beaucoup de paysans ont conservé des boeufs pour les endroits les plus inaccessibles ou plus étroits comme la vigne par exemple ou pour utiliser des outils agricoles qu'on ne pouvait pas atteler au tracteur. Chez Emile, la transition s'est faite plus sèchement, la vente des boeufs ayant contribué à l'achat du tracteur. Si le changement a réduit la peine de travail et le temps qu'on consacrait à une tâche "peut-être par 10 !", Emile en a nourri des regrets.

"Mon premier tracteur était un Farmall. Une fois garé sous le hangar, on réalise qu'on a face à soi un objet inerte, de tôle, sans émotion. On a beau dire ce n'est pas pareil que les boeufs auxquels j'étais très attaché et dont j'aimais m'occuper. Je me souviens encore du jour où ils sont partis. Le camion était garé dans la cour, là devant la maison, et il sont montés lentement à l'intérieur..."

Il s'interrompt, l'émotion affleure..."Mais c'était ainsi, la marche du temps..." conclut-il.

La marche du temps, celle-là même qui a un changé les paysages lauragais et la vie quotidienne... Emile sort ses notes, se souvient... Dans le village, à cette même époque, il y avait trois épiceries et une boulangerie. Il n'en reste plus aucune. Il a vu les fermes alentours se fermer parfois le rester durablement, se vendre. Il a vu disparaître les vignes, chacun alors avait sa parcelle. Il y en avait une trentaine autour du village, il les a recensées dans son classeur. Il n'en subsiste qu'une aujourd’hui.

D'un souvenir à l'autre, nous évoquons la météo, fondamentale pour les activités agricoles... Cela nous ramène à l'hiver 1956... Emile et sa femme se souviennent parfaitement de la rigueur de cet hiver-là. Un terrible froid régnait qui contraignait Emile chaque matin à casser la glace de la mare pour faire boire les bêtes. "Avec la hache, nous brisions une grande plaque que nous faisions ensuite glisser sous la mare gelée en la poussant".

Beaucoup de variétés de blé n'ont pas résisté à cet hiver-là. "Ceux qui avaient fait de l'Etoile de Choisy s'en sont mieux sortis, cette variété nous venait du Nord de la France et était plus résistante." Il se souvient des variétés d'alors qui se nommaient Abondance, Rieti, le blé du Docteur Mazet. IL y avait encore la bladeta de Puèglaurenç (petit blé de Puylaurens), un blé qui était de couleur fauve lorsqu'il était à maturité.

Aujourd'hui Emile est retraité depuis longtemps mais reste attentif aux problématiques de l'agriculture actuelle, est heureux de voir que le bio prend de l'ampleur. Il travaille beaucoup le bois de ses mains habiles. Il lui fait dire le Lauragais d'autrefois. Naissent ainsi des jougs, des boeufs trainant charrette, un travail à ferrer les boeufs et tant d'autres miniatures tellement réalistes comme cette presse à foin... Presse à foin ?

"Le foin était transporté en vrac durant très longtemps, ce qui n'était guère pratique. Les Américains nous ont apporté ces presses à foin que l'on remplissait de foin avant que deux hommes assurent la remontée d'une plateforme qui compressait le foin. Un véritable travail de force qui nécessitait d'actionner deux leviers latéraux. Il fallait ensuite manuellement, avec une aiguille adaptée faire passer le fil de fer à travers la botte réalisée pour la lier en 5 endroits."

L'après-midi s'est étirée et je n'ai pas vu le temps passer. Nous nous séparons à regrets. En quelques heures, Emile m'a décrit avec beaucoup de précision et d'émotion son Lauragais d'antan, sa vie d'agriculteur passionné par son travail, sa vision de l'évolution de son métier à travers les années. Je le remercie vivement ainsi que son épouse pour la chaleur de leur accueil et leur généreux partage de leur savoir et de leurs souvenirs.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

 

 

Presse à foin miniature réalisée par Emile et presse à foin de l'association Le Pastel
Presse à foin miniature réalisée par Emile et presse à foin de l'association Le Pastel

Presse à foin miniature réalisée par Emile et presse à foin de l'association Le Pastel

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan

Repost0

Publié le 25 Septembre 2019

Lauragais d'Autrefois (18) : une journée de battage (las batesons)

Une nouvelle photo des battages (las batesons en occitan) très représentative de ces scènes du Lauragais d'antan.

