lauragais

Publié le 27 Mai 2020

Lauragais d'Autrefois (75) : l'âne, roi des dictons occitans (l'ase)

S'il est un animal qui est le roi des expressions et locutions occitanes, c'est bien l'âne. On le convoque en toutes occasions. Voici quelques exemples de phrases idiomatiques qui ornaient les conversations du Lauragais d'autrefois. Ce n'est qu'un très petit aperçu des dictons qui lui sont consacrés, nous aurons l'occasion d'y revenir dans un nouveau post.

Acibada un ase, te pagarà ambe de pets.

Nourris un âne avec de l'avoine, il te paiera avec des pets.

Far l'ase per aver de bren

Faire l'âne pour avoir du son.

Esser bavard coma un ase qu'estrena una brida.

Être orgueilleux comme un âne qui étrenne une bride.

Esser afairat coma un ase de vendémia.

Être occupé comme un âne de vendanges.

Tanlèu un ase a bramat qu'un autre brama.

Sitôt un âne a brait qu'un autre s'y met.

A la fièra, i a plan d'ases que se semblan.

A la foire, il y a beaucoup d'ânes qui se ressemblent.

Esser franc coma un ase quand recula.

Être franc comme un âne qui recule

S'en trufa coma un ase d'un cop de capèl.

S'en moquer comme un âne d'un coup de chapeau.

Remerciements : Laure Pagès, photographe animalière d’un jour

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur cet animal emblématique, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

Pour retrouver facilement ces posts et les voir dans leur ensemble vous pourrez cliquer sur la nouvelle catégorie du blog : Lauragais agricole d'autrefois ou sur l'onglet en haut de page. Ils seront également écrits en bleu pour les distinguer des posts du quotidien de la vie d'Emile

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Publié le 24 Mai 2020

Lauragais d'Autrefois (74) : maladroits, fainéants, paresseux, tire-au-flanc à l'honneur des expressions occitanes

Parce qu'il n'y a pas de raison pour qu'ils n'aient pas leurs expressions, locutions et dictons consacrés, voici un petit passage de revue de ces virgules imagées des conversations du Lauragais et de l'Occitanie d'autrefois.

Le trabalh fait i fa pas paur

Le travail fait ne lui fait pas peur

Es fenhant coma una colòbra.

Il est fainéant comme une couleuvre.

I a pas pus valent qu'un fenhant que se met en colèra.

Il n'y a pas plus vaillant qu'un fainéant qui se met en colère.

Le cotel d'un fenhant copa totjorn plan.

Le couteau d'un fainéant coupe toujours bien.

Mais que voulez vous, il arrive à tout le monde d'avoir la flemme (aver la canha), les pigres (paresseux), les langonhas, les molàs (mollassons)l'ont plus souvent que d'autres.

Il serait injuste d'oublier les maladroits (maladreits, malaisits)

Es adreit coma un porc que monta a l'escala.

Il est adroit comme un cochon qui monte à l'échelle.

Quand on est maladroit, on s'y prend tellement mal qu'on est capable d'attacher l'âne par la queue (bridar l'ase per la coa)

 

Si vous connaissez d'autres dictons, expressions ou proverbes sur ce thème, n'hésitez pas à me les adresser. Nous complèterons la petite collection de ce post ensemble au fur et à mesure. Vous pouvez m'écrire à lauragais@lescarnetsdemile.fr 

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Rédigé par Emile

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Publié le 20 Avril 2020

Cavalcade à Baziège (photo coll.Serge Arnaud)

Cavalcade à Baziège (photo coll.Serge Arnaud)

Les confinements successifs et le couvre-feu mis en place en raison de la crise sanitaire mettent en lumière à travers son atténuation l'importance du lien social dans notre quotidien. Si les moyens modernes - numériques notamment - permettent de garder le contact, ils ne pallient pas complètement l'absence d'échanges directs. 

Dans les campagnes d'antan, les occasions d'échanges humains étaient moins fréquentes mais la sociabilité avait cependant un certain nombre d'occasions de s'exprimer : travail, commerce, religion, liens familiaux et amicaux... En voici quelques exemples...

Foires et marchés

Même si les métayers avaient développé, comme on l'a souvent vu ici, une autoconsommation importante (potager, élevage...), la famille se rendait à un rythme hebdomadaire au moins au marché. On y vendait de la volaille et cela permettait, grâce à l'argent gagné, de faire des courses d'appoint(sel, sucre, etc...). 

Le marché, les foires constituaient des lieux de socialisation importants. On y rencontrait ses connaissances, amis, familles, voisins et on y échangeait des nouvelles, on y parlait métier, avancées de travaux, famille quand on ne négociait pas l'achat ou la vente de bestiaux.

Les fêtes de village

Lors de la fête de son village ou de manifestations traditionnelles (voir illustration), souvent à la belle saison, il était de tradition d'inviter une partie de la famille pour un repas parfois deux. Ainsi, une partie de la famille était reçue le dimanche à midi, l'autre  le soir. En effet, dans une même métairie, on veillait à ce que quelqu'un soit toujours présent pour le soin à apporter aux animaux. En conséquence, un roulement s'instituait pour se rendre à l'invitation, qui au "dîner" (repas de midi en Occitanie), qui au "souper " (repas du soir) après être allé au bal. 

En dehors de ces moments, on prend également visite de temps à autre, pour prendre quelques nouvelles lorsqu'on a l'occasion de passer à proximité de la ferme d'une connaissance.

La religion

Se rendre à la messe, aux célébrations pour Noël (voir ici) ou Pâques fournissait aussi l'occasion d'échanger sur le parvis de l'église ou d'échanger sur le chemin lorsqu'entre voisins on gagnait ainsi le village souvent à pied en l'absence de moyens de transport (voir ici). A cela s'ajoutent les mariages, communions, baptêmes  qui réunissent famille et connaissances proches. Pour les enterrements, les proches mais aussi plus largement la communauté villageoise vient témoigner de leur soutien à la famille endeuillée. 

L'entraide lors des travaux

Les grands événements annuels amenaient familles, voisin, amis à se réunir pour s'entraider. On se rendait ainsi les journées ce qui amenaient à se fréquenter souvent : moissons, battages, vendanges, cochons, canards nécessitaient de la main d'oeuvre.

