Lauragais d'Autrefois (104) : le régisseur, le métayer et la futaille du château

Publié le 20 Novembre 2020

photo d'illustration

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Parfois le propriétaire de la métairie en possédait plusieurs, pour coordonner et superviser certains travaux, il avait un régisseur. Voici le témoignage au sujet de ces rapports - pas toujours simples - entre régisseur et métayers dans le lauragais d'autrefois que nous confie aujourd'hui Aimé :

"Le lavage des barriques au château fait partie des travaux que devait le métayer au bailleur. Comme la granda Bugada,  couper et fendre le bois, nettoyer les greniers ou encore tailler les haies du parc ou même approvisionner l’eau des citernes du château. etc…

La granda bugada, la lessive a été détaillée dans Ceux de la Borde Perdue (voir https://www.bordeperdue.fr/post/chapitre-14-a-la-granda-bugada )

Laver la futaille faisait partie de ces corvées.! Pour avoir du bon vin, il fallait aussi avoir des récipients propres non seulement à la décuvaison mais aussi dans le courant de l’année car il fallait transvaser deux ou trois fois.

D'abord, le régisseur venait la veille avec son petit chapeau et ses bottes de cheval bien cirées.

Après avoir fait un tour dans l’écurie,  il nous disait : "demain on lave les barriquessans demander si l'on pouvait. Donc à l’heure dite, le lendemain, nous allions à la cave où un copieux petit déjeuner nous était proposé. Au menu : boudin, jambon, lard, quelquefois un fromage, un fruit du verger du château, et du vin à volonté

Il y avait aussi bien-sûr la marque de pain, dans laquelle chacun coupait une tranche, avec son propre couteau  du type Opinel ou autre...

Eh oui, le couteau faisait parti de la panoplie du paysan, car avec la traction animale, il arrivait  parfois d'avoir à délier les attelages  en urgence  : charrette, renversée, rouleau coincé à un arbre, essaim de guêpes...

Il fallait couper les juilles (lanière servant à attacher le joug sur la tête des boeufs) qu’on réparait plus tard avec des rivets plats, le marteau, le pli de la charrue renversé en guise d’enclume, sans oublier l’alène (poinçon) pour faire le passage pour le rivet.

Nettoyer la futaille consistait à vider un ou deux seau d’eau dans la barrique par l’orifice qu'on appelait infonil . Quelquefois, on faire descendre une chaîne à l'intérieur pour décaper le tartre. On l' attachait avec un fil de fer coincé avec la bonde et replié sur celle-ci.

On se mettait sur le côté de la barrique, une main à chaque tête, on faisait balancer. Celle-ci étant oblongue, ce geste n’était pas trop pénible. Une fois lancée, elle se balançait presque seule, il n’y avait plus qu’a changer les mains de place pour la faire tourner, sur place.

Après plusieurs tours il fallait la vider après avoir enlevé la bonde : on la faisait rouler sur une échelle couchée au sol ! Ceci était répété deux ou trois fois. Ici le régisseur intervenait, il sentait dans la barrique. S’il avait un petit différent avec un métayer, il la lui faisait laver plusieurs fois ! Ce qui n’arrangeait pas les rapports.

Le foudre de 500 litres était plus difficile à manoeuvrer : l’ovale de l’ellipse était plus court, il fallait se mettre à deux et bien s’entendre. 

Tout au long de ce travail, chacun avait son verre du déjeuner et allait de temps en temps au robinet de la barrique sans restriction."

 

Sincères et amicaux remerciements à Aimé Boyer pour le partage de ses souvenirs.

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois

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