Berthe qui me l'a confiée témoigne :

"Elle représente bien le travail qui consistait à faire passer les gerbes de blé, auparavant mises en gerbière, dans la machine qui allait les égrener,le grain d'un côté, la paille de l'autre. A remarquer que c'étaient les femmes que l'on mettait à ce poste, les hommes charriaient les sacs de blé, il y avait un échelle toujours prête car souvent il y avait bourrage des gerbes et il fallait "débourrer" à la main, ce qui était délicat car on risquait de se faire happer la main, un homme montait faire ce travail et selon son humeur il adressait aux dames des noms d'oiseaux ou des plaisanteries....Il y avait beaucoup de poussière aussi, régulièrement il fallait faire la pause fraîcheur : l'eau maintenue fraîche au fond du puits, de la menthe ou de la grenadine et du vin coupé d'eau pour les hommes (je me souviens enfant c'était ma corvée !)"

Merci Berthe pour cette photo et ces précisions !

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

Lauragais d'Autrefois (18) : une journée de battage (las batesons)

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan

Repost0

Publié le 15 Septembre 2019

Lauragais d'Autrefois (16) : Le commerce du blé sur le Canal du Midi

Cette photo envoyée par Serge A. constitue un témoignage important du commerce du blé sur le Canal du Midi.

A l'écluse de Ticaille, à Ayguesvives, les camions de la coopérative agricole de Baziège versaient le précieux grain dans les péniches. Cette coopérative avait développé aux abords du village de grands bâtiments de stockage.

Le Canal du Midi avait pour objectif, à sa conception, d'élargir les possibilités de ventes des producteurs de céréales et de vin du Languedoc vers Bordeaux via Toulouse et vers Marseille via Sète. Si ce fut bien le cas, la dimension du trafic marchand demeura toutefois locale ou au mieux nationale mais ne connut jamais l'expansion espérée par son concepteur et les rois de France. Elle fut d'ailleurs par périodes limitée par le contexte économique maussade.

Enfin, à partir du milieu du XIXe siècle, les concurrences successives du rail puis de la route ont contribué à la diminution conséquente des échanges marchands par le canal. Les possibilités quant aux tonnages possibles à transporter sur l'eau ne résistèrent pas à la rapidité des trains puis au développement du transport routier.

Le trafic marchand sur le canal se poursuivit pourtant une grande partie du XXe au gré des soubresauts de l'Histoire, les épisodes de guerres contribuant à le perturber grandement. Cette photo est une illustration des échanges commerciaux qui subsistaient pourtant encore au milieu du XXe siècle.

Merci à Serge pour ce partage.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

 

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan, #Canal du Midi

Repost0

Publié le 14 Septembre 2019

Le Lauragais d'Autrefois (15) : Le Lauragais des moulins/Le Lauraguès dels molins

Ces lignes ont déjà été publiées ici. Je vous les propose à nouveau enrichies des photos confiées par Serge A.

En 1959, lorsque Emile rédige les pages publiées ici actuellement, il n'y a guère plus de métayers dans le Lauragais. Les grandes heures des moulins sont déjà, elles-aussi, au rang des souvenirs.

S'il évoque pourtant fréquemment dans ses lignes le Moulin du poivre, ce n'est que pour évoquer les terres qui entourent les ruines de ce moulin qu'Emile travaille.

S'il était nommé ainsi, ce moulin, ce n'est pas parce que le meunier (le molinier en occitan)  moulait cette épice. C'est parce qu'il "se faisait du poivre", c'est à dire beaucoup de souci car son moulin n’était pas l'un des mieux exposés aux vent dominants, Cers et Autan.