Des posts consacrés à ces grands travaux (voir post sur les battages  par exemple ou celui sur le cochon ) émanent de longues journées de travail mais aussi de grandes parties de fous-rires et de moments de convivialité autour de grandes tablées joyeuses.

L'entraide se mettaient en place lorsqu'un accident ou une maladie survenait dans une métairie, on apportait de l'aide ou on soignait le bétail lorsqu'un paysan était alité dans la maison voisine (voir ici).

Les prestations, ces journées dues à la municipalité dans le cadre du paiement en nature de la taxe vicinale réunissaient aussi quelques jours par an les hommes du village pour tailler les haies, entretenir, haies, chemins et fossés (voir ici).

Les veillées hivernales

Après les emblavures, il était de coutume de se réunir de temps à autre le soir pour échanger des nouvelles, jouer à la manille ou à la belote le temps d'une soirée amicale (voir article à ce sujet ici).

Pour les familles paysannes du Lauragais, le lien social était donc  un élément essentiel de vie quotidienne et régulièrement entretenu en différentes occasions tout au long de l'année. Ces échanges, réunions et rencontres, nous n'en avons noté ici que quelques exemples, relevaient de relations de travail, amicales ou familiales et ce maillage constituait le tissu social, essentiel à la vie rurale.

Si vous avez des témoignages, des photos de la vie d'antan dans les fermes et métairies lauragaises, n'hésitez pas à me les faire parvenir, je les publierai : lauragais@lescarnetsdemile.fr ou 0625549345

 

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Scène de village à Montmaur 1950, photo coll. JC Rouzaud

Scène de village à Montmaur 1950, photo coll. JC Rouzaud

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Rédigé par Emile

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Publié le 9 Avril 2020

photo Coll. famille Nardèse

photo Coll. famille Nardèse

La période de confinement que nous vivons depuis quelques semaines est-elle inédite ? Elle l'est par sa dimension, sa durée et son étendue. Cependant, en faisant quelques recherches, on s'aperçoit tout de même que, dans les campagnes lauragaises, des périodes d'isolement ou de quarantaine ont été vécues en différentes circonstances provoquées non seulement par la maladie mais également par les aléas climatiques (neiges importantes, inondations...). Passage en revue de ces situations exceptionnelles...

1952 : la fièvre aphteuse

La fièvre aphteuse est cette épizootie que redoutent les éleveurs. C'est une maladie virale qui touche bovins, ovins, caprins, porcins et plus largement tous les animaux à sabots fendus. Elle est d'une grand contagiosité et a pour les éleveurs des terribles conséquences économiques.

Dans la période qui nous préoccupe sur ce blog, deux vagues sont à noter : l'une en 1938 et l'autre en 1952. Elle se manifestait par une température élevée, des aphtes et une surproduction de salive. Parfois les animaux atteints maigrissaient et s'ils parvenaient à s'en remettre, c'était rarement le cas pour les plus jeunes.

Elle n'était pas transmissible à l'homme ou alors rarement et avec des symptômes assez bénins.  

L'inquiétude suscitée par la contagion amenait alors les autorités à mettre en quarantaine certaines fermes ou métairies atteintes pour ne pas que se répande le virus d'un élevage à l'autre. La famille entière, réunie, vivait alors à l'isolement.

Aimé Boyer se souvient de l'épisode de 1952 :

" On déplorait beaucoup de pertes de jeunes bovins, les maisons étaient mises à l'isolement quarante jours durant.

Pour porter les prélèvements au laboratoire, on sollicitait les gendarmes qui étaient chargés de cette tâche. Il n'y avait pas de téléphone aussi pour communiquer, on avait posé une caisse dans la haie à la limite dela propriété. Un chiffon blanc déposé en vue signalait un besoin des habitants. C'était leur seul lien avec l'extérieur, leur seul moyen de communication bien ténu. Nous qui n'avions pas nos animaux atteints allions voir et prenions en charge : besoin de médicaments, de provisions ou autre... On reposait le torchon qui servait de signal quand le service était rendu. Aucun produit bovin ne devait sortir de la ferme, fumier compris. Des pédiluves étaient installés. C'était bien compliqué surtout que ces animaux comme les boeufs de trait ne pouvaient plus travailler. "

 

Dans les carnets d'Emile, on trouve la mention suivante de la main de Jean, le père d'Emile, datée du 27 février 1952 :

Paulette Durand, sa belle-fille, confirme la difficulté de ces moments  :

"En février 1952, j'ai accouché de ma première fille. Nous avons été très inquiets, c'était un bébé prématuré et fragile. Dans l'étable nous avions boeufs et vaches atteints de la fièvre aphteuse que le vétérinaire venait à peine de diagnostiquer. Les visites ont donc été proscrites et la plus grande prudence était de mise. Même le docteur pour venir ausculter le bébé prenait mille précautions pour s'approcher de chez nous en changeant notamment de chaussures à distance."

 

Quelques jours plus tard , dans le carnet on confirme la difficulté de la situation :

 

Les gendarmes sont venus pour établir un rapport sur la situation sanitaire. Etaient alors mises en quarantaine, les seules exploitations touchées par la maladies. Cependant, la période n'a pas duré plus d'un mois et le jeune bovin a été la seule perte. Les boeufs se sont remis et ont repris le travail pour passer la herse dès le 12 mars. Les visites à la ferme ont recommencé fin mars.

 

1956 : la neige et le froid

 

D'autres situations dues à la météo conduisaient parfois à des isolements forcés. Comme lorsqu'il y avait beaucoup de neige.

Paulette Durand se souvient :

"Certains hivers, la neige était si importante qu'il nous était impossible de quitter la ferme. Nous étions isolés du monde tant que la neige ne fondait pas, cela ne serait en général pas plus de quelques jours. En 1956, le grand froid nous a compliqué la vie. Les températures étaient telles que la glace sur la mare supportait le poids des boeufs et nous avions bien du mal à la casser chaque matin pour les abreuver."

Berthe Tissinier confirme :

"Durant cet hiver 1956 le confinement a dû être forcé et naturel mais dans les fermes il y avait de quoi subsister : du lait, des légumes secs, des volailles, des cochonnailles, du confit, du vin et de l'eau de vie !

On faisait du millas qui servait de pain et de dessert, les confitures de l'été, on faisait du beurre avec la crème de lait que l'on remuait pendant des heures dans une grande conserve, chacun à tout de rôle la secouait, cela vous faisait les bras !

