Lauragais d'Autrefois (97) : une naissance à la campagne

Publié le 3 Octobre 2020

archives personnelles

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Aimé Boyer m'a fait parvenir ce témoignage, celui de sa naissance telle qu'on la lui a racontée :

"Je suis né l’année où Hitler a pris le pouvoir en Allemagne, en 1933.

On m’a dit que ce jour-là, il y avait beaucoup de neige. Il n’y avait pas de téléphone et moi j’ai décidé qu’il fallait aller voir. Mon père est allé chercher le voisin, A.B., faire appel aux voisins c’était fréquent et incontournable en ce temps-là.

Un long chemin enneigé et semé d'embûches pour prévenir le médecin

A. B après avoir salué ma mère et vu la situation, est parti à Caraman à 12 km pendant que son épouse est restée, prête à devenir en sage femme.                                                         

Le trajet ne fut pas simple. Il a pris le vélo mais au bout de quelques kilomètres, il l'a jeté dans le fossé et a continué à pied car il y avait vraiment trop de neige.

En outre, il n’y avait pas de chemin pour aller jusqu'à la route. Pour la rejoindre, ils y allaient en sabots, changeaient de chaussures, et cachaient les sabots sous un buisson, une racine d’arbre. Malgré ces précautions, quelques farceurs déplaçaient parfois les sabots, il fallait rentrer pieds nus.

Il n’y avait pas non plus de pont pour traverser le ruisseau, les attelages passaient à gué ; il fallait attendre que l’étiage soit modéré. Pour traverser à pied il y avait une passerelle, un arbre couché en travers du ruisseau, équarri à la hache, une branche d’acacia, ou autre bois, bricolé en guise de parapet ou bien, dernière solution, il fallait faire un grand détour.

Pendant tout ce temps, mon père alimentait le feu pour que la maison soit chaude quand l’enfant arriverait. On ne savait pas le sexe du nouveau venu. Il portait aussi de temps à autre de la braise dans un chaudron dans la chambre, il n’y avait pas le chauffage central. Le feu était alimenté par de grosses bûches ou arbres fendus avec les coins et la masse et bien-sûr du petit bois. Le feu tenait une grande place dans les maisons surtout en agriculture pour avoir l’hiver de l’eau chaude et faire cuire toute la nourriture.

Notre brave voisin, après un long trajet compliqué, est enfin arrivé chez le docteur qui n’était pas là ; il était route de Saint Anatoly pour aider à la naissance de N., qui est devenu plus tard mon copain de classe et de jeunesse.

Après, sans doute un remontant, en l’honneur du nouveau venu, ils ont repris la route via Caraman et se sont arrêtés au cabinet du docteur pour refaire la trousse de matériel médical stérile.  

Et tous ces événements se sont passés au petit matin. Je n’ai jamais su, comment ils étaient venus à pied ou à cheval. Ma mère assistée par la voisine, se faisait beaucoup de souci et commençait à trouver le temps long.

​​​​​​​Un enfant est né 

Enfin ils sont arrivés, et le docteur s’est occupé tout de suite de ma mère, et de moi. Je me garderai de détailler tous les gestes qui suivent une naissance, juste vous dire q’on m’a enveloppé dans des langes en tissu que mon père avait pris soin de réchauffer, pendus au dossier d’une chaisedevant le feu.

Je suis né pauvre, dans une chambre sans chauffage, et sans lumière.

Le bon docteur et notre dévoué voisin n’avaient pas déjeuné quand tout a été terminé et moi endormi. Vers dix heures, mon père a fait réchauffer une soupe de pain tranché en fines lamelles tirées de la marque de deux kilos, sans doute du boudin, saucisse car en décembre on avait souvent rangé le cochon.

Et pendu au plafond, ceci raconté par le docteur plus tard, quand j’allais à l’école : une pleine grille de moineaux ; mon père n’était pas braconnier mais l’hiver, comme l’a chanté Jean Ferrat, « la caille et le perdreau, et la tomme de chèvre…  En dessert sans doute des noix, amandes, noisettes et l’incontournable confiture maison, du vin tiré de la barrique du fond de la cave.

Pour l’occasion, mon père a ouvert une bouteille de prune de l’année, histoire de goûter. Il n’y avait pas de café.

La longue histoire de la bouteille 

Cette bouteille a une longue histoire : il la rouverte pour mon baptême en famille et aussi pour ma communion solennelle, j’y ai alors eu droit avec un sucre. Et quand les parents de mon épouse sont venus pour la première fois, il y avait projet de mariage, avec de généreuses explications du parcours de cette bouteille. J’ai pu en boire à mon tour mais j’étais alors un homme."

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Mes sincères remerciements à Aimé pour ce témoignage

Ce post fait partie de la série sur le Lauragais agricole d'autrefois. Vos contributions seront les bienvenues comme rappelé dans ce post-ci : Ecrivons ensemble le Lauragais agricole d'autrefois (cliquer dessus)

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Rédigé par Emile

Publié dans #Lauragais agricole d'autrefois

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Jean-Louis Amiel 03/10/2020 10:28

Du vécu en direct et par ce qu'il en a gardé de ce qu'on lui a dit. Il est très bien écrit ce texte. Vos témoignages sont toujours très vrais et je retrouve souvent à travers eux mes propres souvenirs (je suis né au pied du seuil de Naurouze, mais côté méditerranée) bien que né après la 2ème guerre mondiale. On ne vous remerciera jamais trop de vos textes et surtout de votre saga lauragaise !

boyer aimé 03/10/2020 15:27

Merci de suivre comme moi, l'aventure, d'Émile en Lauragais.
Qui a réveillés ma mémoire,
Merci de votre amabilité, à Bientôt. aimé!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Emile 03/10/2020 10:43

Un grand merci pour votre commentaire qui me touche beaucoup.
Continuons à partager ici les souvenirs de la ruralité lauragaise d'antan.