Les collines du Lauragais était hérissées quelques décennies plus tôt de nombreux moulins qui connaissaient une activité considérable jusqu'au début du XXe siècle. Le meunier était d'ailleurs un personnage prestigieux de la vie locale. En effet, les moulins jouaient un rôle essentiel dans la vie sociale et économique du Lauragais. Les farines de blé et, dans une moindre mesure, de maïs étaient prépondérantes dans la nourriture quotidienne. Le pain, le millas pour ne citer qu'eux en étaient des éléments centraux.

D'un moulin à l'autre, les meuniers, parfois à l'aide de longues vues, observaient les actions de leurs homologues sur les toiles tendues ou repliées sur les ailes, ce qui constituait de précieuses indications sur l'évolution des vents parfois si capricieux qui, d'alliés et de force motrice, pouvaient devenir ennemis et source de dégradations sur l'outil de travail. La vigilance du meunier était constante, l'inquiétude de tous les instants...

Le déclin des moulins lauragais s'est enclenché au moment de la 1ère guerre mondiale et s'est encore renforcé avec l'apparition des concasseurs électriques dans les décennies suivantes.

Un regain de l'activité des meules de pierre a pourtant eu lieu lors de le 2nde guerre mondiale. Les meuniers sont ainsi remontés aux ailes. Les concasseurs électriques, mis sous scellés, les moulins sont devenus des outils de travail contrôlés par des perquisitions de gendarmerie et des autorisations de moulage strictes. Cela n'a pas empêché le développement de fraudes, pour contourner la rigueur des tickets de rationnement. De nuit, lorsqu'on le pouvait on apportait un peu de blé pour pouvoir échanger de la farine auprès du boulanger contre un peu de pain. On s'y rendait par des chemins détournés, jamais le même, la peur au ventre de tomber sur un éventuel contrôle.

Après la guerre, le déclin des moulins s'est accéléré. Pour ne plus payer la patente d'une activité qui ne suffisait plus à faire vivre les familles de meuniers, certains ont démonté aux-mêmes les ailes et les toits de leurs moulins, se tournant vers l'agriculture et quittant à regrets leurs outils de travail qui, peu à peu, ont continué  se délabrer. Certains ont été rasés, d'autres restent encore fièrement dressés, privés de leurs ailes, se fissurant lentement comme pour rappeler le labeur d'antan des moliniers si directement lié à l'activité agricole.

Regardez bien en traversant le Lauragais, ils sont encore là, saluant notre passage et nous susurrant de nous souvenir encore un peu de leurs ailes absentes qui battaient l'air pour "faire farine" comme on disait alors.

Lexique occitan :

le moulin : le molin

le meunier : le molinier

les ailes : las alas, las telas

la meule : la mòla

le blé : le blat

le maïs : le mil

L'avoine : la civada

Sur ce sujet, on pourra lire le passionnant ouvrage de Jean et Huguette Bézian, Les grandes heures de moulins occitans, Plon, Terre Humaine, 1994, recueil de témoignages de meuniers très éclairants sur l'évolution ce métier disparu et fourmillant d'anecdotes.

Je remercie encore Serge pour les clichés des moulins de Baziège qu'il m'a transmis pour les partager avec vous.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

Le Lauragais d'Autrefois (15) : Le Lauragais des moulins/Le Lauraguès dels molins
Le Lauragais d'Autrefois (15) : Le Lauragais des moulins/Le Lauraguès dels molins

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan, #Occitanie, #Lauragais

Repost0

Publié le 11 Septembre 2019

Dessins de Jeannot Bélinguier : le joug, la redonda et le tresegat

Dessins de Jeannot Bélinguier : le joug, la redonda et le tresegat

Pour attacher la charrue ou le brabant au joug qui permettait aux bœufs de les tirer, une pièce était essentielle le tresegat. Afin de mieux comprendre la fonction de cette pièce, commençons par la redonda, l'anneau le plus simple.