La vie n'était pas la même qu'aujourd'hui, on allait chez l'épicier moins souvent. Et dès qu'on le pouvait, on s'entraidait entre voisins.

Le problème principal était pour avoir la visite d'un médecin si quelqu'un était malade..."

Des isolements qui ne duraient guère mais coupaient bel et bien les familles du reste du monde durant quelques jours...

 

Merci à Berthe, Paulette et Aimé pour leurs éclairages précieux.

 

Si vous avez des témoignages sur ces périodes particulières vécues dans les fermes et métairies lauragaises, n'hésitez pas à me les faire parvenir, je les publierai : lauragais@lescarnetsdemile.fr ou 0625549345

 

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Publié le 30 Mars 2020

Mercredi 30 mars 1960 - déchausser la vigne

Doux pluie le soir

Labouré et déchaussé* la vigne

Les Seloudres sont venus.

 

* cela consiste à dégager le pied du cep de la terre qui le recouvre

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Rédigé par Emile

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Publié le 29 Mars 2020

Mardi 29 mars 1960 - au moulin du poivre et au champ noir

Beau

Je suis allé à la sépulture de Benet

Fini de semer le fourrage en haut du champ de la Perrière

Fini de jeter l'ammonitore moulin du poivre et champ noir

Charrier les barres du fond du pré. Paulette est arrivée de Roou.

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Rédigé par Emile

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Publié le 28 Mars 2020

photo coll. J-C Rouzaud

photo coll. J-C Rouzaud

    

Les fèves avaient une place de choix dans les exploitations agricoles d'antan pour l’alimentation, qu'elle soit animale ou humaine, et la rotation culturale. On semait quand on le pouvait les graminées sur les légumineuses et vice versa.

 

Des semis avec le brabant - Semenar las favas

Aimé Boyer se souvient :

"On les semait le plus souvent, sur une milliaire, avec le brabant sans oublier d'incorporer le fumier.

À partir du 11 novembre suite au déménagement - au changement de borde pour les métayers - lorsque c'était le cas et jusqu’en février. On allait au champ avec un sac de fèves posé sur le brabant, sans oublier un petit panier. On faisant un premier sillon en rabattant le labour sur un bord de champ. C'était le labour à plat.

Et, au troisième sillon, le panier posé et bien calé sur le brabant, tout en menant les vaches qui savaient ce qu'elles avaient à faire. on semait en égrenant sans forcément s’appliquer à le faire graine par graine. Puis on posait le panier au sol, avant de tourner le brabant, on faisait trois sillons supplémentaires, et on reprenait le panier qui était resté au bout, Et on répétait cette opération sur un hectare environ."

 

Un sarclage difficile au début du printemps -sarclar et deserbar

Il poursuit :

« Quant elles était nées, il fallait les sarcler, ce n’était pas une mince affaire ! Elles avaient étés semées l’hiver donc la terre était molle. Cela signifie que le printemps venu, il n’y avait pas de terre meuble. C'était surtout le désherbage manuel qui était l’essentiel de l’action. Et quelques fois il fallait le faire deux fois avant quelles fleurissent."

Vers la table - A taula !

Apres la floraison, dès que le grain était formé, un premier ramassage permettait d'en déguster à croque sel.

En omelette, on faisait revenir les fèves dans la poêle et on vidait dessus les œufs battus. On les cuisinait en sauce, préparées un peu comme la mongetada. On les servait aussi en soupe avec des légumes classiques.  

Les petites fèves mélangées avec le pain dans la soupière et consommées aussi avec les légumes après la soupe. La soupe était une recette à base de pain. 

La soupe était épaisse tellement que la cuillère tenait debout dans l’assiette. Elles étaient cuites en purée, vidées sur le pain dans la soupière.  Quelle joie de déjeuner avec une assiette de soupe refroidie, un carré de lard coupé en dés, sur une tranche de pain tiré de la marque et arrosée du vin de la vigne. 

Cela constituait notre régime alimentaire journalier durant un bon mois de l'année."

 

La récolte des fèves sèches - batre las favas

« Quant elles étaient mûres bien noires, pied compris, on les ramassait le matin avec la rosée, sinon elles s’égrenaient. De petits tas étaient rassemblés toutes les trois ou quatre rangées. Il fallait aussi les charger sur les charrettes disponibles.     

Il fallait ensuite se préoccuper de la préparation du terrain pour les battre avec le rouleau en bois à traction animale.

La préparation consistait, sur un sol plat, à couper l’herbe en faisant glisser le dessous du sarcloir sans faire de trou dans la terre.On formait un espace circulaire, pour permettre à l’attelage de tourner sans faire de manœuvre. 

Le jour J, les fèves était étalées sur le sol en bonne couche en prenant soin de ne pas en mettre au centre, toujours pour la même raison de manœuvres à réaliser.  Le rouleau en bois tiré par nos braves vaches allait tourner en rond toute la journée. Cela s'entrecoupait de longues pauses. Quand on avait fais quelques tours sur les fèves qui craquaient sous le pois du rouleau, on écartait l’attelage hors de l'espace, à l'ombre, et avec la fourche on retournait les pieds. On brassait pour faire tomber les fèves au sol et redonner du volume à la récolte. On reprenait alors nos vaches qui en avaient profité pour ruminer.

On refaisait quelques tours de plus et on allait délier les vaches qui avaient suffisamment tourné en rond.

 

Puis c'était à notre tour de jouer, équipés de chapeaux, un mouchoir calé dessous comme les légionnaires, on tournait en donnant du volume on faisait tomber les dernières fèves rebelles accrochées aux fanes. On faisait plusieurs tas de toutes ces tiges et feuilles qui n’étaient pas tombées car elles allaient être rentrées à l’abri pour être consommées plus tard en récompenses à nos bonnes vaches.

Avec le revers du râteau à foin, on poussait pour faire plusieurs tas de graines mais aussi de résidus divers : feuilles, tiges cassées, fanes écrasées sans oublier de la terre portée du champ avec les racines et du sol de battage.

On installait ensuite au pied d’un tas, une ou deux couvertures ou draps. Et on posait dessus le moulin, à ventiler à traction manuelle. Toute la famille participait, chacun avait son poste, avec pour mission de remplacer de temps en temps le chauffeur.

Avec une pelle ou un seau ont alimentait la trémie, quelqu’un tournait le ventilateur qui activait aussi plusieurs grilles de différentes dimensions superposées en étages et animées en va-et-vient. Elles étaient suffisamment inclinées pour que les fèves descendent sur une dernière grille de dimension adaptée afin d'éliminer les derniers rejets trop lourds pour le ventilateur comme la terre par exemple. 

Une personne était chargée de récupérer les graines et de remplir des saches pas trop abondamment : il allait falloir les monter au grenier. 

Pour les derniers débris laissés sur place, la basse-cour, les pigeons, pies et corbeaux allaient s’occuper du nettoyage sans oublier les tourterelles et oiseaux nombreux.

 

Toutes ces graines, une fois la semence réservée de côté, étaient consommées de différentes façons selon les animaux. »

 

 

Merci à Aimé Boyer pour son témoignage ainsi qu'à Jean-Claude Rouzaud pour le partage de ses clichés.

 

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Publié le 26 Mars 2020

Samedi 26 mars 1960 - Les pommes de terre de Stapin

Vent d'autan pluvieux

Travaillé à la vigne

Semé les pommes de terre de Stapin

Je suis allé chercher Paulette à Roou que* Régine est malade

* construction empruntée à l'occitan que à la place de parce que

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Publié le 25 Mars 2020

Coll. Serge Arnaud

Coll. Serge Arnaud

Le vent d'Autan qui souffle si souvent souvent dans le Lauragais renvoie à quelques écrits d'Emile.

La gêne qu'il occasionnait dans les activités du travailleur y est souvent sous-entendue. Une légende dit même que, dans l'ancien code pénal toulousain à la période médiévale, les crimes commis en période d'Autan bénéficiaient de circonstances atténuantes au regard des effets perturbateurs de ce vent sur la raison.

Mais qu'il s'agisse du vent de Cers ou du vent d'Autan, on remarque dans les carnets leur omniprésence. Leur violence n'est pas sans conséquences sur les récoltes ou les habitations. Ainsi au mois de juin 1956, le vent a fait s'abattre un arbre près, très près de la métairie ; on verra qu'il a emporté le fourrage de grain qu'on venait de faucher dans le champ voisin le jeudi 27 septembre entre autres exemples...

Emile dénomme le plus souvent vent marin le vent d'autan lorsqu'il l'évoque. Ce vent de la mer est cependant riche de très nombreuses nuances que Claude Rivals a recensées sur une Rose des vents. Ce vent des fous ou vent du Diable a tendance à faire oublier parfois la prédominance du vent de Cers en raison de sa violence et de ses rafales capricieuses : 2/3 vent d'Ouest - Cers donc - pour 1/3 vent d'Est, vent d'autan et ses nuances. Les relevés réalisés quotidiennement par Claude Bouche durant les vingt dernières années confirment que c'est toujours.

Cette proportion, si on prend les Carnets d'Emile pour l'année 1956, n'est absolument pas mise en lumière. La gêne occasionnée par le vent d'Autan au travailleur lui vaut la majorité des citations. Ainsi sur 113 évocations du vent au cours de l'année, 11 sont indéterminées, 14 évoquent le vent de Cers (accompagnées souvent d'un qualificatif "fort" ou "très fort") quand 88 sont relatives au vent d'Autan (qu'il soit "léger" ou "violent", en "rafales" ou "bourrasques").

Une année entière en Lauragais compte très peu de jours sans vent. Il vaut au Lauragais une orientation bien particulière de ses habitations, parallèles à ces vents dominants, pour préserver les huisseries, les tuiles mais aussi pour que la poussière des travaux de ferme n'evahissent pas les habitations. Celles - rares -ne respectant pas cette orientation étaient dites mal viradas (mal tournées).

Merci à Claude Bouche pour ses relevés minutieux des vents du Lauragais ainsi qu'à Serge Arnaud pour les cliches des moulins baziégeois.

 

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Le père d'Emile sur le moulin à vent qu'il avait fabriqué lui-même

Le père d'Emile sur le moulin à vent qu'il avait fabriqué lui-même

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Publié dans #Lauragais, #Lauragais agricole d'autrefois, #Occitanie, #météo

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Publié le 23 Mars 2020

Mercredi 23 mars 1960 - début des travaux à la vigne

Vent d'autan

Avons semé du fourrage à la pièce du jardin. Commencé à labourer la vigne

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Publié le 22 Mars 2020

Mardi 22 mars 1960 -  près du jardin

Vent d'autan fort

Avons travaillé un bord au champ sous le jardin et au jardin.

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Publié le 21 Mars 2020

Lundi 21 mars 1960 -  les fèves et les asperges

Sarclé les fèves et les asperges 

Huguette a manqué l'école parce que elle a pris froid

Commencé de souper à 5h 1/2

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Publié le 19 Mars 2020

Samedi 19 mars 1960 - l'orge et le blé

Beau 

Le matin fini de charrier le bois pour Mme Castaing

Le soir mis pour la 2e fois 500 kg d'ammonite au blé de la pièce du jardin et pour la 1ère fois à l'orge de la pointe 400 kg

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Rédigé par Emile

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Publié le 18 Mars 2020

Lauragais d'Autrefois (56) : 2e partie de L'histoire de Pépé

Pierre Touja m'a contacté pour me parler de son enfance dans le Lauragais des années 30. Dans la première partie (qu'on peut retrouver en cliquant ici), il révélait que ses parents, originaires de Gardouch, travaillaient au château de Dabeaux où étaient  alors accueillis des enfants qui avaient des difficultés familiales. A peine âgé de trois ans, le petit garçon échappant à la surveillance de ses parents, fut victime d'un accident. La faucheuse dans le pré, suite à un mouvement des animaux de trait, lui sectionna définitivement la jambe gauche. On lui sauva cependant la vie.

 

Grandir

Et c’est ainsi que je grandis à Dabeaux au fil des ans sans plus être un enfant caché. Les effectifs du château grossirent et on eut plus que jamais besoin de mes parents. Mon enfance fut rendue singulière par mon absence de jambe et les tentatives que l’on fit pour la compenser furent couronnés de succès très mitigés. Les prothèses pouvaient alors peser jusqu’à 8 kg, ce qui est bien lourd pour le dos fragile d’un jeune enfant en plein croissance. Pour ne pas le léser davantage, on revint quelques temps à des béquilles de fortune d’une fabrication simple et rudimentaire.