Les explications sont fournies par Marie-Hélène Cazeaux, en occitan, et tirées d'une veillée partagée en occitan à Caignac :

Lauragais d'Autrefois (14) : qu'es aquò un tresegat ?

"La redonda (prononcer redoundo) sert pour les outils qui roulent et principalement la charrette.Une cheville devant, une derrière, le tiradon était bien tenu."

Lauragais d'Autrefois (14) : qu'es aquò un tresegat ?

Sur des dessins de Jeannot Belinguier, on voit très bien les trois pièces du tresegat (noms donnés par le forgeron de Juzes)

Lauragais d'Autrefois (14) : qu'es aquò un tresegat ?

"Le tresegat était pour les outils tirés, les charrues... il y avait un peu plus de jeu.

La tresèga (de tressa, tresse) était un anneau de branches tordues ou de cuir, pendu à la cheville du joug et le tiradon y passait dedans : une cheville de chaque côté pour qu'il ne puisse pas avancer ni s'extraire de l'anneau. Le tresegat sert à la même chose mais est en fer."

Voici enfin une photo de l'objet envoyée par Aimé B :

Lauragais d'Autrefois (14) : qu'es aquò un tresegat ?

Un grand merci à Marie-Hélène Cazeaux et Jeannot Belinguier pour ce partage ainsi qu'à Aimé pour la photo du tresegat.

 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan, #Occitanie

Repost0

Publié le 4 Septembre 2019

La lessive dans les années 50

La lessive dans les années 50

Voici un témoignage recueilli auprès de Paulette D.

Elle y relate les journées de grande lessive, la granda bugada (la grande buée) et le travail que cela représentait.

"La lessive habituelle que l’on faisait une fois par semaine, le plus souvent le lundi, ne ressemblait pas aux grandes buées que l’on faisait deux ou trois fois par an pour laver les draps.

Une fois par semaine, on triait le linge et grâce à l’eau tirée du puits ou, à la Rigole (nb : le cours d'eau à proximité) lorsque la saison s’y prêtait, on lavait et on battait le linge de toute la famille avant de le mettre à sécher sous un hangar. On utilisait pour la ruscada (lessive en occitan) une lessiveuse, du savon et de l’huile de coude pour frotter vigoureusement

On lavait aussi les draps de toute la maisonnée du propriétaire. On attendait qu’il y en ait suffisamment car c'était un sacré travail. La granda bugada (la grande buée en occitan) avait lieu ainsi trois ou quatre fois par an, en général, au début du printemps et de l’automne.Toutes les femmes des métayers étaient réunies pour cette occasion.

Les draps étaient mis à tremper la veille dans le dorc, c’était un grand cuvier de bois cerclé de fer, muni d’une bonde et d'un tuyau sur le côté permettant l’évacuation de l’eau. (nb : L’appelation dorc désigne communément un pot à graisse en occitan mais dans ce cas, c'est également le cuvier) 

Les draps trempaient une nuit entière avec de la cendre qu'on mettait par dessus, enfermée dans un vieux drap. Le matin, les femmes des métayers se réunissaient et nous mettions l’eau à chauffer dans une lessiveuse ou un grand chaudron. Cette eau était versée petit à petit sur les draps, récupérée par l'évacuation et remise à chauffer. L’opération devait être suffisamment lente pour que l’eau monte lentement en température au fur et à mesure, de la buée se répandant dans tout le local, le plus souvent nous faisions cela sous un vieil hangar. Une eau bouillante déversée directement aurait pu faire s’amalgamer les saletés plutôt que des les dissoudre grâce aux propriétés détergentes de la cendre.