L’enfance reprit bien vite ses droits. Je rentrais souvent à Gardouch passer quelques vacances chez mes grands-parents, ma tante et mon oncle qui me choyaient. L’insouciance chevillée au corps, j’avais cependant conscience d’avoir un statut un peu spécial. Je lisais souvent dans le regard de mes camarades la curiosité que mon état leur inspirait.

 

Des étés insouciants

L’été, nous nous baignions à l’abreuvoir au bord du Canal. Robert Boulech, l’instituteur, nous recommandait d’attendre que les péniches s’éloignent car leurs fonds plats soulevaient la vase mais nous étions trop impatients et replongions aussitôt. Aux voûtes de Villefranche, nous organisions des concours de natation et, malgré mon handicap, je me débrouillais plutôt bien à ma grande fierté.

 

Une opération dans la cuisine

L’adolescence venant, la croissance de ce qui restait de tibia et de péroné devenait dangereuse et provoquait des risques de blessures sur le moignon. Nous consultâmes le docteur Paul Izard qui estima qu’une nouvelle opération devenait nécessaire. On ne m’en dit pas grand-chose sur l’instant. On essaie toujours de préserver les enfants des peurs qu’on pourrait leur provoquer.

Un jour on m’indiqua que le vendredi suivant, je ne mangerais pas ou alors rien d’autre que du chewing gum . La date de l’intervention redoutée avait enfin été fixée.

La cuisine de mes grands-parents fut, ce jour-là, entièrement recouverte de draps tendus. Je me souviens encore de l’arrivée la voiture du professeur toulousain. Sur la galerie, une table avec un piètement métallique avait été solidement fixée.

Il était flanqué de son assistante qui ne fit pas montre d’une bienveillance débordante même au moment de m’endormir à l’aide d’un masque à l’éther. « Respire, petit, respire », m’encourageait le docteur Izard. Sa présence me réconfortait grandement.

Et c’est ainsi que je fus opéré dans la cuisine gardouchoise de mes grands-parents par un bel après-midi. Dehors le soleil brillait.

La convalescence dura quelques temps. On prit le plus grand soin de moi.  On me nourrit de pigeon pour me rendre mes forces et, pour me distraire, ma tante me promenait grâce à une brouette dans son jardin au bord du canal.

 

Les années passant, l’adolescent laissa place à l’homme. Et tout au long de ma vie, j’ai pu voir les progrès de la technologie médicale et les prothèses qui sont devenues de plus en plus perfectionnées, légères et ergonomiques. Comme elle est loin cette première prothèse si lourde dont on m’harnachait et qui me déformait le dos. Je garde de ces années le souvenir d’une enfance singulière au cœur du Lauragais avec en point d’orgue cette opération, un vendredi après-midi dans une cuisine villageoise.

 

 

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Publié le 18 Mars 2020

Vendredi 18 mars 1960 - charrier du bois

Beau frais

Le matin coupé et charrié des arbres secs au jardin de Barbaste et charrié du bois du verger

Le soir charrié du bois pour la Ginelle

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Publié le 17 Mars 2020

Jeudi 17 mars 1960 - transvaser le vin

Brumeux

Avons transvasé le vin pour la 2e fois.

Il reste 4 demi-muids et 2 barriques de 250.

Alfred est venu chercher 2 paires de pigeons.

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Publié le 16 Mars 2020

Mercredi 16 mars 1960 - Scier

Fortes averses de pluie 

Fait des manches et scier des barres pour le feu

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Publié le 14 Mars 2020

Le canal du Midi par B.Alasset (Insta : bruno31290)

Le canal du Midi par B.Alasset (Insta : bruno31290)

Pierre Touja - dit Pépé - m'a contacté pour me confier son histoire, l'histoire d'une enfance singulière au coeur du Lauragais des années 30 et 40. Elle est jalonnée de journées ensoleillées au bord du Canal du Midi mais aussi d'un accident qui a changé le cours de son destin. Je l'ai mise en mots en espérant lui avoir été fidèle.

"Je suis né dans le Lauragais des années 30, à Gardouch, alors que mes parents n’étaient encore que de très jeunes adultes. Le vert Canal du Midi y glisse lentement entre les arbres tel un serpent calme. Mes grands-parents y habitaient. 

Mon père, Etienne, pour gagner sa vie et la nôtre, participait à divers travaux saisonniers à la journée : fenaisons, battages, vendanges…  Il louait sa force, ses bras et l’énergie de sa jeunesse dans les bordes alentours alors que la mécanisation, timide, avait décidé de se faire attendre encore un peu. Ma mère, Germaine, faisait des ménages, de l’entretien dans les maisons dont les familles voulaient bien la solliciter. 

Monsieur Robert, l’instituteur du village, un homme très apprécié, leur faisait le cadeau de son amitié bienveillante. Cet homme était membre du conseil d’administration du château de Dabeaux à Aurignac où étaient alors accueillis et scolarisés des enfants qui avaient des difficultés familiales. 

 

L’enfant caché

Il offrit à mes parents l’opportunité inespérée d’avoir du travail pour chacun d’eux : Etienne mon père s’occuperait de la ferme et entretiendrait le château, ma mère Germaine y serait femme de maison, cantinière, lingère… Une condition difficile leur fut cependant imposée, une condition intenable pour de jeunes parents : les enfants ne pourraient les y accompagner. 

Mon très jeune frère fut confié à des amis toulousains provisoirement et moi, du haut de mes trois ans, je devins  l’enfant caché du château. Lorsque nécessaire, dès que les pas du directeur résonnaient dans les couloirs, je me dissimulais sous les grandes marmites de la cuisine, dans les creux du bois que mon père aménageait sur la charrette lorsqu’il rentrait des bûches et mille autres cachettes encore. 

 

Le drame

Un enfant caché n’en reste pas moins un enfant et alors que ma mère était occupée à laver du linge, j’échappai par une journée ensoleillée à sa surveillance et courus dans le pré retrouver mon père qui fauchait. Il était occupé à enlever le foin qui obstruait la bielle de la faucheuse lorsque je m’approchai. Les vaches qui tiraient l’engin eurent un mouvement et le drame se noua dans l’instant : ma jambe gauche fut sectionnée sous le genou.

On me conduisit dans l’urgence à la clinique de Saint Gaudens, le foin jugulait un peu l’hémorragie en faisant une sorte de tampon.

Aujourd’hui avec les progrès de la médecine d’urgence sans doute aurait-on sauvé ma jambe mais on me sauva bien plus ce jour-là puisqu’on me conserva la vie..."

(à suivre)

 

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Publié le 29 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (53) : tuer le cochon, dernier jour (épisode 4, tuar le pòrc)

La troisième jour de la fête du cochon. S'il se fait avec un effectif plus réduit n'en demeure pas moins très occupé.

voici, le concernant, les souvenirs d'Aimé.

 

"On s'occupe de la cuisson du salé. Les morceaux ont été mis au sel, la veille. Le matin on monte le chaudron, on y fait fondre la graisse .

On pose les morceaux de salé, en prenant soin de faire tomber l’excédant de sel, en tapant les morceaux sur le bord de la grasala.

On a préparé bien propres les salssiers (récipients en terre cuite vernis, pour stoker des denrées alimentaires.

 

Pendant ce temps, on coupe des longes de viandes réservées ainsi qu’une partie de foie pour les passer à la machine avec la grille fine. Pour faire le pâté. Déjà sur un coin de la table trônent les conserves en fer, elles sont propres et prêtes à être remplies. Bien-sûr,  cela se fera quand on aura assaisonné après l’avoir mélangée la chair à pâté. Ces boîtes une fois remplies on les apporte chez le forgeron du village qui a une machine à sertir. au retour on pose ces boîtes bien calées avec des chiffons dans la lessiveuse pour les cuire et les stériliser.

 

La veilles, après souper, les hommes ont mis le jambon au sel. Deux ou trois hommes prennent alors un grand torchon préparé à cette fin, on pose une couche de sel puis le jambon. Enfin, on remonte doucement le torchon sur les côtés pendant qu’un autre pose une couche de sel de manière étanche tout autour entre le torchon et le jambon. Avec une grosse aiguille de bourreliers et de la ficelle de cuisine., on coud méticuleusement.Auparavant on n’avait pas oublié de poivrer copieusement autour de l’os et de toute la partie découverte, sans couenne.

 

On a aussi mis la cansalade, et le lard dans du sel et poivre, avec beaucoup d’attention, ces morceaux seront entreposées dans la maison, dans une pièce aérée, pendus.

Il reste enfin à se mettre au nettoyage de la maison et des dépendances, à la lessive des torchons et tabliers et au rangement de tout le matériel."

Merci à Aimé pour son témoignage et à Christiane Bruno pour le cliché.

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Publié le 23 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)
Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)

La neige n'est pas d'une fidélité exemplaires aux coteaux du Lauragais . Aussi lorsqu'au cours d'un hiver, elle fait son apparition et reste un jour ou deux l'événement est de taille...

Dans les métairies, dans les années 40 et 50, on avait tôt fait d'organiser quelques parties de rires et de glissades avec l'aide de bâtons bien choisis et des douelles de tonneaux en guise de planches de ski.

La neige, furtive apparition, surtout au mois de février...

  • Nèu de febrièr es coma d'aiga dins un panièr, se s'ajoca coa coma una cloca

La neige de février est comme de l'eau dans un panier, si elle s'installe elle couve comme une glousse.

  • Al mes de febrièr, la nèu cocha pas sul fumièr.

La neige de février ne passe pas la nuit sur le tas de fumier.

Voici quelques scènes des hivers d'antan grâce aux photos de la famille Nardèse que je remercie pour ce partage.

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Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)
Lauragais d'Autrefois (52) : Y aura-t-il de la neige à la borde ? (la nèu a la bòrda)

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Publié le 21 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (51) : la saucisse, les tastets, les costelons (Tuer le cochon, épisode 3)

Après les précédents posts consacrés au jour du cochon, la journée suivante est consacrée aux préparations et aux salaisons.

 

Tôt le matin, le cochon est dépendu, transporté jusqu’au lieu de transformation – le plus souvent une remise aménagée avec des tables à tréteaux - et découpé de bonne heure. Souvent le saigneur dirige les opérations et effectue lui même ce découpage.

 

La découpe

"Les deux quartier de porc sur la table, on a défini les besoins, combien de jambons, de cansalade (poitrine roulée salée), de lard, de jarrets. Il déballe son attirail de la sacoche, il y a des outils nouveaux, scies à métaux, couteaux à désosser, petite massette, etc… Il sépare et n’oublie pas de garder dans les morceaux de choix, la carbonade prévue pour  griller... ", se souvient Aimé.

Costelons, lard, jambon, poitrine, viande pour saucisse et saucisson, carré, filet sont ainsi séparés. D'un côté, les morceaux qui seront mis en salaison, de l'autre viande et gras qui serviront pour saucisse, saucissons et pâtés.

Après un petit déjeuner au cours duquel quelques morceaux de choix ont été grillés, la viande pour chacune des spécialités est hachée et assaisonnée. D'abord à la main puis plus tard et selon les traditions de chaque borde avec les machines à couper et à empocher.

 

Les tastets

Sel et poivre sont pesés ou parfois simplement a vista de nas (à vue de nez) et ajoutés. Une femme est alors chargée à bras nus de mélanger dans une grasala pour arriver à un mélange homogène et équilibré. L’opération est répétée à plusieurs reprises avant de réaliser saucisse puis saucissons. On propose régulièrement des tastets, ces petits échantillons qu'on pose sur la grille et qui permettent de goûter pour juger de l’équilibre de l’assaisonnement.

Ce moment réunit beaucoup de monde et est l'occasion de faire une pause autour d'un verre de vin. Lorsqu'on arrive à l’assaisonnement souhaité, les travaux se poursuivent. L'avis du saigneur est souvent prépondérant.

 

La saucisse, les saucissons

Aimé poursuit : " Les femmes embuquent la saucisse, avec les mains un entonnoir adapté pour la grosseur des boyaux.Mais avec la machine qu’a apportée la voisine, elles contrôlent mieux le tassement.  Le geste est précis, il faut faire glisser la bande de boyaux sur le bec de l’entonnoir, en tournant lentement et en tenant le réservoir plein pour éviter les poches d’air et piquer de temps en temps  l'aiguille. "

Pendant ce temps, un homme se charge des jambons qu’il assaisonne avec précision en faisant pénétrer sel et poivre dans tous les interstices de la viande. Il les enferme ensuite dans des torchons de coton blanc avant de les suspendre à une poutre pour qu’ils sèchent lentement.