Le lissieu, l’eau de lessive, faisait ainsi plusieurs cycles au fur et à mesure dans le dorc. Au bout de deux à trois heures, lorsqu’elle bouillait, on évacuait alors toute cette eau sale. Parfois, on n'était pas d'accord, il y avait de petites chamailleries.  Certaines considéraient que l’eau était suffisamment chaude, d’autres préféraient en verser encore davantage. Après utilisation l’eau de lessive était répandue  sur le tas de fumier le plus proche à grands coups de seaux en fer blanc. Les draps encore lourds de l’eau qu’ils contenaient, lorsqu’ils étaient un peu refroidis, étaient entassés dans de grandes panières ou des comportes.

Il fallait alors attendre l’intervention des hommes qui, grâce à des brouettes, ou à la force des bras, les apportaient jusqu’au bord de la Rigole de la plaine.

Il fallait alors entreprendre le rinçage. Selon la saison, le travail était de taille, on pouvait en cumuler jusqu’à cinquante. Les abords de la Rigole n'étaient pas aménagés pour cette opération et elle n’en était rendue que plus délicate. Un drap pouvait nous échapper et être emporté par le courant pour aller s’échouer dans les racines sur les berges. L’eau dévalant du barrage de Saint Ferréol pour aller alimenter le Canal du Midi pouvait être très froide à certains moments de l'année, on ne sentait plus nos mains glacées.

Les draps rincés, il fallait enfin les essorer. On se mettait alors deux par deux pour les tordre et leur faire rendre le plus d’eau possible. Cette tâche pénible n’était pas la dernière, puisqu’il fallait encore les étendre sous un hangar le long de fils prévus pour cela."

Je remercie Paulette D. pour son témoignage et la famille Nardèze qui m'a confié de précieux clichés dont celui de la lessive.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan

Repost0

Publié le 20 Août 2019

Document Laure P.

Document Laure P.

Suite à la publication de l'article concernant les boeufs et le tracteur (ici), voici quelques précisions et une photo apportées par Aimé B. :

Ces boeufs sont peut-être des gascons. Ils sont équipés de moscals (de l'occitan mosca, la mouche) sur le front. On les leur installait pour les protéger de l'agglutinement des mouches au coin des yeux, là où les glandes lacrymales suintent.

La présence de ces mouches agaçait fortement les bêtes, les obligeant à donner de nombreux balancements de tête, pour faire fuir les insectes. Cela leur était désagréable pour travailler.

Ces moscals étaient des pièces tressées avec de petites cordes. Le plus souvent, ils étaient confectionnés à la maison durant l'hiver au coin du feu mais on en trouvait aussi dans le commerce.

Ils étaient composés de mailles larges, avec des franges, laissant une bonne qualité de vue à l'attelage.

L' agulhada (aiguillon) que tient le laboureur servait évidemment à faire avancer les boeufs mais aussi à nettoyer la charrue par intermittences des ronces ou de la terre qui s'accumulaient sur le versoir.

Enfin, la photo ci-dessous représente le mécanisme fixé sur le timon (asta en occitan) à la jonction de la charrue, il était utilisé pour pallier la position de traction de l'attelage, tête basse ou tête haute.

Je remercie Laure P. pour les clichés confiés et Aimé B. pour ses précieux éclairages.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile.

Photo Aimé B.

Photo Aimé B.

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitan

Repost0

Publié le 10 Août 2019

On l'aura compris à le lire ici chaque jour, Emile parle et écrit un français de très bonne qualité. Il a du goût pour cela sans doute transmis par son père qui lui aussi, doté d'un esprit curieux, aime lire, écrire, faire des essais. Si Emile reste dans un exercice factuel qui consiste à relater les faits de son quotidien de travail, dorment aussi sur l'étagère des cahiers de Joseph, son père, qui datent des années 30. On y trouve non seulement des croquis mais des tentatives poétiques, des essais de chansons essentiellement tournés vers le sentiment amoureux...