"Après le repas, les hommes ont posé le chaudron en fonte sur le feu pour faire la graisse douce. Ils se sont mis à pendre le boudin. Une barre de saule déjà est posée sur le dossier de deux chaises. Le pichon - c’était moi- assis sur une chaise empêche les chaises de basculer avec le poids à venir. Les boudins les plus longs sont attachés  chaque extrémité à la barre, les plus courts d'un seul côté.

La barre est ensuite attachée aux chevrons du plafond.

 

Ils se sont mis ensuite à pendre la saucisse, cette manœuvre consistait à attacher le bout, et toute la suite enroulées au tour de la barre à la distance ne pas toucher. La hauteur réglée pour avoir une jolie barre bien régulière, chaque bande de saucisse était attachée à la suivante"

 

Les femmes se sont mises elles à préparer les saucisson qui seront ensuite pendus à leur tour.

La graisse fondue est récupérée dans des pots de grès.

 

" On a bien sûr récupéré les fritons... Mais il reste encore à faire pour le lendemain. Le soir après le souper, on met en place le salé. Dans une grasala, une couche de gros sel ménager, une couche de viandes, os, bas morceaux et ainsi de suite... En sachant, que la viande ne s’imprègne que de besoin."

 

Récit du dernier jour à venir dans le prochain post

 

Je remercie Aimé pour son éclairage et la famille Nardèse pour la photo transmise.

 

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Publié le 10 Février 2020

Mercredi 10 février 1960 - le tracteur enlevé

Vent d'autan gelée

Sorti du terrier à la pointe. Les Rouzau sont venus prendre le tracteur pour le réparer. Je suis allé à Roou. Paulette en Estève

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Publié le 8 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (48) : Tuer le cochon (tuar le pòrc) (épisode 1)

Dans les années 40 et 50, à la métairie, parmi les éléments importants de l’alimentation familiale, il y a le cochon. Tuer le cochon était un des moments importants qui rythmaient la vie des familles paysannes du Lauragais comme les vendanges ou les battages...

 

En janvier ou février, vient donc le moment de tuer le cochon qui a été nourri et élevé une dizaine de mois. Il consomme du maïs qu’on réduit en farine ou dont on fait une sorte de bouillie, des restes de table, des pommes de terre qui se sont mal conservées et qu’on a faites bouillir. Il faut que l’animal soit gras mais pas à l’excès et c’est d’un œil expert qu'on estime le temps venu.

Le jour choisi, on espère qu’il ne fera pas un vent d’autan trop fort car d’une part la température extérieure remonte, ce n’est pas souhaitable et d’autre part, on considère que les conditions atmosphériques propices à la conservation de la viande ne sont pas réunies.

Aimé se souvient : "Déterminer la date faisait l'objet de beaucoup d'attention : cela ne devait pas avoir lieu lors de la lune nouvelle. Elle était défavorable à la conservation des viandes. S'il s'agissait d'une truie, on faisait attention à la date de ses chaleurs. Elles duraient trois ou quatre jours. On vérifiait que l’emploi du temps ne soit pas occupé, il fallait en effet compter près de quatre jours de travail sans répit."

 

Se préparer

Toute la journée de la veille, la maisonnée s’est affairée aux derniers préparatifs matériels pour que tout se déroule au mieux : on a installé des tables à tréteaux dans la remise pour les travaux de transformation de la viande, les stocks de sel et de poivre ont été refaits, les chaudrons et les grasales, ces grands récipients de terre vernie pour faire les préparations ont été récurés, les torchons à jambon repassés. On a nettoyé la maie (la mait) qu'on a remplie d'eau quelques jours avant pour la rendre étanche en faisant gonfler le bois. En cuisine, on a commencé à jouer des marmites et des ustensiles dès potron-minet : la tablée du soir sera large et affamée. On s’inquiète : y en aura-t-il suffisamment ?  On fait montre de sa générosité et de son envie de partage lors des ces grandes occasions qui sont de grosses journées de labeur mais conservent aussi un petit air de fête. Aimé ajoute "Il y avait les repas (de fête) à préparer pour plus de dix ou douze personnes durant deux jours pleins. Au moins cinq hommes et quatre ou cinq femmes dynamique, et les enfants."

On a en effet prévenu quelques jours plus tôt la famille proche, les amis, les voisins afin que tous puissent apporter leur aide le grand jour.

 

Le jour du cochon

Le saigneur vient avec ses outils, ses longs couteaux aux lames effilées et affûtées de frais et quelques racloirs. Il n’est nullement impressionné il tue beaucoup de cochons au cours de la saison hivernale, son savoir-faire et sa précision sont appréciés. "Il déballe sa musette, type sacoche du facteur, la pose sur une balle de paille. Il passe un coup de fusil pour aiguiser les couteaux, démêle ses cordes de plusieurs dimensions et vérifie l’installation la maie.

Il rentre enfin dans la porchère avec une poignée de maïs, le porc étant à jeun depuis la veille et passe avec son savoir faire la corde dans la gueule calée derrière la mâchoire,  des hommes entrent à leur tour et attachent les pattes avec un double nœud. On installe ensuite l'animal sur la maie rétournée. Plusieurs hommes le tiennent fortement par les pattes avant que le saigneur ne fasse son œuvre. Une femme est là avec une bassine, pour récupérer le sang, qu’elle brasse fortement, pour empêcher la coagulation."

Le sang est récupéré et débarrassé de ses impuretés en étant agité manuellement, on en extrait alors ce qui a coagulé.

Le porc est ensuite installé dans la maie pour être ébouillanté puis raclé pour ôter les soies, les pieds sont récurés soigneusement. Pour terminer le nettoyage puis être éviscéré, il est ensuite pendu par les pattes arrière. « Quand on estime, qu’il est correctement propre, qu’il n’y a plus de soies, il faut soulever la maie, la poser sur une cale, l’eau s’accumule au point bas  pour être récupérée,  dans un panier posé sur un seau pour trier les soies, de l’eau et éviter que les volailles de la basse-cour ne les consomment, ce qui pourrait leur provoquer une occlusion  Le saigneur est devenu charcutier, avec une coutèle, il a procédé aux premières entailles, le palonnier va être installer pour hisser le cochon en hauteur… Avant de passer  la suite, on faisait parfois une pause en buvant un petit verre de vin.»