Dans les écrits du quotidien d'Emile, on trouve cependant quelques occitanismes. Ils peuvent être relatifs aux outils par exemple. Ainsi l'andusac remplace avantageusement la bêche, le terme de fosso (qu'il écrira comme on le prononce en occitan : foussou) est préféré à celui de houe. On trouve aussi quelques syntaxes héritées de l'occitan. La place de l'adjectif y est parfois similaire : il parle par exemple de "la vache vieille" pour la distinguer des autres et non de "la vieille vache".

Le Lauragais, au cœur de l'Occitanie, est évidemment le royaume de la langue occitane, l'occitan languedocien pour être précis. Au quotidien, la langue parlée dans les fermes, les métairies comme celle d'Emile est encore majoritairement teintée d'occitan. Alors, bien-sûr, les lois Ferry ont contribué à l'enseignement de la langue française à l'Ecole et les instituteurs de la première moitié du XXe siècle ont veillé à bouter le dénommé "patois" hors la classe et même, lorsque c'était possible hors de la cour de récréation. Son utilisation accidentelle ou dissimulée parfois maladroitement pouvait conduire à des sévères sanctions ou punition.

Mais dans les campagnes lauragaises, les échanges se font en occitan encore en 1958. Emile parle le languedocienn avec ses parents, ses grands-parents, sa femme, ses amis paysans. Cette langue très imagée où roulent les r et dont le sel est faite d'expressions idiomatiques savoureuses. Par contre, on veille à parler français aux enfants. Une attention scrupuleuse est portée à leur scolarité et à la maîtrise de l'orthographe et de la grammaire françaises. On parle aussi le français, sans difficulté, à l'extérieur avec le médecin, l'administration, le propriétaire. Le passage d'une langue à l'autre se fait sans même que l'on s'en rende compte.

De cet occitan, on ne connait cependant que la langue orale et on n'en maîtrise pas l'écrit. On rit parfois aux facéties de La Catinou et de son Jacouti, les héros de Charles Mouly, publiées dans les colonnes de La Dépêche du Midi qu'on achète de temps à autre.

Aujourd'hui encore, même s'il est en devenu marginal, l'occitan vient colorer la langue quotidienne du Lauragais. Dans certaines écoles, les élèves y sont initiés. Superflu ? On ne prendra qu'un seul exemple : une langue ayant une racine commune avec le français et dont on prononce les -s finaux du pluriel n'a-t-elle rien à apporter à l'apprentissage de ce dernier ? Et d'ailleurs n'est-il pas capital de protéger, préserver et faire vivre ce patrimoine immatériel qu'est cette langue belle ?

Des Carnets d'Emile, en tout cas, la réponse semble surgir d'entre les lignes...

 

Français et occitan mêlés, la langue belle d'Emile et les siens en 1959

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais, #Occitanie, #Occitan

Repost0

Publié le 23 Juillet 2019

En 1959, lorsque Emile rédige les pages publiées ici actuellement, il n'y a guère plus de métayers dans le Lauragais. Les grandes heures des moulins sont déjà, elles-aussi, au rang des souvenirs.

S'il évoque pourtant fréquemment dans ses lignes le Moulin du poivre, ce n'est que pour évoquer les terres qui entourent les ruines de ce moulin qu'Emile travaille.

S'il était nommé ainsi, ce moulin, ce n'est pas parce que le meunier (le molinier en occitan)  moulait cette épice. C'est parce qu'il "se faisait du poivre", c'est à dire beaucoup de souci car son moulin n’était pas l'un des mieux exposés aux vent dominants, Cers et Autan.

Les collines du Lauragais était hérissées quelques décennies plus tôt de nombreux moulins qui connaissaient une activité considérable jusqu'au début du XXe siècle. Le meunier était d'ailleurs un personnage prestigieux de la vie locale. En effet, les moulins jouaient un rôle essentiel dans la vie sociale et économique du Lauragais. Les farines de blé et, dans une moindre mesure, de maïs étaient prépondérantes dans la nourriture quotidienne. Le pain, le millas pour ne citer qu'eux en étaient des éléments centraux.

D'un moulin à l'autre, les meuniers, parfois à l'aide de longues vues, observaient les actions de leurs homologues sur les toiles tendues ou repliées sur les ailes, ce qui constituait de précieuses indications sur l'évolution des vents parfois si capricieux qui, d'alliés et de force motrice, pouvaient devenir ennemis et source de dégradations sur l'outil de travail. La vigilance du meunier était constante, l'inquiétude de tous les instants...

Le déclin des moulins lauragais s'est enclenché au moment de la 1ère guerre mondiale et s'est encore renforcé avec l'apparition des concasseurs électriques dans les décennies suivantes.

Un regain de l'activité des meules de pierre a pourtant eu lieu lors de le 2nde guerre mondiale. Les meuniers sont ainsi remontés aux ailes. Les concasseurs électriques, mis sous scellés, les moulins sont devenus des outils de travail contrôlés par des perquisitions de gendarmerie et des autorisations de moulage strictes. Cela n'a pas empêché le développement de fraudes, pour contourner la rigueur des tickets de rationnement. De nuit, lorsqu'on le pouvait on apportait un peu de blé pour pouvoir échanger de la farine auprès du boulanger contre un peu de pain. On s'y rendait par des chemins détournés, jamais le même, la peur au ventre de tomber sur un éventuel contrôle.

Après la guerre, le déclin des moulins s'est accéléré. Pour ne plus payer la patente d'une activité qui ne suffisait plus à faire vivre les familles de meuniers, certains ont démonté aux-mêmes les ailes et les toits de leurs moulins, se tournant vers l'agriculture et quittant à regrets leurs outils de travail qui, peu à peu, ont continué  se délabrer. Certains ont été rasés, d'autres restent encore fièrement dressés, privés de leurs ailes, se fissurant lentement comme pour rappeler le labeur d'antan des moliniers si directement lié à l'activité agricole.

Regardez bien en traversant le Lauragais, ils sont encore là, saluant notre passage et nous susurrant de nous souvenir encore un peu de leurs ailes absentes qui battaient l'air pour "faire farine" comme on disait alors.

Lexique occitan :

le moulin : le molin

le meunier : le molinier

les ailes : las alas, las telas

la meule : la mòla

le blé : le blat

le maïs : le mil

L'avoine : la civada

Sur ce sujet, on pourra lire le passionnant ouvrage de Jean et Huguette Bézian, Les grandes heures de moulins occitans, Plon, Terre Humaine, 1994, recueil de témoignages de meuniers très éclairants sur l'évolution ce métier disparu et fourmillant d'anecdotes.

Sur les vents du Lauragais, on pourra relire ce post : Le Lauragais, pays des vents

Le même moulin. En arrière plan, on distingue... les éoliennes du parc avignonétain.

Le même moulin. En arrière plan, on distingue... les éoliennes du parc avignonétain.

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais, #Tradition, #Occitanie, #Occitan

Repost0

Publié le 7 Avril 2018

Al bòrd dels camins del Lauragués/ Au bord des chemins du Lauragais (2)

Nom : véronique commune

Cossi se ditz dins le Lauragués : veronica

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais, #Occitanie, #Occitan, #Les plantes du Lauragais

Repost0

Publié le 5 Avril 2018

Al bòrd dels camins del Lauragués/ Au bord des chemins du Lauragais (1)

Nom : primevère officinale

Nom communément utilisé : coucou

Cossi se ditz dins le Lauragués : primadèla / cocut

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais, #Occitanie, #Occitan, #Les plantes du Lauragais

Repost0

Publié le 29 Mars 2018

Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais, #Occitan, #Occitanie

Repost0

Publié le 26 Février 2018

*Le froid est arrivé sur le Lauragais*Le froid est arrivé sur le Lauragais
*Le froid est arrivé sur le Lauragais

*Le froid est arrivé sur le Lauragais

Voir les commentaires

Rédigé par Emile

Publié dans #Occitanie, #Lauragais, #Occitan

Repost0