 

La suite des opérations à suivre dans un prochain post…

 

Je remercie Aimé pour son éclairage précieux et la famille Nardèse pour ses fabuleuses photos.

 

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Un événement important de l'année chez les familles lauragaises d'alors
Un événement important de l'année chez les familles lauragaises d'alors

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Publié le 1 Février 2020

Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)

Le bouleversement qu'a constitué l'arrivée du tracteur dans les campagnes lauragaises a été évoqué ici à  plusieurs reprises. Que ce soit à travers l'émotion d'Emile rencontré au mois de septembre (article ici) ou la présentation d'un tracteur à chenilles (voir ici) ou encore des documents au sujet de l'abandon des boeufs pour l'engin motorisé (voir là), la radicalité de ce changement dans les pratiques de travail, la peine allégée du labeur se font jour de façon évidente. Le glissement ne s'est pas fait sans discussion au sein des familles, les anciens étant parfois un peu dubitatifs ou récalcitrants face au progrès, ni quelques craintes face à ces nouveaux engins à dompter ou bien encore quelque retard lorsqu'on était dans un contrat de type métayage.

Outre les photos, ce sont parfois des documents d'époque qui nous ramènent à cette réalité comme ici ce manuel d'instructions d'un Massey Ferguson le fameux MF 835 DS qui a été fabriqué de 1956 à 1964 et dont voici quelques extraits.

Au dessous, un nouvel extrait de la brochure éditée alors par le ministère de l'agriculture "Savez-vous utiliser votre tracteur ?" et déjà présentée ici.

Merci à Marie-Pierre Guisti pour le partage de sa trouvaille sur le MF 835 DS.

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Lauragais d'Autrefois (47) : entretenir le tracteur (entreténer le tractor)
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Publié le 30 Janvier 2020

Le foirail de Baziège

Le foirail de Baziège

La traction animale, lorsqu'elle était encore la force motrice principale de travail, générait beaucoup de transactions. Il était important pour le paysan d'avoir des paires de boeufs homogènes, dociles, calmes et beaux. Les nombreuses foires et multiples marchés drainaient vendeurs et acheteurs de tout un territoire.

Aux grande foires de Salies-du-Salat, Mirepoix, et aussi dans l’Aveyron, on trouvait de solides et rudes animaux qui avaient passé l’été en estive. La race gasconne à la robe gris foncé, excellente pour la traction, était particulièrement prisée. 

La mena

Pour les acquérir et les récupérer, les maquignons partaient en voiture à plusieurs et revenaient à pied en accompagnant les bêtes. Ce déplacement étaient appelé la mena en occitan.

Aimé se souvient : "A deux reprises, j’ai été invité à participer, à cette aventure. Car, oui, c’était une aventure ! Les maquignons se regroupaient et partaient la veille avec une auto (une traction avant Citroën 15 ou 11). Le lendemain, dès 3 heures du matin, les meneurs, s'arrêtaient en route pour un petit déjeuner. Puis,  en arrivant, on commençait à rassembler les animaux marqués avec les ciseaux, au dessus de la cuisse, à côté de la queue. Le troupeaux était composé de bœufs, de braus (veaux d'un an environ), de vaches, de génisses. 

Vers deux heures de l’après-midi, nous étions prêts pour la première étape. Ces animaux qui descendaient de l'estive se regroupaient assez rapidement. Lorsque nous sortions de la ville, les rues avaient été désertées pour l’occasion. Une fois dans la campagne, j’ai compris pourquoi j’avais été invité.

En effet, sur la route, les bêtes commençaient à prendre le large, dans les champs autour, il y avait de l’herbe, des arbres, autant de tentations pour eux.

       J’avais 16 ou 17 ans et j’étais très véloce, pour traverser le fossé, un bond me suffisait. Mais les bêtes repartaient de l’autre côté.  Pichon - c'est ainsi qu’on m’appelait -  passa delà ! me criait-on (Petit, passe là-bas !). Nous suivions les chemin de traverse (les carretals) qui étaient bien entretenus en raison des passages fréquents. Il n’y avait pas des chemin empierré, il y avait des sources à niveau constant.      Plus loin en avant, les deux voitures passaient au devant pour vérifier les obstacles possibles et prévenir les agriculteurs du passage du troupeau Il valait mieux que leurs bêtes ne voient pas le troupeau qui déambulait."

 

Station de nuit

        La nuit avec les animaux avait était prévue au préalable. L'arrêt se faisait chez des amis, des connaissances. Un carré de pré avait été clôturé pour l'occasion, avec des piquets et des fils, il y avait du foin et de de l’eau.

       Aimé poursuit : "Nous allions manger, à tour de rôle, une portion au restaurant du coin. Les maquignons dormait à l’hôtel et nous, les meneurs couchés dans la paille, dans une couverture, au plus près des animaux. Ça faisait partie du jeu. Nous repartions le lendemain, tôt, dès le point du jour."

 

Un curieux cortège

"En route, on nous apportait un copieux petit déjeuner fait de la cochonnaille et autres victuailles bien arrosées. En route les gens venaient nous voir passer : les enfants, les anciens qui nous racontaient leurs parcours.

      Nous arrivions enfin à Caraman à la tombée de la nuit. Là on rejoignait un pré, aménagé comme celui de l’étape. Des amis des maquignons venaient récupérer les animaux de chacun d'entre eux. C’était un moment agréable, nous passions presque pour des héros. Et j'ai eu la chance de vivre cette expérience."

              

L'arrivée du camion, la fin de la mena

"Nos maquignons se sont ensuite cotisés pour acheter un gros camion, s’allouer les services d'un chauffeur et ont fait aussi du transport pour d’autres personnes. En suivant cet exemple, d’autres personnes se sont équipées à leur tour de petites bétaillères et portaient des animaux chez les particuliers ou sur les marchés de la région. Veaux, porcelets, etc...

          Certains sont devenus négociants en jeunes veaux (repopets).

Aujourd’hui bien-sûr, rien n'est plus pareil. Tout ce système commercial a disparu. Sur la canton de Caraman, au début des années 60, on recensait plus de 5000 têtes de bovins, aujourd'hui je crois qu'il y en a à peine plus de 600".

 

Merci à Aimé pour ce témoignage très éclairant et rare et à Serge Arnaud pour le document iconographique.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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